Aurillac (15) : Un Ehpad se mobilise pour Ronaldo Mbumba, apprenti soignant congolais et animateur en musique africaine, désormais contraint d’entrer dans la clandestinité (Màj : «Un drame humain et une aberration économique»)

14/04/2021

Arrivé seul en France à l’adolescence depuis la république démocratique du Congo alors qu’il n’avait que 15 ans, le jeune homme est actuellement aide-soignant dans le Cantal. Sous le coup d’une obligation de quitter le territoire, il bénéficie d’un soutien local sans précédent.

«Ça m’a fait chaud au cœur, certains étaient venus en fauteuil roulant ou en déambulateur.» Ronaldo Mbumba se souvient avec émotion du 16 mars. Devant la préfecture d’Aurillac, dans le Cantal, ils sont plus de 300 à s’être déplacés pour lui apporter leur soutien et réclamer sa régularisation. Dans la foule, une partie des résidents de l’Ehpad où Ronaldo travaille depuis deux ans comme aide-soignant. Ce jour-là, l’homme de 22 ans n’est pas présent : il se cache pour éviter l’expulsion – la veille, il était censé embarquer dans un vol à destination de Kinshasa.

Ronaldo Mbumba est arrivé en France en 2014, en provenance de la république démocratique du Congo (RDC), dont il est originaire. Comme bon nombre de mineurs non accompagnés, il apparaît dans le viseur des autorités une fois sa majorité atteinte. Sous le coup d’une obligation de quitter le territoire (OQTF) délivrée en juillet 2020 par la préfecture du Cantal, qui lui reproche l’utilisation de documents d’identité frauduleux et de rester illégalement en France, il risque l’expulsion. Une menace qui a décidé les personnels et résidents de l’Ehpad de la Louvière à se mobiliser.

«Un drame humain et une aberration économique»

«Ce jeune homme solaire a l’âme d’un soignant et nous manquons cruellement de bras, s’insurge le directeur de la structure, Gwendal Le Berre. Sa situation administrative, c’est un drame humain et une aberration économique.» Lorsqu’il découvre la situation de Ronaldo, Gwendal Le Berre rassemble ses troupes. «C’est la première fois que je me mobilise. Nous l’avons fait en amateurs. Mais la pétition a pris, avec plus de 40 000 signatures. Les politiques étaient déjà alertés, l’écho a été large.» A Aurillac, outre les résidents de l’Ehpad, la mobilisation prend : collègues, citoyens, organisations syndicales, mais aussi élus locaux, de tous bords.

Le sénateur du Cantal Stéphane Sautarel et le député Vincent Descœur, tous deux LR, ont ainsi interpellé le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et le secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles, Adrien Taquet. «Un jeune qui a pu bénéficier d’une formation se voit soudainement contraint de quitter l’entreprise, ce qui est un drame humain pour [lui] et un sujet d’incompréhension pour celui qui l’a accueilli», déplore Vincent Descœur, dans un courrier transmis aux membres du gouvernement.

Malgré son inquiétude, Ronaldo Mbumba rêve de faire sa vie avec Carolina, qu’il a rencontrée en 2016. «Nous nous installerons ensemble dans un ou deux ans. Elle étudie le secrétariat médical. Je serai infirmier.» Il rembobiner le fil de ces dernières années, bien agitées : c’est muni de son seul extrait de naissance que Ronaldo Mbumba débarque en Auvergne à l’hiver 2014, après avoir fui la RDC où il se dit menacé par le gouvernement. «J’avais 15 ans, j’avais peur», se souvient-il. D’abord soutenu par la Ligue des droits de l’homme, il est confié à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) à Clermont-Ferrand. Il dort deux mois dans un squat. «J’ai beaucoup pleuré. Tu ne connais rien, tu ne sais pas comment ça marche. Tu n’as pas de nouvelles des tiens.» L’ASE finit par le scolariser : «Ce qui m’a fait rebondir, c’est l’école. Pleurer tous les jours n’allait rien arranger. Dieu m’a aidé à avoir une pensée positive, je sais qu’il y a des gens qui souffrent plus que moi.»

