Assa Traoré : « Les Noirs et les Arabes ne sont pas en sécurité en France »

À la tête du collectif La Vérité pour Adama, la militante anti-racisme dénonce les violences policières, qu’elle estime orientées tout particulièrement envers les populations issues de l’immigration.

Discriminations, violences policières, impunité des forces de l’ordre… La sœur d’Adama Traoré, mort dans la cour de la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise le 19 juillet 2016, parle cash. Soutenue par P-Diddy, Omar Sy, Rihanna et autres stars, Assa Traoré a un discours coup de poing bien rôdé.

Regard fixe, visage fermé, la jeune femme de 36 ans ne laisse rien transparaître de ses émotions. Une carapace, sans doute, que s’est construite cette éducatrice devenue en peu de temps une icône de la cause antiraciste. Elle a fait la une de nombreux magazines, dont celle de Time, à la fin de 2020.

Après plusieurs échanges avec son attachée de presse, elle nous reçoit, seule, dans l’appartement où elle vit avec ses trois enfants, à Ivry-sur-Seine, et d’où elle dirige le collectif La Vérité Pour Adama.

Au milieu d’effluves d’encens et de livres sur le colonialisme, Assa Traoré dénonce haut et fort ce que certains osent à peine murmurer : le racisme profond de la société française et de l’État, que le pouvoir soit de droite ou de gauche. « À la limite, avec la droite, c’est mieux, c’est clair, on sait à quoi s’attendre », lance-t-elle en rappelant que son frère est mort sous la présidence du socialiste François Hollande. Ce dernier n’a, selon elle, eu aucun égard pour la famille du jeune homme, décédé à 24 ans dans des circonstances toujours non élucidées, après un contrôle d’identité musclé.

Cet entretien a été réalisé le 28 janvier. Assa Traoré y exprime, avec ses mots, certains jugements – notamment à l’égard de la police et du président français – qui n’engagent qu’elle. NDLR
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Jeune Afrique : Plus de quatre ans après la mort d’Adama, avez-vous fait votre deuil ?

Assa Traoré : Aujourd’hui, le deuil n’est envisageable ni pour moi ni pour ma famille. Nous voulons avant tout rendre à mon frère son

honneur et sa dignité. Nous faisons face à un obstacle de taille, à cette machine de guerre qu’est l’État français, à sa police et à son appareil judiciaire. Cette situation a fait de moi une soldate engagée en faveur de la vérité et de la justice.

Tous les jeunes des quartiers populaires peuvent potentiellement mourir entre les mains de la police

On ne demande qu’une chose : que les gendarmes soient mis en examen. Qu’il y ait un procès public, que le monde entier puisse voir et entendre les hommes qui ont causé la mort de mon petit frère. Et que justice soit faite, qu’ils soient condamnés pour leurs actes. […]

Jeune Afrique