Australie : Les migrants de Christmas Island déclenchent une émeute et incendient le centre de rétention

Dans la nuit de 5 au 6 janvier, une émeute s’est déroulée dans l’enceinte du centre de détention de Christmas Island, une des îles sur lesquelles l’Australie refoule les migrants en situation irrégulière. Deux bâtiments ont été incendiés par les détenus. 

Vingt-deux heures de confinement strict par jour, un accès défaillant au réseau Internet, des cigarettes trop chères, des problèmes de santé mentale et physique… Pour Rey, détenu à Christmas Island, ces conditions sont inhumaines. Certains de ses codétenus affirment même qu’elles sont pires que dans les prisons qu’ils ont fréquentées avant de se retrouver ici. “En prison, au moins, on sait quand on va rentrer chez soi. Alors que dans un centre de rétention, on ne nous donne pas de planning. On attend, sans savoir ce qu’il va se passer.”

Les résidents du centre avaient demandé l’autorisation de manifester pacifiquement, mais cette requête leur a été refusée, rapportent-ils au journal. Les voilà donc à manifester leur colère en pleine nuit. L’un d’entre eux est monté sur le toit d’un bâtiment. On l’entend d’abord crier : “On ne peut pas voir nos familles, on ne peut pas voir nos enfants […], trop c’est trop !” Puis certains détenus mettent le feu à l’un de leurs matelas.

Les garde-côtes australiens ont rapidement annoncé qu’une opération était en cours pour restaurer l’ordre sur l’île. Cette émeute aurait été menée par un petit nombre de détenus, et aucun blessé n’est à déplorer. À la fin de novembre, les détenus de Christmas Island – un territoire australien situé à quelque 2 600 kilomètres du continent – étaient au nombre de 225. La plupart d’entre eux sont des migrants dont le visa a été annulé à la suite d’activités criminelles.

Le centre, fermé en 2018 et rouvert en août 2019, est intimement lié à la politique étrangère du pays. Depuis 2013, l’Australie renvoie les demandeurs d’asile arrivant par la mer dans des centres de détention sur les îles de Nauru et de Manus. Les conditions de vie dans ces centres ont été dénoncées à de multiples reprises. Mais c’est un rapport dénonçant les graves problèmes de santé mentale des enfants qui y étaient enfermés qui a fait évoluer la situation.

Après sa publication, les Australiens ont adopté un projet de loi permettant aux médecins de demander le transfert des détenus en Australie lorsqu’ils ont besoin de soins. Le Premier ministre Scott Morrison, farouchement opposé à cette loi, a annoncé en février 2019 la réouverture du centre de Christmas Island, assurant que cela permettrait au pays de faire face à cette nouvelle perspective “d’arrivées et de transferts”.

La réouverture effective n’a finalement eu lieu qu’à l’été 2020. Le gouvernement avait alors ajouté que seules des personnes condamnées pour crime y seraient envoyées.

The Guardian