Arrêts maladie : « Ça fait des années que la santé mentale des jeunes se dégrade »

L’augmentation des arrêts de travail en lien avec la santé mentale touche particulièrement les moins de 30 ans.

Les arrêts maladie se sont multipliés en 2022. Quatre salariés sur dix se sont fait arrêter. Une recrudescence qui n’est pas uniquement due au Covid-19 et touche particulièrement les jeunes, souligne  l’étude du groupe de protection sociale Malakoff Humanis publiée jeudi. Les moins de 30 ans se font plus souvent arrêter par leur médecin que l’ensemble des salariés et invoquent plus souvent des raisons psychologiques. Mais pourquoi la santé mentale des jeunes est-elle plus mise à mal ? 20 Minutes se penche sur ce problème de santé publique.

  • Hors covid-19, les maladies ordinaires (grippe, rhume, angine, etc.) sont la première cause d’arrêt (27%) devant les troubles psychologiques et l’épuisement professionnel qui suscitent 20% des arrêts (après 17% en 2021 et 15% en 2020), selon une étude annuelle du groupe de protection sociale Malakoff Humanis publiée ce jeudi.
  • 43% des jeunes salariés qui jugent leur santé mentale médiocre ont été arrêtés en mars 2022 (contre 18% de l’ensemble des salariés).
  • 20 Minutes fait le point grâce à l’éclairage du psychologue et spécialiste de l’épuisement au travail Philippe Zawieja.

Pourquoi les jeunes font-ils état d’une santé mentale plus dégradée que les autres ?

C’est un fait : les moins de 30 ans sont plus nombreux à juger que leur santé mentale est dégradée. Parmi les salariés, ils sont 23 % chez les jeunes contre 16 % pour l’ensemble des employés. « Ça fait des années que la santé mentale des jeunes se dégrade », note Philippe Zawieja, spécialiste en santé psychologique du travail. Une problématique qui a précédé la pandémie de Covid-19, précise-t-il, citant pêle-mêle « l’augmentation de la vie étudiante » ou le « manque de perspective ».

« Les jeunes accordent aussi plus d’importance à leur santé psychologique parce qu’ils sont, la plupart du temps, peu confrontés à des problèmes de santé physique », souligne-t-il. Car si les jeunes sont plus souvent en arrêt pour cause de Covid-19, leur santé physique est généralement moins source d’angoisse et nécessite moins d’entretien que pour les salariés plus âgés. Mais la pandémie a été particulièrement violente pour de nombreux jeunes.

Ces derniers ont vécu les confinements répétés et les atteintes à leur liberté de mouvement comme une injustice, en particulier au début de l’épidémie, quand le coronavirus était présenté comme une maladie dangereuse uniquement pour les personnes âgées et atteintes de comorbidités. D’autant que pour beaucoup de jeunes, étudiants ou nouveaux salariés, « cet enfermement s’est fait dans des conditions difficiles, par exemple dans un studio, et la perte de leur vie sociale et festive, qui est un marqueur fort de la jeunesse, a été particulièrement violent », souligne le chercheur en santé au travail à Mines ParisTech.

En quoi le travail peut-il particulièrement influencer la santé psychique des jeunes ?

A chaque génération et, surtout, à chaque âge de la vie, le rapport au travail change. Les jeunes salariés sont en « quête de sens » dans leur vie professionnelle. Mais cette quête est rendue difficile par un marché du travail saturé, en particulier dans certains domaines, ainsi qu’une « dématérialisation du travail ». « Le télétravail chez les jeunes salariés a d’abord été le synonyme d’une grande liberté, d’une grande autonomie dans l’organisation de son propre travail mais la contrepartie, c’est la grande solitude », souligne Philippe Zawieja. Pour s’engager dans une entreprise et se sentir moteur des projets et des orientations de cette dernière, travailler de chez soi peut devenir contreproductif. Sans compter qu’on a plus de chances d’être à un poste à responsabilités à 50 ans plutôt qu’à 25.

Or, il est difficile pour les jeunes de travailler dans des entreprises qui ne prennent pas (encore ?) en considération le changement climatique, par exemple. « Le monde tel que le perçoivent les jeunes est extrêmement angoissant entre les perspectives économiques, les épidémies qui semblent se succéder et les perspectives environnementales », liste l’auteur du livre Le Burn-out. D’après une étude publiée dans The Lancet et qui concerne une dizaine de pays, 45 % des jeunes souffrent aujourd’hui d’écoanxiété.

20 Minutes