2035 : l’Union européenne interdit la viande

Cet été, Challenges vous propose un bond dans le futur. Nous publions, dans le cadre de notre série sur les scénarios de rupture, des projections, en version résumée et rééditée, réalisées par la Red Team, une équipe d’auteurs de science-fiction réunie par l’Agence d’innovation de la défense, mais aussi des scénarios imaginés par nos soins, écrits par des spécialistes, des contributeurs extérieurs, ou encore imaginés par notre partenaire The Economist. Bonne lecture !

SCENARIOS DE RUPTURE (13/35) – La mesure est décidée à Bruxelles en 2035. La consommation de viande n’est plus possible au sein de l’UE. Le dossier défendu de longue date par des militants anti-spécistes, était dans un impasse juridique. Toute souffrance animale volontaire étant déjà interdite dans la totalité des Etats membres, il devenait intenable de continuer à les mettre à mort pour les transformer en saucisse et en rumsteak, alors qu’il existe de nombreuses alternatives à la viande.

Tous végétariens! Le 4 octobre 2035, jour de la saint François d’Assise, le premier défenseur des animaux dans l’histoire de l’humanité, les Eurodéputés votent l’interdiction de la consommation de chair animale dans l’Union européenne. Les gouvernements des Etats membres ont deux ans pour fermer tous les élevages et aider à la conversion des fermes et abattoirs dans des productions végétales. L’enveloppe de la PAC est renforcée, avec la création d’un troisième pilier de 40 milliards d’euros d’aides liées à cette transition afin d’en limiter les conséquences sociales 

“Pour la première fois de ma longue existence, j’ai le sentiment qu’un progrès s’est accompli, susceptible de me réconcilier avec l’humanité et de réconcilier l’humanité avec ses idéaux”, a déclaré Brigitte Bardot, qui vient de fêter son centième anniversaire.

“Le rejet de la terreur, de la souffrance et du sang” (Aymeric Caron, Premier ministre en 2035)

“L’être humain ne pourra jamais effacer les crimes imprescriptibles dont il s’est rendu coupable en toute conscience pendant des siècles, mais il fait enfin le choix d’une coexistence qui rejette l’exploitation par la terreur, la souffrance et le sang”, a dit le Premier ministre français Aymeric Caron, dans un communiqué. Militant anti-spéciste de longue date, l’ancien journaliste, élu député en 2022, Caron avait réussi pour des textes bien précis, à constituer une large majorité transpartisane, de la gauche insoumise à la droite nationaliste, permettant d’abolir la chasse et la corrida dès 2024 et d’interdire la viande dans les cantines scolaires l’année suivante. Battu dès le premier tour de la présidentielle de 2030, il est devenu le chef du gouvernement de cohabitation de la présidente Marine Le Pen en 2033.

A l’échelle de l’histoire, l’interdiction de la viande est une rupture mais en réalité, les esprits s’étaient déjà préparés. Hormis quelques groupes militants, dont les Comités de défense des Kebabs et le mouvement culturel La France Carnivore, tous financés par des entreprises de transformation de viande, une majorité de Français ont déjà exclu la chair animale de leur alimentation. “Le pot-au-feu, la blanquette de veau, le boeuf-carottes, le hachis parmentier ne sont pas morts, explique Alain Ducasse, le chef aux 100 étoiles Michelin. Au contraire, ces plats qui ont tous une version végétale, vont désormais connaître une postérité immense débarrassée de cet arrière-goût détestable que la souffrance d’un animal donne à un mets”.

Conséquence bien visible sur le territoire national, l’abolition de la viande va libérer la moitié des surfaces agricoles et épargner des ressources devenues précieuses en eau. C’est bon pour le climat puisque l’élevage générait 5% des gaz à effet de serre. Mais afin d’éviter que la concurrence internationale n’en profite pour écouler sa production, les importations de viande sont strictement interdites.

Accroissement des jachères, reconversion des filières

En Europe, la fermeture des élevages va modifier les paysages. La jachère non contrôlée va s’accroître. Un quart des territoires de basse et moyenne montagne, privés de leur fonction de pâtures, ne seront plus entretenus. Un ré-ensauvagement qui réjouit la majorité verte à Bruxelles. Le volet économique ne sera pas trop lourd en France: en raison de la baisse continue de la consommation de viande, il ne reste plus que 50.000 personnes travaillant dans les élevages, contre 400.000 en 2015.

Juridiquement, cette issue était écrite: de nombreux textes punissaient déjà les atteintes au bien-être animal, tel le fameux article L-214 du Code rural et ses nombreux alinéas ajoutés au fil des ans et de la montée en puissance de la cause animaliste.

S’il reste possible de manger des œufs, prélevés auprès de poules consentantes et résidant en structures d’accompagnement à la vie animale, ce qu’il reste de production laitière est condamné. Impossible de déclencher des gestations annuelles chez les vaches laitières pour provoquer leur lactation. Rien de grave pour Danone qui a stoppé les yaourts lactés, ni pour Lactalis qui ne fait plus que des fromages végétaux.

Challenges