Allemagne : Découverte de l’armure romaine la plus ancienne de l’histoire

L’une des victimes de la bataille de la forêt de Teutobourg refait surface 2000 ans plus tard. L’armure d’un légionnaire romain qui avait été exécuté par l’ennemi germain a été retrouvée sur le lieu du «désastre de Varus», où trois légions de l’Empire avaient été terrassées en l’an 9. En 2018, les archéologues travaillant à Kalkriese, en Allemagne, ont retrouvé la cuirasse romaine en sondant le sol avec un détecteur à métaux.

Lorsque la machine s’est emballée, les chercheurs ne se doutaient pas qu’il s’agissait là de la cuirasse la plus ancienne et plus intacte jamais découverte. L’armure appartenait à un soldat ayant participé à cette bataille, l’une des défaites les plus cuisantes de l’histoire de l’empire. Plus de 20.000 soldats – 15.000 légionnaires et 5000 auxiliaires – sous les ordres de Publius Quinctilius Varus – avaient été massacrés ou réduits en esclavage.

Une fois extrait le bloc de terre d’où provenaient les signaux du détecteur de métal, les archéologues l’ont passé aux rayons X. L’objectif était de ne pas exposer à l’air libre les pièces métalliques étant potentiellement contenues, ainsi prendre le risque de les voir s’oxyder. Lors de cette analyse, ils ont découvert dans les sédiments l’armure romaine, en excellent état.

«Il s’agit d’un modèle connu sous le nom de lorica segmentata, explique Yann Le Bohec, spécialiste des armées romaines, dans Sciences et Avenir . On peut voir des représentations de cette cuirasse articulée, portée par des légionnaires et des gardes prétoriens, sur les bas-reliefs de la colonne Trajane, à Rome. Elle se composait d’une série de plaques en fer reliées entre elles par des charnières et lanières en cuir qui permettaient des réglages et l’adaptation de l’armure à la morphologie de chacun

Un éventuel fugitif

Cité par The Times, le directeur du musée de Kalkriese, Stefan Burmeister, pense que l’amure a appartenu à un soldat romain ayant été tué par des guerriers germains après la bataille de la forêt de Teutobourg. Près des épaules se trouvait en effet une musaraigne, objet utilisé pour entraver les poignets d’un prisonnier. «Pour ne pas subir le déshonneur de la défaite et de la mise en esclavage, nombre de soldats romains se sont suicidés à Teutobourg. Parmi ceux qui avaient survécu, certains ont tenté de s’enfuir, mais tous ont été rattrapés», poursuit Yann Le Bohec auprès de Sciences et Avenir. Le soldat portant l’armure comptait peut-être parmi ces fugitifs.

Les experts examinant la cuirasse en ont conclu que l’artisanat d’alors était plus pointu qu’anticipé. Compte tenu de la valeur de cette armure, ils se demandent toutefois pourquoi les guerriers germains ne l’auraient pas pillée. Stefan Burmeister avance une hypothèse : l’exécution du soldat pourrait avoir constitué un rituel sacré. «Peut-être qu’il y avait là un contexte rituel à cette situation. Dans ce cas, le corps et l’équipement auraient été intouchables», explique le directeur du musée allemand, toujours dans The Times.

L’histoire de la bataille de la forêt de Teutobourg est celle d’une embuscade. Pris en étau entre une forêt et les collines dont descendaient les combattants germains sans discontinuer, les 25.000 combattants romains ont été vaincus dans la forêt. Selon l’historien romain Dion Cassius (155-235), les légionnaires se trouvant à l’arrière ignoraient tout du drame qui était en train de se nouer devant eux. Ils continuaient à avancer, le piège tendu par l’ennemi se refermant sur eux. Accablé par cette bérézina, leur chef Publius Quinctilius Varus choisit de se suicider plutôt que de rendre les armes.

Le Figaro