Angers (49) : Aux assises, le rêve d’une vie meilleure s’est terminé en cauchemar pour Brahane, le migrant érythréen qui a assassiné son épouse de 24 coups de couteau devant leurs enfants

Un meurtrier est toujours un homme seul. Face à son crime, face aux larmes et aux questions des victimes, face à lui-même. Brahane Deniel l’est doublement. Loin de ses racines érythréennes, sans sa compagne soudanaise de 35 ans qu’il a tuée de 24 coups de couteau dans un appartement de Trélazé, le 2 avril 2017, loin de ses trois fils qui ne vont plus le voir en prison.

Brahane Deniel Welde Mariam, 47 ans, comparaît jusqu’à ce vendredi 26 février devant la cour d’assises du Maine-et-Loire. L’accusé âgé de 47 ans se présente comme un enfant soldat qui a perdu sa famille à 11 ans. Le même âge auquel son fils a perdu sa mère, tuée par son père, au terme d’une ultime dispute sur fond de divorce. […]

La scène s’est passée devant les trois enfants du couple en instance de divorce. Ils sont âgés de 11, 8 et 5 ans. L’aîné a tenté de s’interposer mais le père l’a blessé avec son couteau. C’est aussi ce garçon qui a prévenu les secours en composant le 17. Quand le Samu et la police sont arrivés, la maman était décédée.

Brahane Deniel Welde Mariam ? Un peu Dr Jekyll et Mister Hyde. Ou Janus, pour les amateurs de mythologie romaine

Il était parti de son pays, l’Érythrée. Mais un pays qui enrôle de force des enfants de douze ans dans ses armées, et qui les met en prison, est-il un pays auquel on s’attache ? Brahane Deniel dit que l’enfant des rues qu’il était a connu l’armée, la prison et la torture. Un jour, il a pu fuir, vers le Soudan. C’est là qu’il a de nouveau connu la prison, du fait de sa situation irrégulière, mais encore sa femme, Tyson, elle aussi enfant de la misère.

Au centre des débats, ses accès de violences qui ont traumatisé ses enfants et l’ont conduit à l’irréparable. Après une longue et douloureuse migration, une famille s’était installée à Trélazé. Mais Brahane Deniel a tué sa femme, de 24 coups de couteau, parce qu’elle voulait divorcer. Dans le box des accusés, à la cour d’assises d’Angers, il a contemplé le désastre de sa vie. Un moment terrible.

La violence ordinaire d’un père de famille cabossé par la vie

À la barre des témoins, le grand garçon parle calmement. Il ne cille pas, se tient droit sans bouger, sa voix est monocorde. Pourtant, ce jeune, plus tout à fait enfant mais pas encore homme, raconte l’horreur vécue il y a presque quatre ans. Sous ses yeux, son père, Brahane Deniel Welde Mariam, a tué sa mère de 24 coups de couteau, le 2 avril 2017, en fin d’après-midi. [..] L’accusé a livré une version sensiblement différente de celle de son fils aîné, témoin direct du meurtre.

Pour tenter d’expliquer cette violence ordinaire d’un père de famille investi, les experts se sont succédé à la barre de la cour d’assises du Maine-et-Loire. […] Brahane Deniel se présente comme un ancien enfant soldat dont l’expert psychologue Boris Terziman a deviné le douloureux passé.

L’errance de migrants s’est terminée comme avait commencé la vie la vie de l’accusé

Ouest-France