Amiens (80) : Guy de la Motte Saint-Pierre veut adopter deux Guinéens (Màj : le gréviste de la faim qui se nourrit de bouillon hospitalisé «quelques heures»)

Rebondissement : Neuf jours après le début de sa grève de la faim, l’Amiénois Guy de la Motte Saint-Pierre, 74 ans, a été emmené aux urgences du CHU Amiens-Picardie, avant d’y être hospitalisé quelques heures.

Il a décidé de poursuivre sa grève de la faim.

Le Courrier Picard

Le militant a sa sortie des urgences

13/05/2021

En grève de la faim depuis mercredi 5 mai, pour obtenir la régularisation de Boubacar et Sidiki, deux Guinéens, Guy de La Motte Saint-Pierre commence à ressentir une grande fatigue physique. Mais le moral est bon, insiste le retraité amiénois.

Huit jours après avoir débuté sa grève de la faim, le retraité s’est installé dans le garage attenant à sa maison, située tout près de la gare d’Amiens.

Et il y reçoit en quasi permanence des visites de ses soutiens et amis, qui lui apportent des bouillons de légumes ou des boissons chaudes, seules choses qu’il s’autorise à avaler […].

Cela force le respect de Sidiki, 30 ans. Il est l’un des deux jeunes Guinéens pour qui le retraité a commencé sa grève de la faim […].

Mise à jour 20h : Contactée par France Bleu Picardie ce mercredi 5 mai, la préfecture de la Somme indique que les interlocuteurs privilégiés dans ce dossier sont désormais un groupe d’étudiants de l’Université Picardie Jules Verne, qui ont contacté la préfecture pour faire avancer les dossiers de régularisation de Boubacar et Sidiki, dont l’un a besoin d’être complété pour être étudié. Ce groupe d’étudiants est “dans une démarche constructive”, indique la préfecture, alors que la préfecture regrette “des propos injurieux” dans un courrier envoyé par Guy de La Motte Saint-Pierre. Une rencontre a eu lieu entre la Préfète et le retraité la semaine du 3 mai, aucune autre n’est programmée pour l’instant.

France Bleu


10/05/2021

Du soutien pour Guy de la Motte Saint-Pierre, en grève de la faim pour des sans-papiers à Amiens

Cinq jours après l’entame d’une grève de la faim, Guy de la Motte Saint-Pierre a reçu, dimanche, la visite du boulanger de Besançon qui avait obtenu la régularisation de son apprenti après 10 jours sans s’alimenter.

Guy de la Motte Saint-Pierre (à gauche) a reçu le boulanger Stéphane Ravacley dans son garage qu’il a aménagé en pièce de repos et d’accueil

Le Courrier Picard

Stéphane Ravacley, le boulanger de Besançon en grève de la faim depuis plus d’une semaine pour protester contre l’expulsion de son apprenti guinéen

05/05/2021

Pieds nus, l’Amiénois est allé déposer ce mercredi 5 mai un courrier à la préfète de la Somme, comme il l’avait promis, pour défendre deux jeunes Guinéens menacés d’expulsion. Le septuagénaire a dans la foulée entamé une grève de la faim.Réagir Mis en ligne le 5/05/2021 à 15:31

L’Amiénois Guy de la Motte Saint-Pierre se bat depuis plusieurs années contre la préfecture de la Somme pour faire avancer le dossier de deux jeunes Guinéens déboutés du droit d’asile et menacés d’expulsion.

Il s’agit de son filleul Sidiki Touré et de Boubacar Sow, qu’il héberge et pour qui il a entamé une procédure d’adoption. Ce mercredi 5 mai, après avoir glissé, pieds nus, un courrier dans lequel il a joint le diplôme arraché symboliquement de ses Palmes académiques, l’homme de 74 ans a retrouvé plusieurs dizaines de ses soutiens place Gambetta et annoncé qu’il entamait sans plus tarder une grève de la faim.

Guy de la Motte Saint-Pierre, entouré de Boubacar Sow (à droite) et Sidiki Touré se bat pour leur régularisation.

Guy de la Motte Saint-Pierre, entouré de Boubacar Sow (à droite) et Sidiki Touré se bat pour leur régularisation.

