Allemagne : “Truie des Juifs”, la Justice veut supprimer une statue antisémite datant du XIIIe siècle (Màj : la sculpture sera conservée “pour son rôle de mémorial” — Màj 2 : un comité d’experts recommande finalement de retirer le bas-relief)

28/07/2022

Un comité d’experts réuni par l’église paroissiale protestante de Wittenberg (Saxe-Anhalt) a recommandé, mardi 26 juillet, de retirer de l’église Sainte-Marie un bas-relief antijuif et de le conserver dans un lieu pédagogique. La Cour fédérale de justice avait pourtant tranché en juin en faveur de son maintien.

Nouveau rebondissement dans un feuilleton juridique qui agite l’Allemagne depuis quatre ans : le bas-relief anti-juif qui orne depuis 1290 la façade de l’église protestante Sainte-Marie, dans la ville de Wittenberg (Saxe-Anhalt) devrait être retiré et conservé dans un lieu pédagogique […].

La Croix

14/06/2022

Sur l’église de Wittenberg, figure un bas-relief polémique, la «Truie des Juifs». Il restera en place, car il est accompagné d’une plaque rendant hommage aux victimes de la Shoah.

La Cour fédérale allemande de Justice, plus haute instance judiciaire du pays, s’est prononcée, mardi, contre le retrait du bas-relief médiéval antisémite, la «Truie des Juifs», d’une église qui fut le berceau de la Réforme protestante.

Cette décision rendue par la cour de Karlsruhe devrait mettre un terme à une bataille judiciaire, entamée il y a cinq ans, autour de cette sculpture qui orne depuis 1290, à huit mètres de hauteur, l’aile sud de l’église Sainte-Marie de Wittenberg. L’édifice où Martin Luther (1483-1546) prêcha pour la première fois en langue allemande est classé au patrimoine mondial de l’humanité.

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Le bas-relief montre des Juifs et des porcelets tétant le lait d’une truie, pendant qu’un rabbin soulève la patte et la queue de l’animal pour examiner son anus. Ce motif animalier métaphorique visait à provoquer l’aversion pour les Juifs dans cette ville, où le moine Luther, dont l’antisémitisme a été abondamment documenté par les historiens, placarda ses thèses contre les indulgences de l’Église catholique en 1517, marquant la naissance de la Réforme.

Rappeler des siècles de discrimination

Les juges de la Cour fédérale ont estimé que si l’œuvre était calomnieuse, la présence d’une plaque au pied de l’église, à la mémoire des victimes de la Shoah, en faisait un «mémorial». Ils ont ainsi débouté le plaignant, membre de la communauté juive d’Allemagne, qui réclamait que la sculpture soit décrochée.

Cette «Truie des Juifs» exprime certes «l’hostilité et la haine envers les Juifs» et constitue «une insulte aux Juifs», selon les magistrats. Mais l’installation, en 1988, du temps de la RDA communiste, d’une plaque en bronze rappelant le souvenir des «six millions de Juifs» exterminés par le régime nazi, l’a transformée en «un mémorial destiné à commémorer et à rappeler les siècles de discrimination et de persécution des Juifs jusqu’à la Shoah», selon eux.

Le Conseil central des Juifs d’Allemagne, principale instance de représentation de la communauté juive, a jugé, à l’issue de cette décision, que «l’Église devrait reconnaître clairement sa culpabilité et condamner son antijudaïsme séculaire».

Devant la Cour européenne des droits de l’homme?

La «Truie des Juifs» avait suscité une âpre polémique en 2017, année où l’Allemagne célébrait le 500e anniversaire de la Réforme, avec la circulation d’une pétition, puis d’une contre-pétition, avant que le litige n’atterrisse devant les tribunaux. Avant la décision de la Cour fédérale de justice, le plaignant avait exprimé son intention de porter l’affaire devant la Cour constitutionnelle ou la Cour européenne des droits de l’homme.

20 Minutes

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07/06/2022

Un tribunal fédéral allemand s’est penché sur la requête d’un homme juif qui demande le retrait d’une statue antisémite vieille de 700 ans située sur une église de Wittenberg, où Martin Luther a autrefois prêché. Le tribunal a déclaré qu’il rendrait son verdict dans le différend déjà ancien, le 14 juin prochain.

La sculpture « Judensau », ou « Truie des juifs », décore l’église Sainte-Marie de Wittenberg, berceau de la réforme protestante. Elle date de 1290 et c’est l’une des quelque 30 reliques médiévales similaires qui ornent encore les églises en Allemagne et ailleurs en Europe.

En Europe, il existerait une trentaine de « Truie des Juifs », majoritairement en Allemagne, et au moins une en France, autour de la porte Saint-Nicolas de la Collégiale Saint-Martin à Colmar. La plus ancienne date de 1230 environ et se trouve dans le cloître de la cathédrale de Brandebourg. Le but de ces représentations : déshumaniser le peuple juif en l’associant à un animal considéré comme impur et sale.

