Allemagne : Plus d’un milliard d’euros pour lutter contre le racisme

Le comité interministériel sur l’extrémisme de droite et le racisme a approuvé les 89 mesures du paquet « antiracisme » présenté mercredi 25 novembre. Fortes de plus d’un milliard d’euros, ces initiatives tendent à aider les victimes de discrimination raciale.

D’après les objectifs soulignés dans son catalogue, avec ces 89 projets individuels, le comité tend à sensibiliser la population au racisme, œuvrer davantage dans la prévention de la discrimination raciale, fournir un soutien aux victimes et mettre en lumière l’égalité des chances. Le cabinet allemand devrait adopter l’ensemble des mesures la semaine prochaine.

Le comité, qui rassemble la chancelière allemande Angela Merkel (CDU), le ministre des Finances Olaf Scholz (SPD) et le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer (CSU), a vu le jour en mars de cette année, à la suite de fusillade à caractère raciste dans un bar à chicha à Hauna, faisant sept victimes.

Le gouvernement allemand souhaite allouer plus d’un milliard d’euros pour ces projets entre 2021 et 2024. Si le comité budgétaire du Bundestag l’approuve, 150 millions d’euros supplémentaires seront injectés dans le budget de 2021.

Le paquet de mesures s’étend sur sept ministères différents et inclut certains acteurs spécifiques, notamment la déléguée à l’Intégration Annette Widmann-Mauz (CDU). Cette dernière a salué le fait que les mesures « couvraient l’ensemble de la sphère sociale, non seulement en offrant une stratégie globale, mais aussi en luttant sans relâche contre le racisme ».

« Toutes les 24 minutes, l’Allemagne enregistre un nouveau délit lié à l’extrême droite. Cela ne pouvait et ne peut plus durer. Aujourd’hui le message est clair. Les choses vont changer », a-t-elle ajouté dans un entretien avec Deutschlandfunk.

Pour Helena Dalli, la commissaire à l’égalité, le racisme est « vivant » en Europe. Dans un entretien accordé à Euractiv, elle appelle à « penser différemment » pour lutter contre les préjugés, notamment au sein de la Commission.

La protection des victimes et la prévention

Les sujets clés de ces projets se concentrent sur la protection des victimes de racisme et de la violence d’extrême droite ainsi que la prévention.

Parmi les mesures prises, l’un prévoit la création d’un conseil consultatif entre le ministère de l’Intérieur et de la Famille, qui contribuera à la coordination des programmes actuels de prévention au racisme. « L’efficacité et l’innovation dans les programmes de prévention, et le transfert de meilleures pratiques et de programmes internationaux seront au centre des préoccupations du conseil », indique le document.

Remplacer le mot « race » dans la Loi fondamentale

Une autre modification figurant dans le catalogue concerne le remplacement du mot « race » de la Constitution allemande. « Nul ne doit être discriminé ni privilégié en raison de son sexe, de son ascendance, de sa race, de sa langue, de sa patrie et de son origine, de sa croyance, de ses opinions religieuses ou politiques. Nul ne doit être discriminé en raison de son handicap », peut-on lire dans l’article 3 de la Loi fondamentale pour la République fédérale d’Allemagne.

Affichant plusieurs connotations de l’époque nazie, le terme allemand « Rasse » se rapporte à la division de la population en catégories. C’est la raison pour laquelle le leader vert Robert Habeck et la vice-présidente du parlement du Schleswig-Holstein Aminata Touré ont appelé à sa modification.

Dans une tribune publiée en juin dans le tageszeitung (taz), ceux-ci ont déclaré qu’« il était temps de désapprendre le racisme. Sous toutes ses formes. Un signe fort à cet effet serait de remplacer le mot “race” dans la Loi fondamentale ».

Dans un communiqué de presse, la ministre de la Justice Christine Lambrecht a abondé dans ce sens. Lors de la rédaction de la Constitution en 1949, « cette phrase était en contradiction totale avec la folie raciale du régime national-socialiste », mais « aujourd’hui, l’utilisation du terme “Rasse” est dépassée et peut laisser place à des malentendus », a-t-elle fait savoir.

En outre, un groupe de travail sera mis en place, conformément au catalogue de mesures, entre les ministères de l’lntérieur et de la Justice afin de réfléchir à la terminologie adéquate à employer. À ce sujet, Mme Lambrecht s’est déclarée « certaine » que le groupe créera « une formulation dans l’air du temps qui gardera le ton de la loi fondamentale : plus jamais de racisme ».

Euractiv