Allemagne : Comment contrer le racisme et l’extrémisme au sein de la police ?

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Vingt-neuf agents de police ont été limogés à la suite d’une enquête sur plusieurs groupes de messagerie à contenu néonazi et raciste. Quelles sont les solutions pour pallier la récurrence de ce problème ?

Des représentations de croix gammées, des images d’Adolf Hitler et des photomontages de réfugiés dans des chambres à gaz – tel est le contenu effroyable retrouvé dans une série de discussions WhatsApp alimentées par 29 agents de police du commissariat de Essen, en Rhénanie-du-Nord–Westphalie (NRW). Onze d’entre eux auraient participé de manière active à la propagation de messages haineux.

La plupart de ces groupes ont été créés il y a plusieurs années déjà, un en 2012, le reste en 2015. Pour le ministre de l’Intérieur Herbert Reul (CDU) de NRW, ce contenu représente la « haine néonazie, raciste et anti-réfugiés la plus diabolique et la plus répugnante », c’est « une honte pour la police de NRW ». Tous les participants à ces discussions ont été démis de leurs fonctions. En outre, M. Reul s’est engagé à nommer un ministre chargé des forces de l’ordre du Land afin de lutter contre les tendances extrémistes.

Cette nouvelle n’est pas un cas isolé

Quelques jours seulement après cette découverte macabre, un fait similaire a défrayé la chronique en Mecklembourg–Poméranie-Occidentale. Vendredi (18 septembre), des perquisitions ont eu lieu chez deux fonctionnaires de police, révélant leur participation à des discussions en ligne sur fond d’extrême droite. Les procédures disciplinaires contre les deux hommes ont déjà été engagées. Par ailleurs, 18 autres membres des forces de l’ordre sont soupçonnés d’être impliqués dans ces conversations.

Par le passé, le ministre fédéral de l’Intérieur Horst Seehofer (CDU) qualifiait ces affaires de « cas isolés ». D’après le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Steve Alter, « il y a toujours des cas isolés et des constellations de cas individuels » dans les organisations de cette ampleur, peu importe qu’il s’agisse de la police.

Certains y voient néanmoins un problème structurel. La présence de relents extrémistes dans la police ne devrait « plus surprendre personne », a indiqué Sebastian Fiedler, chef de l’Union allemande des fonctionnaires de la police judiciaire (BDK). « Je suppose que des groupes similaires existent dans la quasi-totalité des villes du pays », a renchéri Rafael Behr, professeur à l’académie de police de Hambourg. Herbert Reul souligne également « qu’on ne [peut] plus parler de cas isolés », et il s’oppose ainsi à l’avis de plusieurs de ses collègues.

Pas de profil racial pour le ministère de l’Intérieur

Ces affaires liées à l’extrême droite soulèvent par ailleurs une question : comment réformer la police ? La mise à disposition de données concrètes, notamment en ce qui concerne le profilage racial, pourrait apporter une réponse à cet égard.

La Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) définit le profilage racial comme « l’utilisation par la police, sans justification objective et raisonnable, de motifs tels que la race, la couleur, la langue, la religion, la nationalité ou l’origine nationale ou ethnique dans des activités de contrôle, de surveillance ou d’investigation ».

À la suite des manifestations Black Lives Matter au début du mois de juin, les ministères de l’Intérieur et de la Justice avaient annoncé qu’ils mettraient au point une méthodologie à appliquer pour élaborer une étude à cet effet.

Cependant, le 5 juillet, M. Seehofer avait fait volte-face, arguant que le profilage racial constituait déjà une violation de la loi en vigueur. Le porte-parole du ministère de l’Intérieur avait alors indiqué que « les cas individuels de discrimination portés à l’attention du ministère seraient traités sans pitié et feraient l’objet de sanctions dans les plus brefs délais ».

Interrogé sur l’incident en NRW, le ministère de l’Intérieur a répondu qu’une telle étude avait « une vision beaucoup trop étroite, une perspective beaucoup trop limitée » et a demandé à la place une étude à grande échelle sur l’extrémisme de droite dans le pays.

D’après le président de l’association PolizeiGrün, Oliver von Dobrowolski, la mise en œuvre d’une étude constitue un « pas en avant, mais ce n’est pas suffisant ». À ses yeux, il est nécessaire d’améliorer les conditions de travail du milieu. « Les interventions policières doivent faire l’objet d’un suivi et être supervisées de façon à empêcher la propagation de stéréotypes parmi les agents de police », indique-t-il.

Afin de pallier le problème, il faudrait également améliorer le processus de recrutement afin de mettre l’accent sur la diversité et la communication, ajoute-t-il.

De son côté, le professeur Behr propose également plusieurs changements structurels : « Il faut offrir la possibilité de dénoncer les fautes graves de façon anonyme, et donc mettre en place un système de lanceurs d’alerte […] De plus, il serait opportun de mandater un commissaire chargé de ces questions au sein du secteur policier, qui ne fasse pas partie de la structure hiérarchique en place ».

Selon Olivier von Dobrowolski, « il convient de sanctionner et de lutter contre le racisme dans toutes les classes et les régions. Pour ce faire, il faut sensibiliser la population et créer les ressources nécessaires ».

Euractiv