Affaires Pogba, Aminata Diallo… : Il y a quelque chose de pourri au royaume du foot

Aminata Diallo est enfermée dans une cellule, en prison. Elle a été mise en examen pour “violences volontaires aggravées” et “association de malfaiteurs”. Cette joueuse de foot internationale, alors licencié au Paris-SG, est soupçonnée d’avoir organisé le 4 novembre 2021 une sorte d’attentat avec un commando de quatre voyous contre son équipière Kheira Hamraoui. L’objectif du coup de main? Lui briser les jambes à coups de barre de fer! La motivation? Éliminer une concurrente en équipe de France, l’une et l’autre opérant au même poste- milieu de terrain. 

Mathias Pogba est lui aussi en prison. Motifs? “Extorsion en bande organisée avec armes” et “participation à une association de malfaiteurs”. Frère aîné de Paul Pogba et ex-joueur professionnel de petit niveau, il aurait tenté, avec quatre autres marlous eux aussi embastillés, de faire chanter la star richissime en la menaçant des pires avanies, révélations et rétorsions, si elle ne leur versait pas au plus vite… 13 millions d’euros. Rien que ça! La saison dernière, Pogba, alors sous contrat avec le club anglais de Manchester United et la plupart du temps blessé, était rétribué 600.000 euros par… semaine.

Pour le convaincre de “casquer”, Florentin Pogba et ses complices- amis d’enfance des frères Pogba, prétendaient disposer de documents compromettants selon lesquels le champion du monde se serait adjoint les services d’un… marabout pour “envoûter” Kylian M’Bappé. Et de le séquestrer durant quelques heures, armes au poing, pour lui faire entendre qu’il était urgent de payer, au plus vite. C’est alors que Paul Pogba, désormais joueur de la Juventus de Turin, décide de porter plainte dans une affaire à laquelle le grand banditisme avait fini par s’intéresser tant les sommes en jeu étaient conséquentes 

Deux épisodes de voyoutocratie délinquante particulièrement malvenus à quelques semaines de la coupe du monde 2022, en novembre prochain au Qatar- Mondial on ne peut plus contesté, et chaque jour davantage, pour des raisons éthiques, morales et politiques. Mais voilà que, de surcroît, nos confrères de l’excellent magazine So Foot révélaient eux, au terme d’une enquête détaillée, que Noël Le Graët, le tout- puissant président de la toute puissante Fédération Françoise de Football (FFF), était accusé de harcèlement sexuel, en raison de sms envoyés à des collaboratrices. Et la ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra, de demander aussitôt à l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) une “mission d’audit et de contrôle”. C’est bien le moins qu’elle puisse exiger. 

“L’argent fou qui rend fou”

En apparence, ces trois “cas”n’ont rien en commun. Une jalousie sportive qui trouve son épilogue dans un déchaînement de violence inédit. Un règlement de compte d’abord familial et entre “potes des cités” provoqué, et dans le cas précis ce n’est pas une formule, par “l’argent fou qui rend fou”. Les supposées dérives personnelles d’un vieux monsieur, Noël Le Graët, longtemps maire PS de Guingamp donc un “progressiste”, qui ne veut, qui ne peut, rien entendre ni comprendre aux exigences du phénomène Me Too. Un homme répondant aux règles et canon d’ un univers passé et dépassé d’hommes grivois. 

Il y a pourtant une série leçons à tirer de ces “faits divers”. D’abord que le foot, seul jeu universel ce qui explique son ultra puissance économique, est aussi la caricature ultime de toutes les dérives, de tous les excès, de toutes les dingueries du capitalisme ultra mondialisé quand il n’est est pas régulé. Par crainte de “perdre sa place” (sur la pelouse, cet univers impitoyable), Aminata Diallo était prête à “tuer”- non plus symboliquement, mais en passant “à l’acte”. De la violence symbolique à la violence réelle, assumée. Une détermination effrayante qui laisse comprendre jusqu’à la folie la réalité- cruelle et ultra concurrentielle – d’un vestiaire de sport professionnel. 

Oui, les 600.000 euros hebdomadaires que Manchester United, club anglais détenu par des actionnaires américains, les frères Glazer, versait à Paul Pogba- somme qui, en effet, n’a aucun sens, aucune logique, aucune justification pour le commun des mortels- ces 600.000 euros ont rendu “fou”, authentiquement “fou”, sa fratrie, mais aussi ses potes du “quartier”. Jusque les rendre violents et, potentiellement, criminels. Ils voulaient eux aussi en “croquer”, cela leur semblait “juste”… Les joueurs de foot les plus adulés (les Français Pogba et M’Bappé font partie de cette “short list”) sont désormais les seules stars mondialisées à valeurs infinies, loin avant et devant les acteurs d’Hollywood ou les chanteurs de rap. Qu’ils “partagent” donc. Sinon gare…

Grâce au succès, notamment télévisuel du foot féminin, cet univers a commencé à un tant soit peu se “dé-machiser”. Il était temps, grand temps. Les prétendues frasques du président Le Graët sont là pour rappeler que ce n’est que le début d’un début.

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