300 milliards de fonds européens pour contrer les nouvelles “routes de la soie” chinoises

L’Europe va mettre 300 milliards d’euros sur la table d’ici 2027 pour aider les pays moins avancés à prendre leur place dans le “Global Gateways”, le portail global. Au menu, 5G, investissements verts et droits de l’homme. Avec en pole position pour la France, l’AFD qui fête ses 80 ans.

L’Europe se réveille face à la Chine et Ursula von der Leyen a annoncé hier une nouvelle initiative très intéressante. 

En effet. Pour la première fois, l’Europe répond aux fameuses “nouvelles routes de la soie” que Pékin utilise pour avancer ses pions partout dans le monde en finançant des projets, qui assurent des débouchés aux entreprises chinoises, à la fois par les chantiers qu’ils représentent et parce que cela facilite la logistique de leurs exportations. 

La Chine mène ce projet de modernisation des routes, des chemins de fer et des ports depuis 2013. Il a donc fallu un certain temps – c’est un euphémisme- pour que l’Europe se réveille. Mais enfin, il y a un projet sur la table. Il s’appelle Global Gateways, portail mondial. 

Et ce projet veut mettre sur la table 300 milliards d’euros de financements publics et privés en six ans. La grande différence avec ce que fait la Chine c’est que l’Europe conditionnera ses investissements au respect des droits humains et opérera avec “un haut niveau de transparence et une gouvernance de qualité”. 

Est-ce que ce montant permettra de rivaliser avec ce que fait la Chine ? 

La Chine aurait déjà engagé 124 milliards d’euros. Et elle va continuer avec des montants beaucoup plus importants que les montants européens selon la banque américaine Morgan Stanley. Pékin a déjà financé 13 000 projets dans 165 pays, y compris bien sûr des pays européens, en Grèce, en Italie, à Chypre, en Europe centrale. Et ça va continuer. 

Donc l’initiative européenne à côté peut paraître un peu juste. Les critiques montent déjà d’ailleurs: elles jugent ce plan théorique, comme une déclaration d’intention plus que des projets concrets. 

Surtout dans le montant annoncé, l’argent européen sur la table est limité : c’est grosso modo la même somme que ce que Pékin a déjà dépensé. Le reste, ce sera de l’effet de levier : l’argent public doit entraîner des fonds privés et surtout des investissements venant des banques de développement.  

En France, cela passera donc par l’Agence française de développement ? 

Oui exactement, l’AFD dont on fête aujourd’hui les 80 ans. Elle a été créée à Londres sous le nom de Caisse centrale de la France Libre pour financer l’action du général De Gaulle, grâce aux réserves et aux recettes de l’empire colonial. 

Aujourd’hui, l’AFD rend un peu cela : c’est le bras armé de la France pour la coopération. Elle est dirigée par Rémy Rioux, un proche d’Emmanuel Macron. 

Il ne voit pas, lui, ce plan européen comme une initiative contre la Chine, mais il espère qu’il permettra d’amener la Chine à financer des infrastructures sans que ses entreprises soient automatiquement sélectionnées ou bien en respectant des normes environnementales. Dans ce cas, il pourrait y avoir des co-investissements. Sinon, les pays auront au moins une alternative.  

France Inter