Australie : Le méliphage régent, un oiseau qui oublie son chant d’amour au risque de l’extinction de son espèce

En raison des menaces pesant sur leur habitat, un nombre croissant de jeunes mâles en manque de repères a fini par imiter le chant d’autres oiseaux, ce qui met en danger la survie de l’espèce.

Pour le méliphage régent (Anthochaera phrygia), le plus compliqué n’est pas d’apprendre à voler, mais bien d’apprendre à chanter. Cette espèce de passereaux endémique d’Australie qui appartient à la famille des méliphagidés – des oiseaux qui se nourrissent essentiellement de nectar – vit dans l’extrême sud-est du Queensland, la quasi-totalité de la Nouvelle-Galles-du-Sud et le nord-est de l’État de Victoria.

Espèce autrefois « assez commune », le méliphage a vu sa population s’effondrer, en raison de la sécheresse, de la détérioration de son habitat, de l’éclaircissement des zones boisées pour promouvoir l’agriculture et de la concurrence alimentaire d’autres espèces. Il ne restait plus qu’entre 350 et 400 individus en 2018, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, qui a classé ce pastoureau sur sa liste rouge – ce qui en fait une « espèce en danger critique ». Et encore, c’était avant les gigantesques incendies de 2019 qui ont causé la destruction de son habitat et rendu encore plus précaire la situation des quelques centaines de spécimens restants.

Entre 2015 et 2019, une équipe dirigée par Ross Crates, chercheur à la Fenner School of Environment and Society de l’université nationale australienne de Canberra et membre du Groupe de recherche sur les oiseaux menacés, a tenté de les recenser, raconte le Guardian. « Ils sont si rares et la zone dans laquelle ils sont susceptibles de nicher est si vaste que nous cherchions une aiguille dans une botte de foin », explique-t-il à la BBC.

« Perte de culture vocale »

Au cours de leurs travaux publiés dans Proceedings of the Royal Society B, l’un des deux journaux scientifiques publiés par la Royal Society, les chercheurs se sont rendu compte que les vocalises des méliphages régents sont aussi devenues moins complexes qu’auparavant et qu’elles ne ressemblaient plus vraiment à celles qui avaient été enregistrées dans les années 1980.

Le site encyclopédique oiseaux.net écrit que leur chant « consiste en un mélange assez compliqué de sonneries profondes, de notes qui enflent, de bruits inarticulés et légèrement trillés ». Au lieu du « crescendo de gazouillis gutturaux » les chercheurs australiens ont constaté que leur chant a fini par ressembler à celui d’autres espèces, rapporte le Times.