Afrique du Sud : Les soldats noirs de la Seconde guerre mondiale enfin reconnus

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Union d’Afrique du Sud participa avec d’autres forces du Commonwealth britannique aux batailles en Afrique du Nord contre Erwin Rommel et l’Afrika Korps, et de nombreux pilotes sud-africains rejoignirent la Royal Air Force et luttèrent contre les puissances de l’Axe sur le théâtre européen. Aucun soldat noir ne fut jamais autorisé à participer à un combat réel contre des Européens et après la guerre, soldats noirs et blancs n’ont pas eu droit aux mêmes traitements.

Un des problèmes auquel l’Afrique du Sud dut constamment faire face pendant la guerre était la pénurie d’hommes disponibles. En vertu de sa politique raciale, elle n’envisagerait d’armer que les hommes d’origine européenne, ce qui limitait l’effectif disponibles à environ 320.000 hommes âgés entre de 20 et 40 ans. En outre, la déclaration de guerre à l’Allemagne avait le soutien de seulement une courte majorité au Parlement sud-africain et la guerre était loin d’être universellement populaire.

En effet, il y avait une importante minorité qui s’opposait activement à la guerre et dans ces conditions, la conscription ne fut jamais une option. L’expansion de l’armée et son déploiement à l’étranger dépendait entièrement de volontaires. Compte tenu de l’attitude raciale du pays, il ne fut pas surprenant que l’enrôlement de troupes combattantes parmi la population noire ne fut guère considéré.

Au lieu de cela, afin de libérer autant de Blancs que possible pour les combats et « bras techniques », un certain nombre de corps furent formés pour fournir des chauffeurs et de pionniers, tirés de la catégorie la plus acceptable, les populations métis et indiennes. Ils furent par la suite fusionnés dans le Cape Corps. Un corps militaire indigène, ouvert aux Noirs, fut également formé comme pionniers et pour des tâches de construction.

Pour certaines de leurs tâches, les individus étaient armés, principalement pour leur autoprotection et pour la garde, mais ils ne furent jamais autorisés à participer à un combat réel contre des Européens. Une importante victoire à laquelle les Sud-Africains participèrent fut la libération de Madagascar alors aux mains du régime de Vichy, allié des Nazis. Les troupes britanniques aidées par des soldats sud-africains, organisèrent leur attaque depuis l’Afrique du Sud, débarquant sur cette île stratégique le 4 mai 19423 empêchant sa saisie par les Japonais.

Simon Mhlanga qui dit avoir “environ” 106 ans – bien que sa famille dise qu’il est plus âgé – est l’un des derniers soldats survivants de la Native Military Corps. Les volontaires noirs étaient interdits de combat par leurs chefs blancs. Ils ont donc travaillé comme ouvriers, gardes et aides médicaux. Il a gardé des prisonniers de guerre en Italie, et est revenu en tant que sous-officier.

“Je me suis engagé dans l’armée à cause de ma pauvreté. Je me suis rendu compte que c’était la seule solution. Je préférais mourir, me retrouver dans l’armée. J’ai quitté mes parents et je suis parti. Je n’ai même pas dit à l’époque que j’allais entrer dans l’armée”.

Pendant, que les soldats blancs d’Afrique du Sud recevaient des maisons, les Noirs se voyaient offrir des bottes ou des bicyclettes. Un souvenir douloureux que ce centenaire n’a pas oublié

“On m’a donné une bicyclette. On m’a donné une bicyclette, oui, alors j’ai eu ma bicyclette. Je devais l’accepter. Mais en réalité, j’avais le sentiment d’avoir été berné par le gouvernement d’Afrique du Sud pour ce vélo”.

Et l’injustice a continué même dans le cimetière militaire. Les soldats noirs n’étaient pas autorisés à reposer aux côtés de leurs camarades blancs. Certains soldats noirs n’ont jamais été commémorés. Les archives de ceux qui ont combattu pour la Grande-Bretagne pendant la Première Guerre mondiale sont également rares. La commission des sépultures de guerre du Commonwealth a entamé un processus de commémoration.

Simon Mhlanga espère que sa vie, donnée à la nation arc-en-ciel, sera reconnue avant qu’il ne quitte la terre des vivants.