À Quimper (29), « mis à la rue », ce jeune migrant rêve de devenir infirmier

Depuis août 2021, le jeune Madjouma, arrivé à Quimper par ses propres moyens depuis le Mali, aspire à poursuivre en France pour accrocher son rêve : devenir infirmier. (Photo Le Télégramme/Alexis Souhard)

À Quimper, l’association Le Temps partagé alerte sur la mise à la rue prochaine d’une quinzaine de jeunes migrants. Ce fut le cas, début mai, pour Madjouma originaire du Mali. Malgré ça, il s’accroche à son rêve d’infirmier.

Le sourire espiègle et l’œil vif, il semble vouloir mordre la vie à pleines dents. D’origine malienne, Madjouma est l’un de ces jeunes qui réclament, à Quimper, un statut de mineur non accompagné (MNA). « J’ai 15 ans et je ne sais pas pourquoi on me met à la rue ». Un statut non octroyé par le Département suite à une décision du procureur de Quimper invalidant sa minorité. Il ne peut donc bénéficier des services d’aide sociale à l’enfance du Finistère (mise à l’abri, aide alimentaire).

Sept jours en mer

Arrivé de Morlaix en août 2021, le jeune homme avait été évalué dans un premier temps mineur par les services du Département du Finistère. Malgré une ordonnance de protection provisoire (OPP), son dossier est classé sans suite par le parquet, comme bon nombre de jeunes depuis septembre 2021, selon l’association Le Temps partagé. Madjouma comptait rester en France. « Pour aller à l’école, comme les jeunes de mon âge », confie celui qui a plutôt travaillé dans les champs dès l’âge de 8 ans.

Son arrivée semblait due au hasard. Il ne souvient plus de la date mais tout était parti d’une traversée dans un camion du Mali jusqu’à la capitale de Mauritanie, Nouakchott. Jeune, candide aussi, il avait suivi un ami sans savoir où il allait. Ils vécurent un temps de la pêche. Un jour, le navire avait fait un large détour. Direction l’Europe. « On avait deux jours de vivres. Au bout de sept, on a été retrouvé par La Croix-Rouge, paralysés par le froid », raconte-t-il. Il atterrit aux Canaries en novembre 2020, redirigé dans « un centre pour mineurs de Madrid ». De là il fuit en France.

Tuer « l’ennui »

Le Département le prend en charge d’août à mai 2022. De l’hôtel où on l’installe, il garde de mauvais souvenirs. Ceux de « l’ennui » qui « te donne de mauvaises idées sur ton téléphone ». Il raconte avoir été étouffé par un des jeunes là-bas : « Je n’ouvrais plus ma porte de chambre après ça ». Pour se vider l’esprit, il suit quelques cours au local du Temps partagé.

Depuis mai, il dit se sentir mieux, au sein d’une famille d’accueil à Ergué-Armel, tape la balle au FC Kerfeunteun. Il était aussi « impatient » d’aller à l’école, ce « privilège ». Arrivé en février en 4e du collège de La Tourelle, il suit aussi une formation UPE2A (unité pédagogique pour élèves allophones arrivants) pour progresser en français.

Casser la baraque à l’école

Son assiduité est en tout cas remarquée. « Je voudrais devenir infirmier en France pour revenir dans mon village qui n’a pas d’hôpital ». Nioro-du-Sahel, au sud-ouest du Mali, où vit sa famille, lui manque. S’il se refuse à appeler ses parents, il envoie parfois des messages vocaux laconiques, pour assurer que tout va bien « et ne pas trop les inquiéter », sa situation n’étant toujours pas réglée.

Un recours a été déposé à la Cour d’appel de Rennes pour prouver sa minorité : « On attend une décision d’ici septembre », estime Benjamin Maucci du Temps partagé. Madjouma appréhende. Il faut dire qu’il nourrit secrètement un autre objectif : « Être parmi les meilleurs de ma classe l’an prochain ».

Le Télégramme