Allemagne : 30 ans après la réunification, la tentation de la remigration à l’Est

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Plus de 3,5 millions d’Allemands ont quitté l’ex-RDA après la
réunification pour s’installer à l’Ouest. Trente ans plus tard, une tendance inverse se dessine, grâce au travail de terrain d’agences spécialisées, soutenues par les régions et les entreprises. 

L’histoire de cette habitante de Finsterwalde, dans le Brandebourg, montre qu’il suffit parfois d’une femme pour lancer un mouvement. En 2011, Stephanie Auras-Lehmann commence à donner des conseils aux gens qui, comme elle l’a fait quelques années auparavant, songent à revenir dans leur région d’origine. Au début, ce n’était qu’un projet mené en solo.

Mais en quelques années, c’est devenu une véritable activité : Comeback Elbe-Elster [du nom du district] est l’une des agences de “retour au pays” les plus réputées de l’est de l’Allemagne [ex-RDA]. Grâce à son aide, des centaines de gens ont déjà pu retrouver leur terre d’origine.

Des réseaux régionaux

Dévasté par le chômage après la chute du mur, l’Est a beaucoup changé au cours des dix dernières années et souffre à présent d’une pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Ces millions d’Allemands qui ont quitté les cinq Länder de l’ex-RDA dans les années 1990 et 2000 en quête de travail et d’une vie meilleure font aujourd’hui cruellement défaut. Et très vite, de nombreux responsables politiques se sont demandé s’ils n’auraient pas intérêt à se battre pour ceux qui avaient alors déserté leurs villes.

C’est ainsi que Comeback Elbe-Elster a pris de l’expansion. Sandra Spletzer, qui travaille à présent aux côtés d’Auras-Lehmann, peut en parler. Au début, tout était fondé sur le bénévolat. “Mais nous avons reçu tellement de demandes qu’on ne pouvait plus gérer ainsi.” Depuis 2017, l’agence opère avec le soutien du Land du Brandebourg, ainsi que d’entreprises de la région et de fondations nationales.

Les deux femmes reçoivent à présent une centaine de demandes par an en moyenne,explique Spletzer. Le bureau de Comeback Elbe-Elster à Finsterwalde est devenu le quartier général de tout un réseau régional, baptisé “Prendre pied dans le Brandebourg”. La demande pour ce genre de service ne cesse d’augmenter, ajoute Spletzer.

Les raisons du retour

Mais qu’est-ce qui pousse les gens à revenir dans leur région d’origine ? Les études montrent que les candidats au retour sont essentiellement des personnes songeant à fonder une famille ou qui viennent d’en fonder une. Des gens, donc, qui envisagent de s’installer à long terme quelque part.

C’est ainsi qu’on en vient à repenser à l’endroit d’où l’on vient, dans l’est du pays, où les loyers sont moins chers, où vivent encore des proches et des vieux amis et où se trouve la maison que la grand-mère a laissée en héritage. D’autres facteurs entrent toutefois en ligne de compte avant de franchir le pas. L’offre culturelle et les voies de communication jouent aussi un grand rôle, note Spletzer.

“Dès qu’une nouvelle ligne de TGV est créée, la demande grimpe dans l’immobilier”, résume-t-elle.En réalité, il n’est pas étonnant que les aspirants au retour soient de plus en plus nombreux. Selon l’Institut fédéral d’étude démographique, entre 1991 et 2017, près de 3,7 millions d’Allemands ont quitté les Länder de l’Est pour s’installer à l’Ouest.Soit autant de potentiels candidats au retour. Mais sont-ils partants ?

L’envie de revenir dans sa région d’origine n’est pas un phénomène nouveau. En 2012, une étude du Leibniz Institut de Leipzig révélait que les trois quarts des Allemands de l’Est vivant à l’Ouest songeaient à revenir, mais que la plupart appréhendaient les difficultés sur le marché du travail.Au cœur du dispositif : l’emploi

C’est pourquoi [l’agence] mv4you a mis la recherche d’un emploi au cœur de sa démarche. À l’origine, ce n’était qu’une initiative classique, fondée en 2001 par une association chrétienne pour aider les enfants du pays à renouer avec leur région.Aujourd’hui, c’est le portail de l’emploi du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale [mv est l’abréviation du nom allemand du Land dans mv4you] : près de 10.000 personnes y seraient inscrites, selon ses propres indications.

Les annonces sont payées par les entreprises qui recrutent et sont classées selon qu’elles s’adressent à des personnels qualifiés et cadres de direction, à des frontaliers des Länder voisins, à toute sorte de demandeurs d’emploi ou juste mentaux personnes qui cherchent à revenir dans la région. Les catégories ont été revues pour coller au marché du travail, explique Franziska Schöndube, dont l’agence a conçu ce portail.

Elle confirme l’augmentation du nombre de candidats au retour. La plupart sont des diplômés. “Et ils viennent généralement de secteurs qui recrutent, comme l’informatique, l’éducation, les soins, l’université”, explique-t-elle.

Un coup de pouce à l’innovation

Les études l’attestent depuis des années : ceux qui rentrent au pays ne sont pas les “paumés”. Ce sont ceux qui ont réussi. Et qui rapportent avec eux tout un savoir-faire accumulé aux quatre coins du monde. Leur présence pourrait bien donner un coup de pouce à l’innovation dans leur nouveau lieu de résidence.

Ils sont encore loin d’être des millions, mais ils rentrent par dizaines dans certains endroits, par centaines dans les plus grandes villes. Les agences ne connaissent pas les chiffres précis, ne sachant pas au bout du compte qui a effectivement déménagé. Une chose est sûre : ces nouvelles arrivées ne compenseront jamais l’hémorragie d’après la chute du mur. Toutefois, l’appel au retour se poursuit.

Dans tous les Länder de l’Est, il existe à présent des réseaux, des portails de l’emploi et des centres d’accueil s’adressant spécifiquement aux candidats au retour.Les initiatives privées continuent d’exister, et il s’en crée même de nouvelles.Comme celle d’Andrea Steinert.

En 2018, Steinert fonde à Marienberg [en Saxe] le réseau “Geh Voran, Komm Zurück” [“Va de l’avant, prends le chemin du retour”], une initiative de PME de la région. Plus de 300 personnes l’ont déjà contactée pour exprimer leur intérêt au cours des deux dernières années. Son objectif : attirer tous ces compatriotes qui “manquent cruellement”.

La Saxe souffre encore d’une mauvaise image. Pourtant, il y a tout ici : des terrains à bâtir, des places en crèche,de bonnes universités, des offres d’emploi. Seulement, peu de gens le savent. “Il faut faire davantage connaître nos services, explique-t-elle, et donner plus d’écho aux expériences positives.” Les exemples ne manquent pas ici : Sandra Spletzer, Franziska Schöndube, Andrea Steinert savent de quoi elles parlent.

Die Zeit

1 Commentaire

  1. Le truc incroyable! Comme les gens votant Hollande pour squizzer Sarkozy, Ceux votant Macron pour virer Hollande….passer de “la finance anonyme et vagabonde” au bolcho-nationalisme (oxymore du même tonneau que “Ripoublique française”).

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