Aubervilliers (93) : Deux policiers municipaux accusés de propos racistes par leurs collègues

Trois agents de la ville ont décidé de saisir leurs représentants syndicaux ainsi que la maire d’Aubervilliers au sujet de propos racistes et discriminatoires qu’auraient tenu certains de leurs nouveaux collègues, recrues de la police municipale.

Deux policiers municipaux d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) ont-ils tenu des propos racistes et discriminatoires devant plusieurs de leurs collègues ? Le 10 juin 2021, la maire (UDI) Karine Franclet a reçu trois agents de la commune, qui l’avaient alertée sur ces faits présumés. Trois courriers lui avaient été adressés depuis début mai, où ces employés donnent de nombreux exemples de propos qu’auraient tenu ces deux hommes recrutés ces derniers mois au sein de la police municipale.

Comme ceux de cet agent lorsqu’il s’adonne, devant ses collègues, à livrer sa vision de la commune : « Pas besoin de partir en vacances à l’étranger, il suffit de se promener dehors pour se croire au bled », aurait-il dit devant l’une de ses collègues originaire du Maghreb.

«S’occuper des bâtards de cité»

Une agente évoque aussi les moqueries de ce même policier à l’encontre « d’un collègue d’origine africaine à l’accent assez prononcé… » Ou encore de ce jour où le policier municipal a annoncé qu’il était temps de « s’occuper des bâtards de cité ».

Les trois employés communaux ayant décidé de témoigner et de saisir leur hiérarchie ont été accompagnés, dans leur démarche, par les syndicats CGT et SUD de la ville. Face à eux, Karine Franclet a notamment annoncé qu’elle émettrait un « rappel à l’ordre » à l’encontre des policiers visés.

L’intersyndicale a donc décidé de communiquer sur le sujet au personnel communal, par l’intermédiaire d‘un tract qui doit être distribué ce mercredi. « Compte tenu de la gravité des faits, les réponses apportées (NDLR : par la maire) semblent dérisoires », dénoncent les représentants du personnel dans ce texte commun, évoquant « des faits relatés susceptibles de constituer des infractions pénales graves ».

«Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit»

« Ce sont des propos qui me révoltent, réagit également Anthony Daguet, opposant PCF au conseil municipal et par ailleurs candidat aux élections départementales. À Aubervilliers comme ailleurs, on ne peut pas tenir ces propos quand on est censé représenter l’ordre et le droit. » L’élu dénonce la possible collusion entre ces policiers recrutés à Noisy-le-Sec par un directeur général des services (DGS) également originaire de cette ville, qui a basculé de droite à gauche lors des dernières municipales.

À l’automne, le PCF local avait d’ailleurs dénoncé l’arrivée d’un « gang de Noisy-le-Sec » à Aubervilliers, qui a basculé dans l’autre sens en 2020. Le directeur de cabinet de Karine Franclet en est aussi originaire. « Faire venir des équipes entières d’une même ville, cela crée un trouble dans les organisations », poursuit Anthony Daguet, qui estime que « le DGS aurait dû, a minima, diligenter une enquête administrative », en vue de prendre une sanction. « Dans n’importe quelle collectivité ou entreprise, le directeur l’aurait fait, insiste-t-il. Si on est assuré qu’il y a eu un propos discriminant, on peut aller jusqu’à saisir le procureur de la République. Car le racisme, ce n’est pas une opinion, c’est un délit », rappelle-t-il.
Les policiers concernés reçus par la maire ce mardi soir

Karine Franclet précise qu’elle recevra ce mardi soir les deux policiers concernés. « Avec mon directeur général des services, nous allons leur rappeler très fermement quelles sont nos valeurs et que le racisme n’a évidemment pas sa place, explique-t-elle. Ces propos ne sont pas tolérables, encore moins quand on mène une mission de service public. »

Mais elle n’annonce pas, à ce stade, la tenue d’une enquête interne. « On verra s’il y a besoin d’un complément, les RH (NDLR : ressources humaines) trancheront en fonction de ce qu’on nous dira ce soir », explique l’élue, qui remarque que ces propos « ne sont rapportés que par trois personnes ».

La maire précise qu’une enquête administrative sur la police municipale – qu’elle souhaite largement renforcer et professionnaliser – a déjà été menée ces derniers mois, avec 44 entretiens. Ils ont conclu, selon elle, à diverses défaillances, dont un « management inéquitable » et une équipe divisée, notamment entre les partisans et adversaires du chef de la police municipale, qui a depuis quitté la ville.

« Les trois personnes qui rapportent ces propos faisaient partie de son camp », poursuit Karine Franclet, qui s’interroge par ailleurs sur la temporalité de la communication autour de cette affaire, à quelques jours du premier tour des élections départementales. Et indique que l’une de ces agents a été mutée dans la ville où l’ancien chef de la police municipale a pris ses nouvelles fonctions.

Le Parisien