Aulnay-sous-Bois (93) : La mendicité rapporte 150.000 euros à un réseau de faux musulmans roms

Un réseau de mendiants a été démantelé en Seine-Saint-Denis. Dix mis en cause sont déférés aujourd’hui. Le parquet de Bobigny a requis la détention pour six d’entre eux.

La brigade de protection des familles (BPF) d’Aulnay-sous-Bois et le parquet de Bobigny ont démantelé un réseau de mendiants originaire de Roumanie, composé de femmes et d’enfants qui faisaient la manche aux carrefours des grandes agglomérations de Seine-Saint-Denis et devant les mosquées.

Dix personnes devaient être déférées aujourd’hui devant un juge d’instruction du tribunal judiciaire de Bobigny, après l’ouverture d’une information judiciaire ouverte par le parquet pour « traite d’êtres humains en bande organisée », « association de malfaiteurs criminelle » et « privation de soins par ascendant sur mineur ». Les chefs du réseau risquent jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle.

L’affaire a débuté en mars. Des policiers de la BPF d’Aulnay-sous-Bois aperçoivent des femmes et de jeunes enfants en train de mendier au carrefour principal de cette commune de Seine-Saint-Denis. Une surveillance est alors organisée : ils constatent qu’un ballet régulier de véhicules dépose femmes et enfants le matin et les récupère le soir après une journée de près de dix heures à faire la manche.

Un réseau en fonction depuis janvier 2020

Durant les filatures, ces policiers issus de la préfecture de police constatent que les mis en cause, originaires de Roumanie, sont vêtus à la « musulmane », notamment en période de ramadan. Outre les grandes artères des communes environnantes, les « employés » de ce même réseau s’installent autour des lieux fréquentés par des musulmans, notamment les mosquées.

Selon l’un des chefs du réseau, qui l’a confié sur procès-verbal, « les femmes sont vêtues comme des musulmanes car les gens donnent encore plus en période de ramadan ». La période du jeûne musulman s’est achevée cette année le 2 mai. Mais les investigations des enquêteurs ont pu remonter la mise en place de ce modus operandi au 1er janvier 2020.

Selon les mis en cause – le parquet de Bobigny a requis la détention provisoire pour six d’entre eux –, la manche rapportait entre 300 et 500 euros par jour. Près de 130 000 euros ont pu être comptabilisés par la police. 62 000 euros en liquide ont été saisis lors des interpellations, lundi 2 mai. Dans un coffre se trouvaient, par exemple, 14 000 euros, également en espèces.

Des enfants de 8 ans forcés à mendier

Pour l’année 2022, au 2 mai, les chefs avaient déjà effectué dix virements de 2 000 euros, via Western Union, à destination de la Roumanie. Selon la police, ils disposent dans leur pays de plusieurs biens, dont des maisons. S’ils ont reconnu que les sommes provenaient de la mendicité, ils ont prétendu qu’une partie des fonds venait de la caisse d’allocations familiales. Un autre a affirmé que les virements de la CAF leur permettaient de payer leur loyer en France alors que le fruit de cette traite d’êtres humains était expédié en Roumanie.

Les enfants, de 8, 10 ou 12 ans, ont également été interrogés par les enquêteurs. Ils ont détaillé leur emploi du temps : ils commençaient leur journée aux alentours de 10 heures pour la finir à 20 heures. Il n’était pas rare de poursuivre jusqu’à minuit, devant les mosquées, lors du ramadan, durant lequel des fidèles passent une partie de la nuit à prier et psalmodier le Coran. L’un des mineurs a confié qu’il préférait aller à l’école plutôt que de se livrer à la mendicité mais que ses parents en avaient décidé autrement.

Les enfants ont été confiés à l’aide sociale à l’enfance de Bobigny. Deux adolescents de 17 ans sont également poursuivis. Ils sont considérés à ce stade comme des « lieutenants » des chefs de réseau, chargés de surveiller les plus jeunes et les femmes.

Le Point