Archéologie : une étude génétique analyse un charnier du Néolithique, les journalistes attribuent le massacre au «changement climatique»

Le charnier daté de l’âge du cuivre, s’ajoute à une liste croissante de sites qui furent le théâtre de massacres préhistoriques. Leur compréhension échappe encore aux spécialistes.

Ce n’était ni une épidémie, ni un accident naturel. L’origine des vestiges humains du Néolithique découverts à proximité du village de Potočani, dans l’actuelle Croatie, a bien failli ne jamais être élucidée, tant il paraissait difficile de comprendre ce grand charnier dans lequel reposaient pêle-mêle des dizaines de corps. Une analyse génétique vient cependant d’éclairer d’un jour nouveau l’événement derrière cette fosse commune préhistorique : il s’agirait en réalité d’un massacre. Les défunts ? Au moins 41 individus. Autant d’hommes que de femmes – dont une dizaine d’enfants – âgés de 50 à 2 ans au moment de leur mort. Tous ont été victimes d’un carnage d’une extrême brutalité.

Identifiés en 2007, la fosse commune de Potočani et ses occupants ont pu être datés au carbone 14 des environs de 4200 av. J.-C. c’est-à-dire en plein milieu du Néolithique, qui est l’époque de l’invention de l’agriculture et des premières sédentarisations. Dans le cas de Potočani, les archéologues ont pu préciser, à l’aide de vestiges céramiques, que les dépouilles appartenaient à la culture dite de Lasinja, qui s’est développée au Chalcolithique – «l’âge du cuivre», de la fin du Néolithique – entre le nord des Balkans et le sud de l’Europe centrale. Il avait été proposé, à l’époque, de voir dans ce charnier la tombe d’une large famille qui aurait peut-être fait – pour une raison ou pour une autre – l’objet d’une vindicte communautaire ciblée, comme ce fut le cas sur le site de Koszyce, en Pologne. Une piste désormais tout à fait écartée par une nouvelle étude scientifique. Signée par des chercheurs de l’Institut de Recherche anthropologique de Zagreb et des universités d’Harvard et de Vienne, elle vient de montrer que 70% des individus inhumés n’avaient en réalité aucun lien familial entre eux. Qui étaient donc les victimes ?

Ensauvagement néolithique

«Le massacre de Potočani ne visait pas un groupe de parenté», ont observé les anthropologues et les archéologues signataires de l’étude publiée le 10 mars. En recoupant l’analyse génétique avec les données anthropologiques du groupe d’ossements, les chercheurs ont également relevé une «indifférenciation sexuelle» parmi les victimes, signe que «le massacre n’est pas non plus le résultat de combats entre mâles, typiques des batailles, ni le résultat d’un acte de représailles visant des individus d’un sexe spécifique.» Une certitude : ils ont tous connu une mort violente. «Pour la plupart, un seul coup a suffi, a indiqué Mario Novak, l’auteur principal de l’étude. Deux ou trois individus présentent jusqu’à quatre blessures sur leur crâne. C’est vraiment beaucoup, comme une frénésie meurtrière.» D’autres détails intriguent. L’anthropologue a par exemple fait remarquer, dans des propos rapportés par National Geographic, que les victimes ne présentaient aucune blessure sur le devant du visage et sur les avant-bras. «Ils ne se défendaient pas, explique-t-il. Je dirais que c’était une exécution de masse organisée à l’avance.»

Le charnier de Potočani est loin d’être le premier à attester de massacres préhistoriques […]. Dans l’Europe du Néolithique, des sites archéologiques de la même trempe ont été identifiés en Allemagne (site de Talheim, v. 5000 av. J.-C.), en Autriche (site de Asparn / Schletz, v. 5000 av. J.-C.), en France (site d’Achenheim, v. 4300 av. J.-C.), …Mario Novak ne le cache pas, il est difficile – si ce n’est impossible – de déterminer aujourd’hui le mobile derrière le massacre de Potočani. Les bourreaux, quels qu’ils soient, n’ont laissé aucune trace. Le conflit familial est écarté, le motif rituel n’est étayé d’aucun indice ; reste le facteur conjugué de «conditions climatiques défavorables associées à une très forte croissance démographique», proposent les scientifiques, avec toutes les précautions d’usage.

«A Potočani, “nous n’avons aucune indication d’un quelconque changement climatique durant cette période”»…
Mario Novak, National Geographic et Ars Technica

Malgré son caractère macabre, l’étude de ces tueries néolithiques est devenue un vrai sujet d’étude doublé d’une énigme scientifique. Quel rôle faut-il attribuer aux changements climatiques ? Ces crises furent-elles d’abord économiques ou démographiques ? «C’est un sujet très sous-étudié, affirmé Mario Novak dans un entretien à Ars TechnicaNous pourrions obtenir de nouvelles informations dans un avenir proche.» Interrogé par Live Science, l’anthropologue a même confié une forme d’optimisme étonnant au sujet de ce champ d’étude. «En étudiant ces massacres anciens, nous pourrions essayer de cerner la psychologie de ces personnes, et peut-être tenter de prévenir des événements similaires aujourd’hui, évoque-t-il, avant de réaliser la conclusion logique – ambivalente – de cette pensée. Je ne pense pas que la nature ou la psychologie humaine ait beaucoup changé.»

Le Figaro