Appel aux donneurs de sang et de plasma : Il faut reconstituer les réserves avant l’été !

Il manque 30.000 poches de sang à l’Etablissement Français du Sang pour aborder l’été 2022 sereinement. Pour l’heure, les réserves baissent. Mais les patients et la maladie, eux, ne prennent pas de vacances.

Il manque 30.000 poches de sang pour aborder la période estivale sereinement, alerte l’Etablissement Français du Sang (EFS). Un manque largement creusé par les deux ans de crise sanitaire, suivie de l’avènement du télétravail. A l’occasion de la journée mondiale des donneurs de sang, l’appel aux dons est lancé. 

L’impact fort de la crise sanitaire sur les stocks de poches de sang 

Chaque semaine, l’EFS doit collecter environ 50.000 poches de sang pour satisfaire les besoins de santé hospitaliers. “Lors de la crise sanitaire liée au Covid-19, environ 30% des collectes n’ont pas pu se déployer car elles se faisaient dans les entreprises et les universités”, explique François Toujas, président de l’EFS, lors d’une conférence de presse. “Sur 2019, ça représente plus de 150.000 dons perdus, soit plus de trois semaines de collecte perdus sur une année”, appuie Hervé Meinrad, directeur de la collecte à l’EFS. C’est “un manque gigantesque que l’on n’a pas réussi à compenser par ailleurs”. 

Ajouté aux difficultés de recrutement du personnel infirmier, de location de salles déjà allouées aux vaccinations ou aux tests et aux mesures sanitaires renforcées qui allongent le temps nécessaire aux collectes, les deux dernières années ont prélevé leur dû sur les stocks de poches de sang et de plasma de l’EFS. “En février 2022 nous avons atteint un point historiquement bas et très inquiétant qui nous a conduit à publier un bulletin d’urgence vitale”, rappelle Hervé Meinrad. Très relayé, il a permis de “retrouver un fonctionnement stable”. Grâce à cette mobilisation et malgré des moments tendus, “aucun patient n’a manqué de poche de sang sur cette période”. 

L’été, période creuse 

Mais l’EFS le sait depuis longtemps, les collectes d’été sont connues pour être peu rentables, les donneurs étant en vacances. “Les patients, eux, ne prennent pas de vacances et ont toujours besoin de leurs produits sanguins”, plaide Hervé Meinrad. L’EFS espère donc une mobilisation massive des donneurs pour reconstituer le stock de 110.000 poches – aujourd’hui retombé à 79.000 – avant le mois de juillet 2022. 

Pour encourager les donneurs, l’EFS a développé la prise de rendez-vous en ligne (voir encadré) et prévu d’enrichir l’expérience des donneurs. “Nous lançons l’opération “Don de sang en patrimoine” qui permettra de donner dans des lieux de culture et de prestige dans toute la France, comme l’Abbaye de Cluny ou le Musée d’art moderne de Strasbourg”, annonce François Toujas. L’idée a émergé pendant la crise sanitaire, lorsque ces lieux de culture fermés au public comme le Musée d’Orsay ont finalement servi à organiser des collectes. “Nous voulons offrir une expérience agréable aux donneurs”, conclut François Toujas.  

COMMENT DONNER SON SANG. En quelques minutes, un test en ligne sur le site de l’EFS dédié au don du sang permet de savoir si vous êtes éligible. Ne reste plus alors qu’à prendre rendez-vous dans le lieu et au moment qui vous arrangent.  

Don de plasma : l’autre don 

Le sang n’est pas le seul produit dont manque l’EFS. “Nous collectons également du plasma envoyé au LFB (Laboratoire Français du fractionnement et des Biotechnologies, ndlr) qui fabrique des médicaments dérivés du sang ou du plasma”, explique Cathy Bliem, directrice générale de la chaîne transfusionnelle, thérapies et développement. Le plasma, c’est la partie liquide de notre sang après que toutes les cellules (globules rouges ou blanc, plaquettes, etc.) aient été filtrées. Le LFB fractionne le plasma, c’est-à-dire qu’il en sépare les composants, pour en extraire trois protéines principales : l’albumine (transporteur de molécules essentielles comme les acides gras ou des hormones), les immunoglobulines (le vrai nom des anticorps) et les facteurs de coagulation (qui permettent la guérison des plaies par les plaquettes). Grands brûlés, personnes atteintes de déficiences immunitaires ou encore d’hémophilie – cette maladie qui empêche la coagulation sont soignés par les médicaments tirés du plasma.  

Ces médicaments sont en besoins croissant depuis ces dernières années, surtout sur les immunoglobulines, vitaux pour certains patients”, alerte Cathy Bliem. Actuellement, environ 80% du plasma utilisé dans la fabrication des médicaments dérivés du pasma provient des Etats Unis. Une dépendance risquée, qui conduit l’EFS à lancer le Plan Plasma. “Les collectes françaises ont engrangé 900.000 litres en 2020, et 850.000 seulement en 2021. Le Plan Plasma veut que d’ici 5 ans on dépasse 1,4 million de litres”, détaille Cathy Bliem. Cette quantité de poches de plasma couvrira environ 50% des besoins français en immunoglobulines, afin de tendre vers plus d’autonomie et d’autorité sanitaire. 

COMMENT DONNER SON PLASMA. Le plasma est récupéré avec le reste lors du don du sang, mais le don de plasma seul permet d’en récupérer deux à quatre fois plus. Pour cela, le donneur est branché pendant une heure à une machine qui filtre le plasma et lui restitue tout le reste. Comme pour le don du sang, un test en ligne sur le site de don mis en place par l’EFS permet de savoir si vous êtes éligible, puis de prendre rendez-vous en quelques clics. 

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