Afrique : La Grande Muraille verte, un gigantesque projet de reboisement pour arrêter le désert

Relancé par le président Macron, le projet africain de la Grande Muraille verte connaît un nouvel essor. Ses objectifs écologiques et sociétaux sont soutenus par une nouvelle vague de promesses de dons, qui devraient permettre de mener à bien ce projet vieux d’une quinzaine d’années.

La Grande Muraille verte, c’est une barrière d’arbres de 8000 km de long et 15 km de large, qui s’étendrait d’ouest en est, de Dakar à Djibouti. Un rideau de verdure, des jardins, des arbres replantés, avec un objectif écologique: lutter contre la désertification. Et des objectifs sociaux: offrir des emplois aux populations locales.

Ce projet gigantesque a presque quinze ans. Si on en reparle aujourd’hui, c’est parce que le président français Emmanuel Macron vient de le relancer, il y a quelques jours, lors d’un sommet sur l’écologie à Paris, avec des promesses de dons de banques de développement et autres bailleurs de fonds à hauteur de 14 milliards de dollars (près de 12 milliards de francs).

Communauté scientifique divisée

De quoi revitaliser la Grande Muraille verte, un projet lancé par l’Union africaine, mais qui piétinait. Depuis ses débuts en 2007, seules 4% des terres ont pu être restaurées.

Carte du projet de la Grande Muraille Verte. [Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte]Carte du projet de la Grande Muraille Verte. [Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte]Pour bien saisir l’intérêt de ce mur vert, il faut d’abord comprendre le rôle de l’arbre. “L’arbre, c’est le pilier de la vie d’un écosystème”, explique Robin Duponnois, microbiologiste, directeur de recherche à l’Institut français de recherche pour le développement. “Mettre en place une couverture forestière limite l’érosion et contribue à améliorer la teneur en matière organique des sols. C’est donc toute une revitalisation de l’écosystème ‘sol’ dans ces régions.”

Sauf que ce mur vert ne fait pas l’unanimité dans la communauté scientifique. “L’idée de reverdir une bande de 15 km de large, sur 8000 km de long, et de croire que cela va arrêter le désert, ça a un côté assez ridicule”, estime Régis Pelletier, chercheur en foresterie et agroforesterie au Cirad, organisme français de recherche agronomique et de coopération pour le développement durable des régions tropicales et méditerranéennes. “Les vents, comme l’Harmattan, qui soufflent sur plusieurs milliers de kilomètres partent du Sahara vers l’Atlantique, ne vont pas être gênés par une bande d’arbres”, pointe-t-il. Le projet a toutefois évolué de manière plus intéressante avec les années, concède le scientifique.

“Elephant blanc”?

Les critiques ont aussi concerné une approche jugée insuffisamment en accord avec les populations locales. “Le reboisement des parcelles doit être discuté avec les populations”, souligne Amah Akodewou, écologue forestier au Cirad. “En fonction des besoins, on peut identifier quelles sont les parcelles que l’on peut dédier à des reboisements. Cela ne veut pas dire qu’il faut reboiser complètement, et qu’il n’y ait plus la possibilité pour les populations d’utiliser ces parcelles pour leur usage”, précise-t-il.

Depuis quelques années, le projet de Grande Muraille verte est sorti de la notion un peu figée d’une bande verte linéaire, que l’on verrait depuis l’espace, pour s’orienter vers des projets plus locaux. Les parties prenantes interrogées dans Tout un monde disent également avoir à cœur de travailler avec les communautés au Sahel.

Mais les difficultés sont nombreuses: dans cette zone, politiquement instable, la sécurité est précaire. Les Etats ont déjà du mal à asseoir leur autorité face aux groupes terroristes.

Quant aux autres raisons qui ont conduit le projet à piétiner depuis une dizaine d’années, plusieurs pistes sont invoquées: manque de consensus scientifique, fonds débloqués avec timidité, difficultés politiques.

Au sein des populations, le projet est vu parfois comme un éléphant blanc – un projet d’envergure prestigieuse, venant de l’Occident, “d’en haut”, mais que la population ne s’approprie pas ou peu, selon Boubacar Ba, juriste et directeur du centre d’analyse sur la gouvernance et la sécurité au Sahel, basé à Bamako.

Des emplois pour les jeunes

Autre retour du terrain, celui d’un dirigeant d’une ONG, SOS Sahel, qui travaille directement sur la Grande Muraille Verte. Pour son directeur Rémy Hemeryck, la Grande Muraille verte est importante aussi parce qu’elle apporte des emplois dans une région où 65% de la population a moins de 25 ans. Offrir des perspectives à la jeunesse sahélienne est donc également un objectif de cette Grande Muraille verte, à qui le nouvel élan insufflé par Emmanuel Macron offre une seconde chance. Reste à savoir si les promesses de dons seront concrétisées.

RTS