Algérie : Le gouvernement déplore la non-reconnaissance des “crimes coloniaux” de l’État français

Trois semaines après la remise du rapport Stora sur les relations entre la France et son ancienne colonie, Alger a réagi pour la première fois et dit regretter l’absence d’excuses et de reconnaissance. Loin d’apaiser les relations, cela semble les crisper, relève la presse algérienne.

Le rapport de l’historien Benjamin Stora, commandé par Emmanuel Macron, visait à apaiser les relations franco-algériennes. Pour l’heure, il n’a fait qu’accentuer les crispations. La réaction du gouvernement algérien, à qui il aura fallu trois semaines pour s’exprimer, le confirme. Le porte-parole du gouvernement algérien, Ammar Belhimer, a déclaré regretter le refus de la France de reconnaître ses “crimes coloniaux”.

Selon lui, l’épais dossier de 150 pages vient camoufler la vérité historique de la colonisation et de la guerre d’Algérie: “Le criminel fait tout pour éviter de reconnaître ses crimes. Mais cette fuite en avant ne pourra pas durer.”

Ammar Belhimer a tout de même souligné les efforts conjoints entrepris pour la réconciliation des mémoires. Il a d’abord rappelé le geste de l’État français au moment de la restitution des crânes de résistants algériens en juillet 2020. Pourtant, il en est convaincu, le rapport Stora – qui exclut toute perspective d’excuses – n’a pas vocation à résoudre ce conflit mémoriel. Sa volonté est inflexible et se résume ainsi : “Concrétiser l’acquis moral le plus important qui est la reconnaissance par la France de ses crimes coloniaux.”

Dommages causés par les déchets radioactifs

Chaque mot compte dans ce dossier ultrasensible. Et c’est précisément l’absence de l’un d’entre eux qui coince. La “reconnaissance” cristallise toutes les tensions. Le président Emmanuel Macron a assuré privilégier l’action, même symbolique, aux mots pour aller au-devant de la paix des mémoires entre les deux pays.

Autre point de discorde, les essais nucléaires effectués par la France dans le Sahara algérien. Le général Bouzid Boufrioua, chef du commandement des forces terrestres, a pointé du doigt les dommages causés par les déchets radioactifs sur les populations locales. Il a déploré “l’absence d’informations techniques sur la nature des explosions nucléaires et le matériel pollué enfoui”.

Cette absence de données handicape l’Algérie dans le traitement de ces zones, sans compter qu’elles sont gagnées par la croissance démographique. Un silence de plomb qui en dit long, selon l’homme, et qu’il qualifie de “crime majeur commis par la France coloniale”.

TSA