Abdoulaye Kanté, la nouvelle voix de la police nationale

Ni affilié à un syndicat ni inscrit à un parti politique, farouchement attaché à sa liberté d’expression, Abdoulaye Kanté défend une «police républicaine» et incarne une nouvelle génération de policiers soucieux de défendre leur vocation et de combattre les idées reçues.

Portrait d’Abdoulaye Kanté. Abdoulaye Kanté est policier depuis 20 ans. Il a été affecté dans plusieurs services et aujourd’hui, il travaille à la Direction de la coopération internationale. Abdoulaye Kante plaide pour une pacification des rapports entre population et forces de l’ordre, et pense que la police n’est pas raciste, elle est simplement à l’image de la société.

Policier, Français attaché à sa double nationalité malienne, musulman, noir… Abdoulaye Kanté, 42 ans, est devenu en quelques mois une des voix fortes et singulières de la Police nationale. Omniprésent sur Twitter, où il est suivi par plus de 40.000 abonnés, invité sur les plateaux de télévision et aux micros des radios, il multiplie les interventions pour défendre «une police républicaine» et plaider pour une pacification des rapports entre population et forces de l’ordre. Une notoriété qui fascine autant qu’elle agace car, jusqu’ici, la parole policière, corsetée par le «devoir de réserve», passait surtout par les différents syndicats et le service de communication de l’institution.

En plus de son franc-parler, Abdoulaye Kanté a pour lui un parcours sans faille. Aîné d’une fratrie de sept, il est né en France de parents maliens. À l’âge de 2 ans, il part au Mali avec ses parents, puis revient en France à 15 ans, seul, pour continuer ses études. De son père livreur devenu diplomate, il a gardé un sens marqué du devoir et de l’engagement. Sa mère, femme de ménage à Aéroports de Paris, lui a donné le goût du travail et l’amour de la famille. Son bac en poche, il s’engage dans la Marine nationale où il sert pendant deux ans et demi comme quartier-maître chef. Puis, il passe le concours de gardien de la paix sur le conseil d’un oncle.

Sa première affectation dans le 11 arrondissement de Paris à police secours, le marque profondément. Le “17”, c’est le contact sans fard avec la société comme elle est, raconte Abdoulaye Kanté. C’est un passage obligé. Ça passe ou ça casse. On fait face à la misère humaine et sociale que personne ne veut voir. Pour lui, ça passe et il rejoint la brigade anticriminalité (BAC) du 18, puis la brigade des stups et le SDPJ 93 (sous-direction de la police judiciaire).

Dans les jours qui suivent l’attentat du Bataclan, en 2015, il fait partie de ceux qui interviennent à Saint-Denis. Après une vie de terrain, il choisit de rejoindre la coopération internationale, où il travaille actuellement après vingt et un ans de carrière. Comme sa collègue Linda Kebbab, qualifiée d’«Arabe de service» par le militant Taha Bouhafs, il a été traité de «nègre de maison», de «traître» et de «collabo», par tous ceux que sa couleur de peau dérange ou interroge.

«Nous vivons une étrange époque, sans nuances et violente, constate Abdoulaye Kanté. Tout est essentialisé et mis en scène. L’importation de concepts socioculturels américains pèse de plus en plus lourd en France et le discours victimaire, poussé par quelques politiques, certains médias et réseaux sociaux, fait des ravages. Je n’oublierai jamais qu’un policier noir a été traité de «vendu» en France lors d’une manifestation en faveur d’Adama Traoré, comme si le seul fait d’être noir lui assignait une place particulière et inaliénable.»

Le Figaro