Comme Stéphane Ravacley, le boulanger de Besançon qui a finalement obtenu la régularisation de son apprenti en début d’année. «  Je me suis longuement entretenu avec lui, confie Guy de la Motte Saint-Pierre, qui se dit prêt à tenir jusqu’à obtention de la régularisation de Sidiki Touré et Boubacar Sow avec autorisation de travailler. C’est une action spectaculaire, extrême mais je ne vois pas comment faire bouger les choses autrement à ce stade. »

Amiens: Guy de la Motte Saint-Pierre, pieds nus et cœur gros [VIDÉO]

« Je suis prêt à aller jusqu’au bout »

L’ex-président de l’association On a marché sur la bulle (organisatrice du festival de BD) sera suivi quotidiennement par un infirmier. Son médecin traitant sera également prêt à intervenir en cas de souci. «  Je suis prêt à aller jusqu’au bout, comme dans toutes les étapes de ma vie, sourit l’ancien humanitaire, qui a notamment œuvré dans les camps de réfugiés du Bangladesh ou les bidonvilles indiens où il a rencontré Mère Teresa. J’espère que cette grève sera la première et la dernière !  » https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/src/q0p3vlk/showtitle/1/mdtk/01338879/zone/18

Guy de la Motte Saint-Pierre se dit dans l’incompréhension face à la position des services de la préfecture, qu’il accuse d’avoir «  déformé et trafiqué  » les dossiers examinés par le tribunal administratif. «  Ce qu’il se passe est tout simplement surréaliste. Sidiki et Boubacar ne se cachent pas, ils étudient ,et plutôt bien ! Ils ont même reçu des offres d’emploi. Mais visiblement, cela ne suffit pas aux yeux de l’État, qui fait tomber les OQTF (Ndlr : Obligation de quitter le territoire français) comme à Gravelotte partout sur le territoire. Quand une vie est en jeu – je pense à celle de Sidiki, qui a été torturé et emprisonné en Guinée – on est en droit de demander que les dossiers soient examinés normalement. »

Boubacar Sow « très ému » par la vague de solidarité

Le septuagénaire a reçu un soutien important avant l’entame d’une grève de la faim. Une pétition en ligne a déjà atteint près de 15.000 signatures. Devant cette vague de solidarité, Boubacar Sow se dit très ému : «  Je suis énormément reconnaissant envers ces personnes, et en premier lieu Guy, qui est un grand homme de cœur. On espère remporter ce combat juste à ses côtés. » La préfecture de la Somme déplore «des démarches polémiques»

Dans un communiqué transmis ce mercredi après-midi, la préfecture de la Somme rappelle que Guy de la Motte Saint-Pierre «  a été reçu longuement lundi  » et qu’il a pu exposer ses arguments. «  Dans ce cadre, il lui avait été précisé que l’ouverture d’un dialogue plus respectueux et plus constructif était souhaitée, et que des démarches polémiques ne permettraient pas d’aboutir à une solution. Le courrier déposé (…) ne traduit pas une volonté partagée de s’inscrire dans cet état d’esprit  », déplore l’institution, qui indique qu’elle procède chaque année à des régularisations exceptionnelles au séjour (339 en 2020) au terme d’un examen «  attentif et ouvert  », selon ses dires. Elle poursuit en rappelant qu’un tel examen reste possible pour les cas de Boubacar Sow et Sidiki Touré à l’issue d’«  un dialogue respectueux  » que la préfète assure continuer d’appeler de ses vœux.

Courrier-Picard

__________

03/05/2021

Guy commencera ce 5 mai une grève de la faim pour sauver Boubacar et Sidiki de l’expulsion. Quelles sont donc les motivations de la préfète de la Somme pour faire preuve de si peu d’humanité et risquer ainsi de mettre des vies en danger ? La situation de ces deux jeunes Guinéens est celle de centaines d’étudiants étrangers, soumis à la triple peine de la crise sanitaire, de l’exil et du rejet.

Un ami et collègue de l’Université de Picardie Jules Verne à Amiens m’alerte sur la situation de deux jeunes Guinéens : Sidiki, étudiant inscrit en Master 1 de géographie, et Boubacar qui prépare son Bac. Tous deux ont reçu une Obligation de quitter le territoire français (OQTF). Tous deux sont soutenus et aidés depuis plusieurs années par des associations et par Guy, 74 ans, qui a hébergé Boubacar chez lui. Boubacar est arrivé à Amiens en 2017, a réussi son CAP, son BEP et est aujourd’hui en Bac pro. Comme il est sans famille en Guinée, Guy lui a proposé de devenir son père adoptif, ce qu’il a accepté. La procédure est en cours. Mais une OQTF a été délivrée.

