Angers (49) : Un élève musulman et son professeur catholique portent plainte l’un contre l’autre dans un lycée privé (Màj : L’enseignant mis à pied, placé sous contrôle judiciaire et renvoyé en correctionnelle)

11/12/2021

Cet enseignant d’un lycée professionnel privé catholique, également maire LR d’une commune de Maine-et-Loire, aurait « invité » les élèves musulmans à changer de religion. Il plaide le second degré et estime avoir été mal compris.

A l’issue d’une garde à vue de vingt-quatre heures, les 9 et 10 décembre, un professeur d’éco-gestion d’un lycée d’Angers a été renvoyé en correctionnelle, avec un procès prévu le 4 mai 2022. Il est poursuivi pour « incitation à la discrimination raciale ou religieuse », « harcèlement moral » et « dénonciation mensongère ».

Placé sous contrôle judiciaire, cet enseignant de 51 ans – déjà suspendu à titre conservatoire par le recteur d’académie – a interdiction d’entrer en contact avec la victime présumée et interdiction d’exercer une profession de contact avec les mineurs, précise le procureur de la République d’Angers, Eric Bouillard.

Ce dernier avait été destinataire de deux plaintes croisées, les 2 et 3 décembre. L’une, signée par un élève de 16 ans et ses parents, accusant ce professeur du lycée professionnel Joseph-Wresinski, un établissement privé sous contrat, d’avoir « invité » les élèves musulmans à « changer » de religion. L’autre émanant du professeur d’éco-gestion lui-même, qui estime avoir été victime de violences de la part de l’élève en question.

Mis à pied pour quatre mois

Joint par téléphone, avant sa garde à vue, l’enseignant plaidait le trait d’humour en donnant sa version des faits. « J’enseigne le droit et l’histoire juridique qui est beaucoup rattachée au catholicisme et à la chrétienté. Une élève me dit qu’il n’y a pas de religion en France, que la seule qui existe c’est la laïcité. Je lui rappelle qu’on est dans un établissement catholique, qu’à une époque des prêtres et des sœurs enseignaient à ma place et que les élèves étaient catholiques. Et, au second degré, je dis que si des musulmans le veulent, ils peuvent nous rejoindre », raconte-t-il. La situation se serait ensuite envenimée, des élèves manifestant leur désaccord. L’élève accusé de conduite violente par l’enseignant et sa famille n’ont pu être joints par Le Monde.

Le CPE de cet établissement d’un millier d’élèves et de 120 enseignants, a reçu les parents de l’élève. Après avoir eu connaissance de leur récit, le directeur, Anthony Bélangé, a demandé et obtenu la mise à pied conservatoire pour quatre mois de l’enseignant. Officiellement pour assurer sa sécurité. […]

Le Monde

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08/12/2021

Le lycée professionnel privé Joseph-Wresinski à Angers (Maine-et-Loire) fait face à une situation tendue entre un élève musulman et son professeur, qu’il accuse de racisme et d’injure non publique. Une plainte a été déposée à l’encontre de ce dernier. De son côté, le professeur a déposé plainte contre l’élève pour menaces et agression physique et verbale. Le professeur a été mis à pied à titre conservatoire.

Les établissements catholiques auraient dû continuer à n’enseigner qu’à des élèves de confession catholique. »

Ces propos, qui auraient été tenus par un enseignant, ont été rapportés par un élève du lycée professionnel catholique privé Joseph Wresinski, à Angers (Maine-et-Loire). En plein cours de classe de première, mardi 30 novembre 2021, son professeur aurait effectué une « digression » sur les cours dispensés dans les établissements scolaires catholiques par le passé.

Mais un élève de la classe aurait contesté les dires de son professeur et lui aurait lancé : « Les établissements catholiques ne sont pas réservés aux catholiques », tout en désignant son camarade de classe, de confession musulmane.

Le professeur réfute les propos du lycéen et lance à la classe : « Là, c’est un problème » , avant de dire que le jeune musulman « pouvait toujours changer de religion ». Contacté, l’enseignant confirme avoir tenu ces propos, « mais c’était du second degré » , ajoute-t-il.

Toujours devant la classe, un autre élève poursuit le débat et évoque « le caractère multiculturel de la France ». Mais le professeur aurait affirmé, selon un témoin, que « depuis Vercingétorix (sic), la France est un pays catholique et blanc » .

Dans la classe, les propos provoquent un tollé. Pour le professeur, « c’est faux. Les élèves ont dit qu’il fallait que j’arrête de faire du Zemmour. J’ai répondu que si j’avais fait du Zemmour, il aurait plutôt dit « blanc et catholique ». Voilà ce que j’ai répondu ».

« L’élève m’a bousculé »

Le jeune musulman décide de prendre ses affaires et de quitter la classe. Le professeur s’y oppose et fait barrage à l’élève. Ce dernier indique à son professeur qu’il tient des propos racistes. « Si j’ai fait barrage, c’était pour sa sécurité. Il m’a plutôt dit que j’étais un raciste. Il m’a tutoyé, il m’a bousculé. Il a fallu trois élèves de la classe pour l’empêcher de faire une bêtise sur ma personne. Il en serait venu aux mains, je pense » , poursuit l’intéressé.

« Est-ce que j’ai tenu des propos racistes ? », aurait-il demandé aux autres élèves. À l’unanimité, l’ensemble de la classe aurait répondu : « Oui. »

Le professeur dit craindre pour sa vie

L’affaire prend aujourd’hui une autre tournure. Le professeur dit craindre pour sa vie, sa famille. « Je fais du droit. Je fais un rappel historique. Ce sont des faits que la France soit un pays catholique. Ce n’est pas contestable. Je suis sidéré. Je suis enseignant depuis 27 ans et c’est la première fois que je vois ça. »

De son côté, l’élève, mineur, a été reçu, avec ses parents, par le conseiller principal d’éducation (CPE). Il a décidé de déposer une plainte au commissariat de police d’Angers, qui a ouvert une enquête.

Le directeur de l’établissement, Anthony Bellanger, suit l’affaire de très près. « Nous avons entendu l’élève et ses parents. Nous avons aussi demandé aux conseillers délégués de nous rendre un rapport. »

Le directeur a demandé la mise à pied immédiate du professeur visé. « C’est à titre conservatoire et à effet immédiat, au moins jusqu’aux vacances de Noël. Si j’ai pris cette décision, c’est pour préserver la présomption d’innocence du professeur et pour le protéger. Ce n’est pas une sanction » , indique le chef d’établissement.

« Les faits sont partiellement reconnus »

« Il y avait là aussi une nécessité de protéger le professeur vis-à-vis de la plainte dont il fait l’objet » , ajoute le directeur du lycée.

Anthony Bellanger reste vigilant sur les suites données à cette affaire. « Moi, je juge les faits. Mais j’irai bien évidemment jusqu’au bout de la démarche si les faits sont caractérisés. »

De son côté, le professeur a déposé plainte contre l’élève, pour menaces, agression physique et verbale. « Je veux bien tout, mais qu’un élève interprète des propos historiques, j’ai envie de dire qu’il a le droit. Que les choses aillent aussi loin, je pense que c’est une catastrophe et que c’est grave. Je n’ai tenu aucun propos raciste, ni insultant. J’ai fait preuve de beaucoup de sang-froid sur ce qui s’est passé. »

C’est maintenant à la justice de trancher. « L’enquête est toujours en cours. Les faits sont partiellement reconnus » , indique Eric Bouillard, procureur de la République d’Angers.

Ouest-France