WhatsApp : Après avoir défié Donald Trump, Zuckerberg nous fait du chantage par cupidité

Début janvier, l’application de messagerie a annoncé un changement de ses conditions d’utilisation (concernant notamment sa relation avec Facebook) qui a suscité une forte inquiétude.

Après que Mark Zuckerberg a décidé de fermer le compte Facebook d’un utilisateur qui dispose des codes permettant d’activer les armes nucléaires des États-Unis, il va essayer de nous forcer à lui céder tout ce que nous avons dans nos smartphones. Sans l’ombre d’un scrupule. Alors que, sur la scène mondiale, le patron de Facebook s’emploie à redorer son image de champion de la démocratie et de la justice en réduisant Donald Trump au silence, il tente un coup sans précédent pour s’approprier nos données.

Avez-vous vu que le service de messagerie instantanée WhatsApp, qui compte 2 milliards d’utilisateurs à travers le monde, demande d’accepter de nouvelles conditions d’utilisation, faute de quoi nous ne pourrons plus utiliser l’application ? En 2014, Facebook a racheté WhatsApp pour 19 milliards de dollars, mais il n’a jamais expliqué quel était le but de cette opération.

À l’époque, Zuckerberg avait promis aux autorités antitrust qu’il ne ferait pas communiquer WhatsApp (service d’envoi de messages cryptés entre utilisateurs) et Facebook (plateforme de collecte de données et de vente d’annonces publicitaires ciblées). Mais Facebook a fini par se comporter comme une entreprise en situation de monopole classique : une fois que la plateforme a conquis suffisamment de pouvoir de marché, elle a commencé à s’en servir pour presser ses clients comme des citrons.

Facebook est un service, en apparence en tout cas, gratuit. C’est pour cette raison que, à la différence des entreprises monopolistiques classiques, Facebook n’augmente pas ses prix, mais abaisse la qualité de ses services en extorquant à ses utilisateurs leur bien le plus précieux : leurs données.

Et pas moyen de s’y soustraire. La seule issue, c’est de cesser d’utiliser WhatsApp à compter du 8 février prochain, date à laquelle les nouvelles règles entreront en vigueur. C’est ce qu’incite à faire le patron milliardaire de Tesla, Elon Musk, qui recommande de passer à Signal, une application de messagerie cryptée indépendante et à but non lucratif (sachez que Facebook paye une fortune à Apple pour faire apparaître ses services dans l’App Store, notamment lorsqu’on essaie de télécharger Signal).

WhatsApp a informé ses utilisateurs que pour continuer à utiliser ses services ils doivent accepter les nouvelles conditions d’utilisation qui, en résumé, imposent l’échange de données entre l’application de messagerie instantanée et les autres entreprises de la “famille” Facebook, ainsi que la possibilité de recevoir des offres commerciales [des accusations repoussées par WhatsApp, qui a fourni d’ultérieures clarifications à ce sujet].

Ce n’est pas un hasard si WhatsApp vient tout juste de lancer un nouveau service qui permet aux entreprises de proposer des produits et services par message,comme elles le font depuis des lustres sur Facebook (et sur les services concurrents de Google et Amazon).Les nouvelles règles de confidentialité comprennent notamment ceci : “Nous utilisons les informations dont nous disposons pour communiquer avec vous au sujet de nos services, et pour vous faire part de nos conditions, nos politiques et autres mises à jour importantes. Nous pouvons vous envoyer des publicités pour nos services et ceux des entités Facebook.”

On y lit également ceci : “Les entreprises peuvent vous envoyer des notifications de transaction, de rendez-vous et de livraison ; des mises à jour de produits et services ;et du contenu marketing” et “Les messages que vous recevez de la part d’une entreprise pourraient contenir une offre pour quelque chose qui pourrait vous intéresser.”Sur ce nouveau marché dont nous sommes contraints d’être les clients, les données des utilisateurs de WhatsApp valent de l’or parce qu’elles permettent aux entreprises de profiler leur public potentiel.

Ainsi, si nous voulons continuer d’envoyer des messages et de partager des photos sur WhatsApp, nous devons céder à Mark Zuckerberg notre numéro de téléphone, ainsi que tous les numéros enregistrés dans notre carnet d’adresses et les informations qui vont avec, comme les photos de profil et les moments où nos contacts sont en ligne. Toutes ces informations seront conservées “dans des centres de données et systèmes dans le monde entier, y compris en dehors de notre pays de résidence”.

Si vous tenez à votre vie privée et si vous voulez continuer d’utiliser WhatsApp sans céder toutes vos données à M. Zuckerberg, vous pouvez toujours envoyer à WhatsApp un e-mail pour faire appel à sa clémence, mais il n’existe pas de conditions claires pour obtenir cette faveur – tout dépend de la magnanimité de l’entreprise, laquelle revendique une totale liberté de décision.