Démarches administratives kafkaïennes

L’adolescent arrive à Aurillac avec sa guitare et ses valises pour étudier l’aide à la personne en lycée professionnel. Il fait du basket, du chant et obtient le baccalauréat avec mention en 2017. Les familles, les profs et les éducateurs qui le côtoient s’attachent à lui.A ses 18 ans, Ronaldo Mbumba signe un «contrat jeune majeur» avec le département, puis s’engage dans des stages d’accompagnateur de personnes en situation de handicap. Les sept années passées en France sont émaillées de multiples démarches administratives pour attester de son âge, de son identité – bien souvent le lot quotidien des mineurs isolés. Jean-Louis, un de ses anciens éducateurs, tempête : «Pendant un tiers de sa vie, Ronaldo a utilisé les possibilités offertes par la République française pour faire des études secondaires à Aurillac, obtenir un baccalauréat avec mention, entreprendre une formation éducative et maintenant on voudrait le mettre dehors ? C’est aberrant.»

Libération

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16/03/2021

Agé de 22 ans, Ronaldo Mbumba, originaire du Congo, est arrivé en France en 2014 du côté de Clermont-Ferrand où il a été pris en charge par l’ASE (Aide sociale à l’enfance). Il a intégré une classe de français langue étrangère (Fle) avant d’arriver à Aurillac et d’intégrer le lycée Cortat et d’obtenir son baccalauréat. Et dès le départ, il fait part de sa volonté d’exercer un métier en lien avec le sanitaire et social.

Depuis 2019, il travaille à la Louvière. Un établissement qu’il connaît bien puisqu’il y a fait deux stages. Et de revenir ensuite vers l’Ehpad afin d’obtenir un contrat pour suivre une formation et obtenir le DAES (Diplôme d’Etat d’Accompagnant Éducatif et Social). Une formation qui doit se terminer en juin 2021. Cependant, il est sous le coup d’une OQTF (Obligation de quitter le territoire français) depuis ce 15 mars 2021.

Réponse de la préfecture

La préfecture du Cantal indiquait, notamment : « A l’occasion du renouvellement du titre de séjour de Monsieur Mbumba, il lui a été demandé, conformément à l’article R311-2-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), comme pour tous les dossiers de ce type examinés en préfecture, de présenter les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité. Dans le cadre de l’examen de cette demande de renouvellement, il est apparu que les documents justifiant de son état civil, qui n’avaient pas été produits l’année précédente et n’avaient donc pas pu être analysés, étaient des documents illégaux volés vierges pour une utilisation frauduleuse ».

Des nouveaux documents apportés

Une situation qui a suscité un émoi chez le personnel de l’établissement et des résidents. Une manifestation qui s’est matérialisée ce mardi 16 mars 2021 devant la préfecture du Cantal par un rassemblement. Environ 250 personnes étaient présentes pour apporter leur soutien à Ronaldo. Une délégation a été reçue en préfecture mais aucune avancée n’est à noter. Pour le moment, car Ronaldo a reçu des documents de son pays et il est en attente d’autres papiers qui seraient susceptibles de faire évoluer sa situation.

Actu.fr

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09/03/2021

Après avoir fait le buzz avec sa reprise de la chanson “Les yeux de la Mama” de Kendji Girac, l’apprenti-soignant aurillacois est aujourd’hui menacé d’expulsion. Depuis son arrivée en France en 2014 à l’âge de 15 ans, Ronaldo a eu un parcours exemplaire et pour tous ceux qui le côtoient, il est un modèle d’intégration. Problème, la préfecture constate que ses papiers ne sont pas authentiques.

Après ses études secondaires, Ronaldo a entamé une formation d’Accompagnant Éducatif et Social et prouve au quotidien qu’il est un excellent soignant aussi bien professionnellement qu’humainement. Très investi dans son travail, il s’était notamment illustré lors du premier confinement en chantant pour les résidents de La Louvière sur son temps libre, avec une vidéo datant d’avril 2020 qui a fait le buzz dans toute la France. Apprécié et respecté par l’ensemble des résidents, de leurs familles et de ses collègues, Ronaldo est aujourd’hui menacé d’expulsion.

Ronaldo Mbumba suit un cursus pour devenir Accompagnant Éducatif et Social (AES). Il alterne une semaine de cours et trois semaines de présence à l’Ehpad. Avant le confinement, il animait depuis le mois de février un atelier “découverte de la musique africaine”. Il présentait les instruments traditionnels de l’Afrique et partageait des moments musicaux avec les résidents. Comme eux, il a hâte de retrouver ce quotidien d’avant confinement. En attendant, il continue d’interpréter des chansons de Kendji Girac, Patrick Fiori, Vianney ou encore Amir. Il a déjà enchanté le 1er et le 2ème étage de l’Ephad … les résidents du 3ème étage l’attendent avec impatience.

Une pétition est en ligne pour soutenir Ronaldo : Signez la pétition.

Jordanne FM