À quoi ressemble un cerveau solitaire ? Une étude neurologique apporte de nouvelles réponses

Les personnes souffrant de solitude ont-elles un cerveau différent de celui des autres ? Oui, suggère la plus importante recherche du genre jamais réalisée. Leurs cerveaux ont davantage développé le “réseau cérébral par défaut” associé à l’imagination et à la réminiscence.

Les personnes qui se sentent seules auraient une “signature” cérébrale spécifique. Ces conclusions étonnantes d’une équipe de recherche internationale dirigée par un scientifique canadien sont publiées “au moment même où la solitude et ses effets sur la santé se font largement sentir au milieu des confinements pandémiques dans le monde”.

Le quotidien canadien souligne que l’étude appuie ses dires sur des données récoltées par l’organisation britannique UK Biobank, “qui a recueilli des informations sur des centaines de milliers de volontaires britanniques, dont environ 40.000 pour qui l’imagerie cérébrale est disponible.”

Un “réseau cérébral par défaut” beaucoup plus actif

En analysant ces données d’imagerie par résonance magnétique, les chercheurs ont découvert que, chez les personnes qui ont affirmé souffrir de solitude, le “réseau cérébral par défaut”, qui regroupe les régions associées à l’évocation de souvenirs, la planification, la visualisation et les pensées dirigées vers autrui “présentait des connexions plus intenses et, fait surprenant, que la substance grise était plus volumineuse dans ce réseau”, résume le site d’information de l’université McGill.

En l’absence d’expériences sociales désirées, les personnes seules pourraient être portées à intérioriser leurs pensées, notamment en se rappelant des événements ou en imaginant des interactions sociales”, explique l’auteur principal de l’étude, Nathan Spreng, de l’Institut neurologique de Montréal. Selon lui, “cette introspection exacerbée et la représentation mentale d’expériences sociales feraient naturellement appel aux fonctions du réseau par défaut associées à la mémoire.

Et, ajoute le directeur du Laboratoire de recherche sur le cerveau et la cognition de l’institut, “nous savons que ces capacités cognitives sont assurées par les régions du réseau cérébral par défaut. C’est la preuve la plus solide à ce jour que l’expérience de la solitude, connue pour avoir un effet punitif sur la santé physique, est également liée à des différences dans le cerveau”.

Scènes imaginées gravées dans le cerveau

Cette étude publiée le 15 décembre dans la revue Nature Communications se démarque des études précédentes sur la solitude qui analysaient des régions cérébrales associées à l’attention visuelle, en se fondant sur une théorie voulant que les personnes seules portaient plus d’attention aux informations sociales négatives, comme le fait d’être exclues d’une conversation.

Les chercheurs, dirigés par le docteur Spreng, estiment “que les rêveries nostalgiques et les conversations hypothétiques de personnes socialement isolées se gravent physiquement dans le cerveau, ce qui expliquerait la saillance du réseau cérébral par défaut”. En d’autres termes, déclare Nathan Spreng, les gens seuls imaginent ou simulent leur vie sociale en l’absence d’expériences sociales réelles dans le monde.

Il ajoute: “Je pense qu’en sachant que la solitude a un impact sur le cerveau, les décideurs C politiques sont plus susceptibles de la prendre au sérieux.

The Globe and Mail