Guy a obtenu son annulation au tribunal administratif. Mais la préfète a fait appel. Sidiki, comme tant de migrants fuyant la misère ou la persécution, a traversé la Libye, la Méditerranée et l’Italie. La France veut le renvoyer dans son pays alors qu’il a réussi sa licence, est inscrit régulièrement en master, est soutenu par l’équipe enseignante et même par le président de l’Université. Six mois après sa demande de titre de séjour étudiant – avec un dossier complet et très solide, m’assure-t-on -, la préfète de la Somme lui envoie une OQTF.

Il y a aujourd’hui des centaines de Sidiki en France. Dans le Bas-Rhin, la préfète vient d’envoyer une OQTF à un étudiant soutenu par la Cellule de veille et d’alerte de l’université de Strasbourg (1), et comme si ça ne suffisait pas, des OQTF ont été aussi envoyées à ses parents et à ses frères et sœurs, mineurs et scolarisés. Partout la honte ! Honte aux préfets et préfètes qui veulent remplir leurs quotas, honte à Darmanin et à Macron qui donnent les ordres. Le courage et la détermination de Guy forcent l’admiration.

A l’image des migrants qu’il accompagne et soutient. Aujourd’hui, l’extrémité à laquelle il en est réduit – mettre sa santé et peut-être sa vie en danger – est tout simplement proportionnelle à la violence extrême et à l’inhumanité d’une administration qui applique avec zèle une politique inique. Cette politique est inique parce qu’elle est contraire au droit d’asile et à notre devoir d’hospitalité. Cette politique est inique parce qu’elle affaiblit et remet en cause une tradition d’accueil qui ne survit que par des engagements individuels, militants ou associatifs.

Cette politique est inique parce qu’elle fait subir aux étudiants étrangers sans carte de séjour, aux migrants et réfugiés une triple peine : à une situation sanitaire qui fragilise les plus pauvres et qui aggrave la détresse de l’exil et de la solitude, le gouvernement ajoute encore l’angoisse quotidienne de l’arrestation et de l’expulsion.

Il faut écouter Guy qui nous dit que les migrants “profitent à notre pays parce que ce sont des gens fabuleux”. Il faut regarder la vidéo qui accompagne cette pétition et la diffuser jusqu’à ce que la honte et la réprobation publique submergent la préfète de la Somme et le gouvernement tout entier. 

SIGNEZ LA PÉTITION ICI : Objectif : 20 000 signatures !

(1) Le collectif strasbourgeois “Parrainer un.e étudiant.e” qui met en contact des aidants avec des étudiants en difficulté est essentiellement sollicité par des étudiants étrangers : 9 demandes de soutien sur 10.

Mediapart

__________

19/04/2021

À 74 ans, l’humanitaire Guy de la Motte Saint-Pierre se bat contre la préfecture de la Somme pour la régularisation de Boubacar et Sidiki deux migrants guinéens. Boubacar vit avec lui depuis trois ans et il a entamé une procédure d’adoption. Entretien.

Il est une figure des mondes artistique et solidaire amiénois. Guy de la Motte Saint-Pierre a travaillé avec Mère Teresa, a vécu quatre ans dans les bidonvilles en Inde avec l’association Frères des hommes, et poursuit depuis juin 2006 ses aventures humaines à Amiens, dont il a présidé pendant 9 ans le festival de bande dessinée.

Lié d’amitié avec deux immigrés menacés d’expulsion, Boubacar et Sidiki, il se bat aujourd’hui pour leur régularisation et, comme l’annonce une pétition sur la plateforme change.org, se prépare à entamer une grève de la faim. 

France 3 HDF : Comment avez-vous connu Boubacar et Sidiki ?

