Afrique : La Zone de libre-échange est une réalité encore lointaine

C’est la zone de libre échange la plus importante de la planète, en termes de population: elle couvre 1,2 milliard de personnes. La ZLECA, la Zone de libre échange continentale africaine, est entrée en vigueur le 1er janvier. Elle rassemble 54 des 55 États africains: seule l’Érythrée n’y prend pas part.

Si elle atteint ses objectifs, la ZLECA permettra de sortir 70 millions d’Africains de la pauvreté et 30 millions d’une situation d’extrême pauvreté d’ici 2035, selon la Banque mondiale. Une zone de libre échange qui suscite énormément d’espoirs, surtout après les ravages économiques causés par la pandémie du Covid 19: “Le secrétaire général de la ZLECA, le sud-africain Wamkele Mene, a bien dit que la ZLECA était le plan de relance de l’Afrique”, explique Arthur Minsat, chef de l’unité Afrique, au Centre de développement de l’OCDE. […]

L’Afrique “est restée prise au piège d’un modèle économique colonial“, selon le secrétaire général de la ZLECA, Wamkele Mene. Pour en sortir, elle doit mettre en œuvre presque “de manière agressive” le nouvel accord. […] Le lancement des échanges commerciaux dans ce cadre, retardé en raison de la crise du Covid-19 et d’âpres négociations entre les pays signataires sur la suppression des droits de douane, est prévu en janvier. […]

Selon Jakkie Cilliers, expert sud-africain à l’Institut d’études sur la sécurité à Pretoria, cela va prendre du temps car, actuellement, seulement 16% des échanges commerciaux du continent se font entre pays africains. L’ambition de la ZLECA est de faire passer ces échanges à 60% d’ici 2034 entre les 55 pays membres de l’Union africaine.

Mais l’application effective du principe de libre-échange à l’échelle du continent prendra “plusieurs années”, selon Jakkie Cillers: “De nombreux points sur les droits de douanes sont encore en négociations entre les différents pays”. L’idée est que l’accord, déjà ratifié par 34 États, soit opérationnel “d’ici 2034 avec la suppression d’environ 97% des taxes douanières”. […]

Évidemment, la ZLECA suscite d’énormes espoirs, à juste titre, puisque l’Afrique est un peu la dernière frontière“, selon Arthur Minsat. “On a plus de deux-tiers de la croissance africaine des vingt dernières années qui vient uniquement de la consommation intérieure. Donc on a de grandes opportunités“.

Tout d’abord, “les 55 membres de l’Union africaine n’ont pas tous ratifié l’accord, mais tous les pays clés l’ont fait dont le Nigeria“, premier marché d’Afrique avec quelque 200 millions d’habitants. Mais “les négociations commerciales sont extrêmement complexes car chaque accord sur les taxes douanières doit être négocié” entre pays membres, affirme Jakkie Cillers. […]

Enfin, “la corruption dans certains gouvernements, la lourdeur de l’administration et le manque de moyens seront un défi pour la mise en œuvre” du projet, soutenu par l’Union africaine, souligne Jakkie Cilliers. […] L’économie du continent ne pèse que 3% de l’économie mondiale et est en outre morcelée entre 55 systèmes économiques différents ce qui constitue un “énorme frein” à la croissance du continent, estime Jakkie Cilliers. […]

RTS