Ardèche : des jeunes étrangers qui ont fui l’Ukraine sommés de quitter la France le 20 mai

Tous ceux qui ont fui l’Ukraine ne sont pas logés à la même enseigne. Douze jeunes ont quitté le centre de Darbres (Ardèche), principalement africains, en étude en Ukraine au moment de la guerre. Ils ne bénéficient pas de la même protection que les ressortissants ukrainiens.

Préfecture de l’Ardèche à Privas © Radio France – Stéphane Milhomme

Deux poids, deux mesures dans l’accueil de ceux qui fuient la guerre en Ukraine. Douze jeunes, âgés de 20 à 28 ans, pour la plupart des étudiants originaires de pays maghrébins ou bien d’Afrique noire, sont arrivés à Darbres (Ardèche) mi-mars, avec d’autres réfugiés ukrainiens. Désormais, fin avril, ils ont tous quitté le village. Mal accompagnés, ou poussés à devenir des clandestins s’insurgent certains bénévoles et associations locales.

“Les étudiants étrangers non ukrainiens étaient là bas pour leurs études. Ils avaient pour vocation de rentrer chez eux ensuite. Et effectivement, ils ne bénéficient pas de la protection que nous avons donnée aux autres personnes ukrainiennes” affirme clairement Thierry Devimeux, le préfet de l’Ardèche.

Ils ont été accueillis à Darbres, au camp de vacances des Mésanges, comme les autres, et espéraient la même prise en charge que les ressortissants ukrainiens. Leur autorisation provisoire de séjour (APS) courrait jusqu’à mi-avril, puis a été renouvelée par les services de préfecture jusqu’au 20 mai. Comme un sursis : en vrai, ils ont deux options. Soit ils retournent dans leur pays d’origine – leur billet est pris en charge, et ils bénéficient d’une aide financière – , soit ils effectuent une demande d’asile en France. 

C’est là que ça se complique. Les associations et bénévoles qui les accompagnent leur expliquent que leur demande d’asile sera refusée, les critères n’étant pas remplis : ils ne sont pas en danger de mort s’ils retournent dans leur pays, en proie à aucun conflit. Le préfet de l’Ardèche lui-même ce jeudi matin sur France Bleu Drôme Ardèche confirme : “ils ont vocation, puisqu’ils ne peuvent pas poursuivre leurs études en Ukraine, à rentrer chez eux”.

“Ils étaient sur le territoire européen de manière régulière. Ce ne sont pas des délinquants ou des voyous. L’écoute préfectorale n’a pas été suffisante.” – Hervé Giot, du MRAP d’Aubenas

“Un tel accueil pour des personnes qui ont fui la guerre, leur laisser à peine un mois prolongé de quelques semaines simplement pour leur dire de préparer leur retour, c’est scandaleux” dénonce Hervé Giot, du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) d’Aubenas. _”_Il est inenvisageable pour eux de retourner dans leur pays d’origine sans avoir les diplômes pour lesquels ils ont engagés tant d’efforts et de finances” complète-t-il.

“Ils ont vocation, puisqu’ils ne peuvent pas poursuivre leurs études en Ukraine, à rentrer chez eux.” – Thierry Devimeux, préfet de l’Ardèche

Le MRAP a lancé une pétition pour essayer de peser sur la décision préfectorale. La Fédération des œuvres laïques (FOL) en charge de la gestion du centre ainsi que la municipalité darbroise ont interpellé les élus ardéchois sur la situation. Les universités de Grenoble et d’Aix-Marseille étaient même prêtes à inscrire les étudiants. En vain. Les douze jeunes concernés sont tous partis du centre d’hébergement de Darbres tenter leur chance ailleurs. Jouissant du droit des déplacés ukrainiens de prendre les trains et bus gratuitement, certains se sont rendus en Allemagne, en Belgique. Deux Ouzbeks ont préféré l’Espagne. D’autres sont restés en France, et gardent contact avec des bénévoles darbrois. 

France Bleu