Autriche : « Pour ma mère, je ne suis pas Noir » déclare Fiston Mwanza Mujila, l’écrivain officiel de la ville de Graz

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Voilà onze ans que Fiston Mwanza Mujila réside dans cette ville universitaire, à la frontière de l’Europe centrale. Lui, qui a grandi entre le swahili de la mère et le français du père, s’est familiarisé avec l’allemand lors d’une résidence d’écriture près de Berlin.

Graz cherchait un Sadtschreiber, un écrivain de la ville, Fiston Mwanza Mujila a été élu. «Pendant un an, je me suis beaucoup baladé dans la ville. J’ai donné des ateliers dans les écoles, en milieu carcéral aussi. J’ai écrit de la poésie, et aussi Tram 83. Le jazz est très vivant à Graz, c’était important pour moi», dit l’écrivain. Gamin, il rêvait de jouer du saxophone. Il n’y en avait pas à Lubumbashi, il fait de la musique avec les mots. […]

Soucieux de généalogie, celui qui se prénomme Fiston se présente ainsi: «Je suis le fils de Mwanza Mujila et de Nanga Musadi, petit-fils de Juliane Oda Mwanza et de Mwamba Kabuya, né à Lubumbashi. Et enfin, écrivain. Ça me donne un ancrage dans l’espace culturel congolais. Et ça désamorce le racisme. Avant d’être Noir, je viens de quelque part, je sais qui je suis, j’ai mes ancêtres, c‘est rassurant. Pour ma mère, je ne suis pas Noir», conclut-il dans un éclat de rire. […]

Le style est truculent, le livre jouissif, détonnant. Tram 83 est un véritable festival d’écriture à l’africaine. Le théâtre du roman ? Une ville-pays grouillante, pleine de vie, comme pourraient être Kinshasa, Lagos, Brazzaville. En arrière-plan, une guerre civile qui menace. Coincé au milieu de ce décor on découvre le bidonville Tram 83.

« Nous étions des princes, des rois et des marquis sans lendemain, aiguisés par la colle; la colle qui nous donnait des idées, la colle qui pourvoyait à l’inspiration, la colle qui stimulait les rêves et toujours la colle qui nous permettait de tenir la dragée haute dans ces nuits infestées d’inspecteurs des finances, de militaires mégalomanes, de vendeurs d’organes génitaux et autres quêteurs de sang à des fins sacrificielles.» […]

Le Temps