Afrique : L’argent envoyé par la diaspora en France aurait baissé de 25%, selon une enquête

Les fonds transférés en Afrique par la diaspora en France ont chuté de 25% en 2020, d’après une enquête Ipsos/RMDA financée par l’Agence française de développement (AFD) et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. En cause, la fragilisation des travailleurs migrants due à la crise sanitaire. Cette enquête, menée du 23 juillet au 7 août 2020 auprès de 500 personnes “issues des diasporas africaines en France dont au moins 75% envoyaient de l’argent, en particulier vers l’Afrique subsaharienne”, est publiée ce 18 décembre pour la Journée internationale des migrants.

L’étude Ipsos/RMDA montre qu’“en 2020, le volume des transferts d’argent des diasporas a chuté malgré un effort plus important consenti par un tiers des expéditeurs”. Et que, malgré une baisse de près de 25% des transferts, 80% des expéditeurs de fonds habituels ont pourtant continuéà envoyer de l’argent au pays au premier semestre 2020. Pour 77% des expéditeurs interrogés, les bénéficiaires dépendent de ces transferts pour vivre.

Les transferts de fonds représentaient en 2019 quelque 1 375 euros en moyenne répartis en trois envois sur l’année. 

“Voyant leurs ressources se réduire, les expéditeurs ont pioché dans leur épargne et réduit leur consommation pour répondre aux sollicitations de leurs familles”

La situation sanitaire a accentué la fragilité d’une partie des travailleurs de la diaspora africaine, tiraillés entre la baisse de leurs revenus et les sollicitations de leurs familles restées au pays, précise l’AFD. 

“Les envois de fonds des diasporas représentent des sources de revenus essentielles pour de nombreux pays en Afrique. Les transferts formels comptent notamment pour 5% du PIB en Tunisie, 6,7% au Maroc et 12,8% au Sénégal. Ces montants sont d’ailleurs plus élevés que l’aide publique au développement, même lorsqu’on ne prend pas en compte les transferts informels, eux aussi conséquents”, indique l’Agence française de développement.

Un rapport de la Banque mondiale, publié fin avril, avait déjà annoncé la probable chute de 20% en 2020 des transferts d’argent vers les pays pauvres sous l’effet de la pandémie. Ces sommes, qui peuvent représenter jusqu’au tiers de l’économie de certains pays pauvres, devraient s’établir à 445 milliards de dollars en 2020 contre 554 milliards en 2019. Une chute “largement due à une baisse des revenus et de l’emploi des travailleurs migrants, qui ont tendance à être plus vulnérables (…) lors d’une crise économique dans un pays d’accueil”, expliquait l’institution.

Parmi les personnes ayant transféré de l’argent en 2019, “40% avaient l’intention de continuer en 2020, tandis que 31% espéraient augmenter leur niveau de transfert”

Et l’AFD de conclure : “La question est aujourd’hui de savoir si ces intentions constituent une particularité française, qui se traduira dans les faits notamment grâce aux filets sociaux, ou si cet optimisme sera mis à mal par l’ampleur de la crise sanitaire et le second confinement.”