“Afrolitt” : La plateforme qui met à l’honneur la littérature noire

Pour partager sa propre passion, Pamela Ohene-Nyako a créé “Afrolitt”, un site bilingue français-anglais qui favorise le partage et la réflexion autour d’œuvres littéraires d’Afrique subsaharienne. Des rencontres et des conférences sont également organisées.

Née en Suisse romande de père ghanéen et de mère suissesse germanophone, Pamela Ohene-Nyako est métisse. Petite, elle ne se retrouve ni dans ce qu’elle lit, ni dans ce qu’elle regarde à la télévision. Sa propre réalité est absente de toutes les manifestations d’ordre culturel. Sans cesse, on la renvoie à son statut “d’Africaine”, dans un imaginaire empreint de racisme et de sexisme. “Quand on est une femme noire, on ne vit pas le sexisme de la même manière“, explique-t-elle.

Victime du racisme structurel selon elle omniprésent en Suisse, elle se sent tenue de travailler bien plus que les autres pour trouver sa place. En 2012, épuisée par des attaques racistes et sexistes “ordinaires”, elle est victime d’un burn-out pendant ses études à l’Université de Genève.

Aujourd’hui, Pamela Ohene-Nyako se revendique “afro-féministe”. Pour partager sa passion personnelle, elle a créé de toutes pièces la plateforme “Afrolitt” de manière à favoriser le partage et la réflexion sur la littérature noire. Des rencontres et des conférences sont également organisées autour d’œuvres littéraires émanant d’Afrique subsaharienne et de sa diaspora.

D’autres réflexions sur le monde

Selon elle, cette littérature amène d’autres types de réflexion sur le monde que la littérature européenne. “Certaines thématiques sont propres aux personnes afro-descendantes, de par l’histoire qui crée certaines réalités, notamment les questions liées à la colonisation, à l’esclavage, au racisme. La thématique de la résilience est aussi assez transversale. Mais cette littérature est tout aussi variée dans les genres que celle écrite par des personnes blanches, elle a simplement une approche culturelle différente. Un roman policier écrit par l’auteur Moussa Konaté, qui se passe au Mali ou dans la société dogon ne sera pas le même roman policier que celui d’un auteur suédois. L’approche est universelle mais les thématiques varient”, détaille-t-elle.

La thématique de l’emprisonnement, hélas, récurrente

En guise d’exemple, Pamela Ohene-Nyako cite l’ouvrage de Tayari Jones “Un mariage américain”, qui pose des questions inédites en Suisse ou en Europe: pour une femme noire américaine, est-ce un manque de loyauté envers sa communauté que de quitter son mari incarcéré à tort? “Ce roman est très particulier aux Afro-américains, dont la thématique de l’emprisonnement est malheureusement trop récurrente. Les femmes restent souvent fidèles à ces hommes emprisonnés, avec un devoir de loyauté antiraciste. Cette thématique soulève des questions autour de l’amour, la loyauté, le couple et le mariage auxquelles on ne penserait pas si l’on n’avait pas ce genre de malheur à vivre”.

RTS