Acropole d’Athènes : des rampes d’accès bétonnées font polémique

Le ministère grec de la Culture a fait construire deux voies d’accès bétonnées sur le rocher de l’Acropole d’Athènes, afin de rendre le site plus accessible aux touristes. Mais la mesure suscite la grogne de nombreux Grecs.

Les habitants et habitantes d’Athènes ont découvert le mois dernier, lors de la réouverture du site après la pandémie, le bétonnage de l’Acropole, à travers deux voies surélevées en béton, longues d’environ 200 mètres et larges de trois à quinze mètres, qui relient l’entrée du site et un tout nouvel ascenseur avec le Parthénon.

L’Acropole d’Athènes domine la capitale grecque avec ses monuments antiques, en pierre, comme le Parthénon qui date de cinq siècles avant Jésus-Christ. Ainsi, voir du béton sur ce site s’apparente, pour de nombreux Grecs, à un sacrilège. Certains dénoncent une altération totale du monument, qui s’apparenterait désormais davantage à un espace urbain qu’à un lieu historique.

Explications contestées par des experts

Officiellement, il s’agissait de rendre le site accessible aux personnes handicapées. Mais selon l’archéologue Despina Koutsoumba, cette explication ne tient pas la route. “Dès que l’on sort de l’ascenseur, l’inclinaison de la pente va de 9% à 11, 12 voire 14%. Or, tout ce qui est au-dessus de 6% est inadapté pour les fauteuils roulants”, estime-t-elle dans l’émission Tout un Monde.

Joint par téléphone, le département ministériel de l’entretien de l’Acropole confirme à demi-mot, mais avance une autre explication aux travaux. “Les travaux améliorent l’accessibilité de visite, mais ce n’est pas la seule raison. De gros travaux de restauration du Parthénon sont encore en cours, et pour transporter des gros blocs de marbre, on a besoin de ces chemins bétonnés solides et résistants”, explique une responsable.

Pour le ministère, les contestations s’apparentent à de la récupération politique. Il explique que le matériel utilisé ne contient que 12% de ciment, et qu’il est donc réversible. Mais un autre architecte, restaurateur durant 40 ans sur l’Acropole, réfute également cet argument. Selon lui, ces voies devraient être “réduites en morceaux pour être enlevées, ce qui endommagerait le rocher en-dessous, même si l’artisan est très adroit et très expérimenté.

Favoriser les croisières touristiques

Selon une large frange des contestataires, ces travaux auraient en réalité pour but de favoriser en particulier le tourisme de croisières, qui demande des parcours touristiques rapides et faciles d’accès.

“Alors que ça fait longtemps que nous demandons une régulation des touristes, via des prises de rendez-vous, pour éviter les longues files d’attente”, s’agace Despina Koutsoumba. “On visite un monument construit au 5e siècle avant Jésus-Christ pour la population de l’époque, et pas pour les bateaux de croisière. On doit respecter ça pour tout monument !”

RTS