Luther et le « Judensau » de l’église de Wittenberg

La ville de Wittenberg est considérée comme le point de départ de la Réforme protestante. Martin Luther (1483-1546), le père du protestantisme, a prêché pour la première fois en allemand dans l’église Sainte-Marie de Wittenberg, aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

En 1543, Martin Luther décrit le bas-relief de la façade de l’église en ces termes : « Ici à Wittenberg, on peut voir, sur notre église, une truie sculptée dans la pierre. Dessous, se trouvent des porcelets et des juifs qui la tètent. Derrière, se tient un rabbin qui soulève la patte droite de la truie, tire sa queue avec sa main gauche, se penche et contemple avec zèle le Talmud sous la croupe de l’animal, comme s’il y lisait quelque chose d’extraordinaire. Ce qui signale certainement l’endroit où se trouve leur Shem Hamphoras (le nom de Dieu, NDLR). »

Des propos écrits par Luther, auxquels s’ajoutent son incitation à brûler des synagogues et son libelle « Des Juifs et de leurs mensonges ». Des faits qui lui valent d’être qualifié d’antisémite par des historiens.

Une sculpture déjà controversée en 2016

En 2016, une polémique autour de cette statue avait déjà éclaté. Richard Harvey, un théologien installé à Londres, et qui se définit comme un Juif messianique, a lancé une pétition en ligne, signée à l’époque par 8.000 personnes, demandant le retrait de la sculpture.

Cette pétition est destinée au pasteur Johannes Block, opposé au déplacement du bas-relief. Celui-ci propose alors d’ajouter une description sous la statue pour en expliquer le sens et la replacer dans son contexte historique, ou d’installer un autre bas-relief représentant un prêtre et un rabbin se serrant dans les bras.

Une association se forme pour réclamer le retrait du bas-relief et plusieurs manifestations se tiennent à Wittenberg avec, à sa tête un pasteur de Leipzig, Thomas Piehler, qui souhaite le déplacement de la sculpture dans un musée. L’AfD (Alternative pour l’Allemagne), le parti politique nationaliste et eurosceptique allemand, s’en mêle et lance une contre-pétition.

Face à l’ampleur de la polémique, le conseil municipal de Wittenberg se saisit de l’affaire. Le 5 juillet 2017, il vote une mention, approuvée à l’unanimité, pour conserver le bas-relief comme témoin d’une époque troublée, estimant que Wittenberg a déjà pris position en 1988. Cette année-là, la ville a fait installer une plaque de bronze en mémoire des six millions de Juifs morts pendant la Seconde Guerre mondiale, et a également planté un cèdre d’Israël à côté de cette plaque.

Placée sur l’église à environ quatre mètres au-dessus du niveau du sol, la sculpture représente des personnes identifiables comme des Juifs tétant une truie pendant qu’un rabbin soulève sa queue et examine la croupe de l’animal. En 1570, après la Réforme protestante, une inscription faisant référence à un tract anti-juif de Luther fut ajoutée.

En 1988, un mémorial a été érigé sur le sol juste en dessous de la statue, faisant référence à la persécution des Juifs et aux 6 millions de personnes qui sont mortes pendant l’Holocauste. De plus, un panneau donne des informations sur la sculpture en allemand et en anglais.

L’affaire a été portée devant la Cour fédérale de justice après que les tribunaux inférieurs se sont prononcés en 2019 et 2020 contre le plaignant Michael Duellmann. Il avait soutenu que la sculpture était « une diffamation et une insulte envers le peuple juif » qui a « un effet terrible jusqu’à ce jour », et a suggéré de la déplacer au musée voisin de la Luther House.

En 2020, une cour d’appel de Naumburg a jugé que « dans son contexte actuel », la sculpture n’avait pas de « caractère diffamatoire » et ne violait pas les droits du plaignant. Elle a déclaré qu’avec l’ajout du mémorial et du panneau d’information, la statue faisait désormais « partie d’un ensemble qui parle pour un autre objectif » de la part de la paroisse.

Le juge président Stephan Seiters a déclaré lors de l’audience de lundi que, vue individuellement, la statue est « l’antisémitisme gravé dans la pierre », a rapporté l’agence de presse allemande dpa.

Cependant, les ajouts ultérieurs et le contexte seront probablement également un facteur clé dans la décision de son tribunal. L’avocat de Duellmann a fait valoir que les informations sur le panneau n’étaient pas suffisantes et que la représentation d’un cochon était un signe de haine même lorsque des avertissements sont affichés.

Le tribunal fédéral, basé dans la ville de Karlsruhe, dans le sud-ouest, prévoit d’annoncer sa décision le 14 juin.

Tagesschau