Amiens (80) : « Les Mots de Taj », un documentaire dans les pas d’un jeune migrant afghan présenté en avant-première

Le réalisateur Dominique Choisy fait avec son fils adoptif Tajamul Taqiri-Choisy le chemin à rebours entre Amiens et Kaboul. Ce très beau documentaire est présenté ce jeudi 21 octobre au Ciné Saint-Leu, avant une sortie nationale prévue le 24 novembre.

La caméra ne le lâche pas. «  Le spectateur est juste derrière son épaule  », explique Dominique Choisy. Le réalisateur amiénois, professeur associé à la fac d’art de l’université Picardie Jules Verne, a suivi pendant plusieurs semaines, d’avril à mai 2018, Tajamul, un jeune réfugié afghan d’Amiens à Kaboul, via la Suisse, l’Autriche, la Serbie, la Grèce et l’Iran. Ce documentaire, Les Mots de Taj, est présenté en avant-première jeudi 21 octobre au Ciné Saint-Leu, en présence de Dominique Choisy et Tajamul Faqiri-Choisy en ouverture du mois du film documentaire.

Le voyage à rebours comme règle narrative s’est très vite imposé. «  Je ne sentais pas légitime de débarquer en Afghanistan, insiste Dominique Choisy. Comme je ne pouvais pas placer la caméra devant lui. Le sujet, c’est lui, son ressenti, son corps. Le paysage, c’est son visage.  »

Dominique Choisy fait une exception pour les trois derniers plans du film. Où l’on voit Taj au bord de l’eau, tout de blanc vêtu, face aux montagnes de sa vallée natale. «  Je me suis refusé à tout exotisme. » Taj raconte son périple, tous les endroits par lesquels il est passé quand il avait à peine 14 ans et qu’il a fui l’Afghanistan.

L’équipe de tournage était réduite : Taj, Henri Desaunay le chef opérateur/ingénieur du son et Dominique Choisy. «  Henri tournait tout le temps parce qu’on ne savait jamais quand Taj envoyait du lourd. »

« C’est lui qui a voulu raconter »

Les Mots de Taj est le premier documentaire de Dominique Choisy qui avait réalisé jusque-là des fictions comme Ma vie avec James Dean en 2019. Le tournage a été l’occasion pour celui qui est devenu le père adoptif de Taj de découvrir des pans entiers de sa vie au moment où il les racontait, «  comme par exemple le naufrage en Grèce, dont il ne m’avait jamais parlé  ».

«  C’est lui qui a voulu raconter  », insiste Dominique Choisy. En 2014, Dominique Choisy est invité au festival Crossing Europe à Linz, en Autriche. «  Taj était venu avec moi. Lors de la soirée d’ouverture, nous avons vu L’Escale de Kaveh Bakhtiari, sur la situation de migrants iraniens bloqués à Athènes. Taj a discuté avec le réalisateur et ensuite il m’a dit qu’il voudrait faire un film sur son histoire.  »

Les Mots de Taj raconte le drame des migrants. Taj évoque la peur, la façon dont il a été invisible aux yeux des autres, comment les Grecs à Patras leur laissaient de la nourriture sur des cartons comme s’ils étaient des «  zombies  », comment il se cachait, recroquevillé, dans l’essieu des camions stationnés sur un parking.

«  Ils ne sont que des marionnettes alors qu’ils ne rêvent que de reprendre leur vie en main  », constate Dominique Choisy. Son documentaire aurait pu être désespérant. Il est lumineux. Grâce à Taj, sa dignité et son courage. Aujourd’hui, Dominique Choisy souhaite montrer ce film aux jeunes comme lors d’une avant-première le 25 septembre dernier au Rex à Abbeville.

Tajamul est aujourd’hui étudiant à Paris

Taj a aujourd’hui 24 ans. Il est étudiant à l’Institut national des langues et civilisations orientales à la Sorbonne à Paris. Son projet est de retourner un jour dans son pays natal. «  Il se voit comme journaliste en zone de conflit  », confie Dominique Choisy. La prise de pouvoir par les talibans au mois d’août dans la foulée du départ des troupes américaines a conforté son choix. «  Il serait prêt à s’investir dans un mouvement de résistance fédéré par Ahmad Massoud, le fils du commandant Massoud  » assassiné en 2001.

Courrier-Picard