3 & 4 Décembre, Saint Makao (dit aussi Saint Maur)

Le 3 c’est la Saint François-Xavier mais j’ai choisi une obscure fête dédiée à un non moins obscur — puisque son nom signifie Noir — Maur. Des Maur, il y en a des pelletées en France, sans même compter les Maurice, les bénédictins en dénombrent une bonne quinzaine, les plus connus étant célébrés en Janvier, et fin Octobre avec Placide, que Maur sauva des eaux sur ordre de Benoît ; la plupart de ces fêtes sont de toute façon fixées à la saison sombre : c’est du ton sur ton, pour ainsi dire.

Placide & Maur claudiquent devant une cathédrale (*jeu : un bon point à qui la reconnaît*)

En Décembre, le Maur se dédouble, puisqu’il a deux jours de suite pour lui, les 3 et 4, si bien qu’on peut penser aux deux Noirs qui accompagnent Saint Nicolas (le 6), que certains mythologues ont d’ailleurs rapprochés de Wotan et de ses deux corbeaux. Le Noir-Maur ayant bon dos, je lui mets dessus toute la bande : Père Fouettard, Krampus et autre Zwarte Piet, qui sont autant de variations sur l’homme sauvage hivernal.

Nicolas flanqué de ses deux Makao

Tout à sa noirceur et à sa marginalité, Maur est patron des charbonniers, des fossoyeurs et des estropiés (plusieurs miracles dans le registre boiteux, et d’ailleurs un des Maur est dit fils de Claude).

À l’abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire, il est question de processions, aux Rameaux et à la Pentecôte, avec la châsse de Saint Maur précédée du Dragon. Le seul Maur au Dragon que j’ai pu trouver est dans une petite église de l’Aube, où il a deux (décidément c’est un Noir qui marche par paire !) statues : l’une le présente en moine studieux, dans la chapelle de Saint Nicolas (6 Décembre), auprès d’une Vierge à l’Enfant et de Sainte Barbe (4 Décembre).

De gauche à droite, Maur, Pantaléon (le petit saint), la Vierge à l’Enfant, Barbe et sa tour, dans la chapelle Saint-Nicolas de l’église de Villy-le-Maréchal (XVIe s.)

L’autre statue le présente avec un Dragon tenu en laisse sous son étole, j’ai même pensé qu’il pouvait s’agir d’une erreur de référencement, tant il ressemble à Clément de Metz (23 novembre avec le Graoully) — mais non, c’est bien Maur, la statue devait être peinte :

Saint Maur à crosse d’évêque et dragon à Villy-le-Maréchal (XVIe s)

Avec beaucoup de points d’interrogation, mais quand même un bon faisceau de présomptions, je le présente donc au lendemain de Saturnin (29 Décembre // Cronos), Théloi (1er Décembre // Merlin) et Viviane, et à la veille de Sainte Barbe enfermée dans sa tour, en l’illustrant avec l’épisode où Merlin montre à Vertigier au pied de sa tour s’écroulant sans cesse, les deux dragons qui en causent la chute.

Roman de Brut (XIVe s)

Maur le Double Noir qu’on retrouvera le 6 est certainement de nature chtonienne, une force souterraine qu’il s’agit de mater, sous peine que l’édifice s’écroule. Saint Nicolas (Niké Laos, Victoire au Peuple) flanqué de ses deux Moricauds symboliques, est certainement ce dompteur des puissances noires.

Ne jamais donner à manger aux Makao après minuit, ils deviennent Krampus