Guy de la Motte Saint-Pierre : En 2017, j’ai vu sur internet un appel au secours du Réseau solidaire amiénois, qui cherchait des personnes pouvant héberger quarante gamins à la rue pendant les vacances de Noël. J’ai de l’espace, alors j’ai répondu. Le 23 décembre, j’ai vu débarquer deux gamins de 15 ans : Boubacar, qui avait fait le trajet via Lampedusa, et Sidiki, un parcours encore plus dur, emprisonné, torturé, trois mois d’esclavage en Syrie…

Le contact a été bon et, à la fin des vacances, j’ai proposé qu’ils reviennent chez moi chaque fois que les internats ferment. Mais je leur ai fait passer un entretien devant France Terre d’asile qui, c’est étrange, a décidé que Sidiki était mineur mais Boubacar majeur. Sidiki a été hébergé ailleurs. Seul Boubacar, refusé par l’Aide sociale à l’enfance, est resté chez moi.

Quels liens avez-vous tissés ?

Une bonne histoire s’est mise en place entre nous. Boubacar a fait ses études à l’Acheuléen, où il a réussi son CAP avec félicitations, son BEP avec compliment, et maintenant il prépare son Bac Pro… Un voyou quoi, comme moi ! (rires) Il est demi-pensionnaire et on vit ensemble. Au bout de trois ans, puisqu’il n’a pas de famille en Guinée, je lui ai proposé de devenir son père adoptif. Je lui ai demandé de réfléchir. Au bout d’un moment, il est venu me voir : (voix rustre) “Ouais, ouais, j’accepte la proposition.

On était très content. On vit déjà comme un père et un fils. Quand je parle de lui, je parle de mon fils. Après, c’est juste un papier administratif. Et en France, l’administration, c’est pas la joie. Si vous rajoutez la Guinée, c’est deux fois pas la joie. La demande est constituée auprès d’un notaire et il reste à obtenir un acte de naissance de moins de trois ans en Guinée. Galère…

Sidiki, lui, a eu sa licence à l’UPJV et entame un master. Je l’avais accompagné, il y a trois ans, pour améliorer son français. Des liens d’amitié là aussi très forts se sont créés.

La préfecture s’acharne à vouloir expulser Boubacar. Expliquez nous.

Nous avons fait des demandes partout pour sa régularisation. On voulait répondre au mieux aux exigences – que je trouve légitimes -, qu’ils puissent s’intégrer. Ça nous paraissait tellement évident, à moi comme à eux. Et vlan ! La réponse, c’est une obligation de quitter le territoire français (OQTF). C’est très dur à vivre. On peut pas mettre tout le monde dans le même sac, c’est trop facile. Alors on a fait appel et le tribunal administratif a annulé l’OQTF, preuve qu’on avait un dossier costaud. Et non : la préfète a fait appel, sans le moindre argument nouveau. C’est complètement surréaliste !

La préfète veut faire durer les choses, provoquer la lassitude et le découragement, en espérant que certains, n’en pouvant plus, décideront de retourner dans leur pays. Je ne pense pas que ce soit que dans la Somme, mes amis du réseau voient tout doucement un durcissement des choses partout. 

En attendant, on va se re-payer un procès à Douai, ça va durer des mois et les garçons (Sidiki est aussi sous le coup d’une OQTF, ndlr) ne peuvent plus travailler, alors que Boubacar avait trois propositions d’embauche, après avoir fait l’unanimité quand il était stagiaire. C’est pas une vie quand on est gamin : avec la covid, la vie sociale est foutue ; quand on est réfugié, c’est la double peine.

Le 5 mai, vous entamerez une grève de la faim. Pourquoi en arriver à ce moyen d’action ?

Qu’est-ce qu’on peut faire de plus pour que ce dossier soit enfin traité de manière humaine ? Même le président de l’UPJV a fait une lettre à la préfète ! Puisqu’il faut faire du bruit, on va faire du bruit. J’ai un beau garage, qui sert de dépôt pour les réfugiés. Des gens donnent des meubles, de l’électroménager et les réfugiés viennent se servir. C’est dans ce “garage solidaire” que je vais faire ma grève de la faim.

Avant cela, j’irai déposer une nouvelle lettre à la préfecture. Et j’irai pieds nus, en hommage à ceux qui traversent les Alpes la nuit, l’hiver, attendus par nos braves identitaires. Aujourd’hui, l’obligation de quitter le territoire de Boubacar n’est même pas suspendue. Lui comme Sidiki peuvent très bien être contrôlés et, on a déjà eu le cas, être envoyés tout de suite en centre de rétention. A 18 ans. Mon dieu…

France3