Alsace : Du riesling transformé en gel hydroalcoolique, un “crève-cœur” français

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Le New York Times est parti en reportage dans le vignoble
alsacien à la rencontre des viticulteurs locaux, contraints de se débarrasser de leur vin, leurs débouchés étant en partie bloqués par les conséquences de la pandémie de Covid-19 et la taxe américaine sur le vin français.


C’est comme dire adieu à quelqu’un qui vous est très cher.” Pour un reportage, le New York Times est parti à la rencontre de Marion Borès et d’autres viticulteurs des “rocailleuses collines d’Alsace baignées de soleil”, qui vivent cet été un “crève-cœur”.

Car ce “quelqu’un de très cher”, explique le quotidien américain, ce sont “des rieslings et des gewurtzraminers”. En effet, une partie de ces “succulents et subtils vins blancs qui font la renommée de la région va finir en gel hydroalcoolique pour les mains”. Et pour cause :

Jérôme Mader, vigneron rencontré par le New York Times à Hunawihr, dans le Haut-Rhin, “a perdu la moitié de ses ventes depuis décembre”, faute de débouchés.

Or, “comme les autres viticulteurs, il n’a pas la place dans son cellier pour stocker du vin invendu”, alors que “les vendanges de cette année 2020, précoces grâce à un fort ensoleillement, se profilent dans à peine un mois”.

La mort dans l’âme, comme dans les autres terroirs français, de très nombreux vignerons de la région se sont donc résolus à faire évacuer une partie du fruit de leurs récoltes précédentes vers des distilleries, où le vin est transformé en alcool pour finir en flacons de désinfectant. “Plus de 6 millions de litres” sont en train de subir ce triste sort “rien qu’en Alsace”, précise le New York Times.

Un déchirement

Dont “19.000 litres” produits par le domaine Borès, situé à Reichsfeld. “Ce n’est pas exactement la destination que nous avions en tête quand nous avons fait ce vin”, euphémise Marion Borès auprès du quotidien.

Mon cellier est sur le point d’éclater, raconte de son côté Guillaume Klauss, un autre exploitant. Si je n’évacue pas mon vin, je ne mange pas. Mais clairement, c’est un déchirement. C’est [le résultat de] trois ans de travail, et nous ne sommes même pas rémunérés correctement.” Selon Francis Backert, président du Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace :

La crise économique provoquée par le coronavirus, combinée avec la taxe
de 25 % sur le vin français mise en place par l’administration Trump dans
le cadre de la guerre commerciale avec l’Europe a fait s’effondrer le
marché du vin.”

En effet, ajoute le New York Times, “les pertes financières sont une chose. Le choc psychologique en est une autre”. Pour Francis Backert, les vignerons “ne veulent même pas en parler. De toute évidence, cela leur brise le cœur.”

Dans ce marasme, une petite consolation, tout de même : “Les commandes sont récemment reparties un petit peu à la hausse.” Et une autre, celle de Jérôme Mader : “Les grains de raisin, cette année, sont véritablement magnifiques.” Et de toute façon, pour le vigneron de Hunawihr : “Tant que le vin est bon, il y a toujours de l’espoir.

New York Times