Les promesses brisées de Zuckerberg

Ce comportement prédateur vis-à-vis des utilisateurs n’est pas nouveau dans l’histoire de Facebook, bien au contraire, c’est même sur cette prédation que la plateforme a construit son expansion. Au début, elle offre des services à de meilleures conditions que ses concurrents, puis, une fois qu’elle a atteint la masse critique qui décourage les utilisateurs de changer de crèmerie, elle revoit ses conditions à la baisse, en particulier au chapitre respect de la vie privée.

Elle l’a fait en 2006 et 2007, quand Mark Zuckerberg critiquait les accords d’échanges de données entre Myspace, qui était alors le réseau social le plus fréquenté du monde, et Google. Facebook cherchait à récupérer des usagers de son concurrent en leur garantissant la protection de leurs données, photos et autres. La plateforme promettait même de ne “pas utiliser de cookies pour connaître le comportement des utilisateurs”, rappelle Dina Srinivasan, spécialiste des médias, dans son célèbre article “The antitrust case against Facebook” [“L’action antitrustcontre Facebook”, non traduit].

Un entrepreneur sans scrupule

Puis, après avoir conquis suffisamment de pouvoir de marché, Mark Zuckerberg a violé toutes ses promesses, comme il le fait aujourd’hui. Il s’est opposé à la violation des données privées des utilisateurs de WhatsApp lorsque l’administration Trump lui demandait de collaborer (officiellement pour combattre le terrorisme),mais il n’a pas de scrupules à partager aujourd’hui ces mêmes données pour faire augmenter les revenus de son entreprise.

Eitoriale Domani

Google, Apple, Facebook, Twitter et Amazon. Cinq logos, cinq entreprises devenues“toutes-puissantes”

Les géants du Net ont transformé la Toile en une sphère organisée de manière oligarchique prompte à réduire au silence les voix conservatrices. Au point de faire la pluie et le beau temps sur la démocratie américaine. L’historien Niall Ferguson n’a toujours pas digéré l’exclusion de Donald Trump de nombreux réseaux. “On peut dire sans vraiment exagérer que si le coup d’État d’un groupe d’émeutiers contre le Congrès a piteusement échoué, celui des géants du numérique contre Trump a triomphalement réussi”, tranche-t-il.

Selon lui, ces sociétés ne peuvent désormais plus “dissimuler leur pouvoir”. Au fil des années, “les plateformes des réseaux ont transformé la Toile mondiale, au départ décentralisée, en une sphère organisée de manière oligarchique et hiérarchique qui leur permet de gagner de l’argent et dont elles contrôlent l’accès”.

Les tendances libertariennes de leurs fondateurs se sont rapidement dissipées “sous la pression politique venue de la gauche”, déplore le Britannique. La preuve ? Kamala Harris a beau avoir condamné les actes de violence des manifestants du mouvement Black Lives Matter, la future vice-présidente “a aussi dit lors d’une émission en juin dernier qu’ils ne s’arrêteraient pas” et ajouté, sous forme d’avertissement : “Attention tout le monde.” Une menace ?, s’interroge Niall Ferguson. “En tout cas, son compte Twitter n’a jamais été fermé.”

Incohérence

Le fond du problème, pour l’historien, réside dans le fait que Trump a été exclu de plateformes souvent considérées comme l’équivalent moderne des forums publics.En témoignent de nombreuses décisions de justice, comme celle du district sud de New York, en 2018, interdisant au locataire de la Maison-Blanche d’empêcher d’autres utilisateurs de le suivre ou de répondre à ses tweets. Niall Ferguson de poursuivre: “En somme, alors qu’en tant que président des États-Unis Trump ne pouvait pas empêcher les utilisateurs de Twitter de voir ses tweets, Twitter est apparemment dans son droit de supprimer complètement le compte du président.

Cette incohérence trouve sa source dans la section 230 du Telecommunications Act de 1996, explique Ferguson. À l’époque, pour encourager l’essor du numérique, le Congrès avait adopté une loi donnant aux plateformes naissantes “la possibilité de se dégager de toute responsabilité en cas de publication par leurs utilisateurs d’un contenu préjudiciable d’une manière ou d’une autre, mais permettant également aux sites Web de retirer, avec la même impunité, tout contenu jugé déplaisant par eux”.

Et cette section 230, affirme-t-il, les grandes plateformes l’utilisent pour se protéger,d’un côté, tout en censurant de manière croissante les conservateurs de l’autre. Au final, se défend Niall Ferguson, il ne s’agit pas de cautionner les tentatives de “plus en plus folles de Trump” d’inverser le résultat des élections de novembre, ni denier le fait que certains de ses soutiens posent un problème sécuritaire.

Mais la capacité de réponse à la menace posée par ses plus fervents partisans ne devrait pas être déléguée à Mark Zuckerberg de Facebook ou à Jack Dorsey de Twitter. La réponse devrait être apportée par le FBI et les unités de police compétentes.

The Spectator