Aux origines de l’Épiphanie

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Le premier dimanche après le 1er janvier, l’Épiphanie célèbre la présentation de Jésus aux trois Rois mages. Cette fête fût plus importante que le jour de Noël au début du christianisme. Comme beaucoup de fêtes chrétiennes, la date de l’Épiphanie correspond à l’origine à une fête païenne. Autrefois, les Romains fêtaient les Saturnales. Ces fêtes duraient 7 jours et tout y était autorisé.

L’Épiphanie, du grec Ἐπιφάνεια, epihenia « apparition », « manifestation », « paraître ou briller sur », qui célébrait à l’origine la Nativité (Noël n’ayant été fixé au 25 décembre qu’en 350 en Occident), honorait au XVe siècle le souvenir du baptême du Christ, mais aussi son premier miracle (eau changée en vin aux noces de Cana) et l’adoration des sages (mages).

Jacob Joardens (1593 – 1678), Le Roi boit, v.1640

L’Épiphanie fut longtemps considérée comme la date du solstice d’hiver (Noël le fut aussi) et donnait lieu à d’importantes célébrations religieuses. C’est le 6 janvier notamment que les dieux solaires orientaux ou grecs étaient fêtés, comme Osiris et Dionysos.

Elle a lieu 12 jours après Noël. Six jours après Noël et six jours avant l’Épiphanie, se déroule le passage à la nouvelle année. L’Épiphanie fut donc longtemps fêtée le 6 janvier mais pour plus de commodité, l’Église catholique la célèbre le dimanche qui suit le 1er janvier.

Dans de nombreux villages, on allume encore les “feux des rois” rappelant ceux qui, dit la légende, brûlèrent cette nuit-là à Bethléem pour cacher l’Étoile au roi Hérode. […]

Joyeuse Fête

L’Épiphanie, fête des Rois, commémore l’adoration des « Rois » mages pour Jésus, sa reconnaissance en tant que Messie. La fête des Rois correspond par ailleurs au début du carnaval. L’origine des Rois mages est aujourd’hui encore obscure. On les dits savants, riches mais errants. Ces mystérieux personnages alimentèrent l’imaginaire qui enveloppe Noël.

Dès le Ve siècle, l’Église donna une importance considérable à cet événement. Pendant des siècles les chrétiens d’Orient célébrèrent la Nativité le jour de l’Épiphanie. Les Arméniens du Caucase le font encore aujourd’hui.

Hugo van der Goes, Adoration des Mages1440-82

Les Rois mages représentent la fonction sacerdotale de l’ancienne Perse, fondamentalement indo-européenne, dans le culte de Mithra. Le Christ reprend ici les attributs de Mithra, appelé « sol invictus », associé à la renaissance de la lumière, le soleil. La représentation originelle des rois mages, éloignée de celle, pervertie, de notre époque, montrait ces personnages coiffés du bonnet phrygien rouge – rouge comme le feu et le soleil auroral.

Le bonnet phrygien, coiffe de feutre qui représente un casque, était porté par les phalangistes d’Alexandre le Grand, sous forme de casque, et était aussi utilisé dans les armées de l’ancienne Perse. Ce bonnet est formé par la double spirale, représentation universelle de la force vitale, de ce qui donne la vie et forme le monde. Dans ses résurgences (comme pendant la Révolution française), on en a perdu la forme essentielle qui donnait à ce bonnet toute sa signification.

La tradition de la fève des rois pourrait être d’origine païenne. Certain y voient une transposition des Saturnales romaines, fête d’inversion des rôles afin de déjouer les jours néfastes de Saturne, divinité chtonienne, célébrée fin décembre. Lors des Saturnales, les Romains désignaient un esclave comme « roi d’un jour ».

Au cours du banquet (au début ou à la fin des Saturnales, selon les différentes époques de la Rome antique), au sein de chaque grande familia, les Romains utilisaient la fève d’un gâteau comme « bulletin de vote » pour élire le « Saturnalicius princeps » (Maître des Saturnales ou Roi du désordre).

Cela permettait de resserrer les affections domestiques et donnait au « roi d’un jour » le pouvoir d’exaucer tous ses désirs pendant la journée (comme donner des ordres à son maître), avant d’être mis à mort, ou plus probablement de retourner à sa vie servile à l’issue de celle-ci.

La galette des rois, est une tradition typiquement française qui avait déjà cours au XIVe siècle. La galette était partagée en autant de portions que de convives, plus une. Cette portion supplémentaire, appelée “part du Bon Dieu” ou “part de la Vierge”, était destinée au premier pauvre qui se présenterait. […]

L’historien et humaniste Étienne Pasquier a décrit dans ses Recherches les cérémonies qui s’observaient en cette occasion : « Le gâteau, coupé en autant de parts qu’il y a de conviés, on met un petit enfant sous la table, lequel le maître interroge sous le nom de Phébé (Phœbus ou Apollon), comme si ce fût un qui, en l’innocence de son âge, représentât un oracle d’Apollon.

À cet interrogatoire, l’enfant répond d’un mot latin : domine (seigneur, maître). Sur cela, le maître l’adjure de dire à qui il distribuera la portion du gâteau qu’il tient en sa main, l’enfant le nomme ainsi qu’il lui tombe en la pensée, sans acception de la dignité des personnes, jusqu’à ce que la part soit donnée où est la fève ; celui qui l’a est réputé roi de la compagnie encore qu’il soit moindre en autorité. Et, ce fait, chacun se déborde à boire, manger et danser. »

C’est cet usage qui est passé jusqu’à nous. On en retrouve la trace non seulement dans le rituel de la galette des Rois, mais aussi dans la fête des Fous médiévale et des « rois et reines » des carnavals actuels.

La galette, qui ressemblait à l’origine à une brioche en forme de couronne (ce qui est toujours le cas dans le Sud de la France), n’est apparue qu’après. Sa forme ronde et sa couleur dorée en faisaient un symbole solaire évoquant le « dieu » soleil, les jours qui se remettent à rallonger et le réveil prochain de la nature.

Elle est marquée de croisillons, comme les filets qui capturent la vie sans la blesser, et représentent toute la vie que l’on capture avec le Livre de la Connaissance. Ils sont une autre forme de l’Odal, une rune qui est aussi une ligature.

La fève représentait souvent le « Petit Jésus ». Dans la reconstitution populaire de la crèche, on le voit allongé sur la paille formant un soleil rayonnant tout autour de lui, figurant la naissance du soleil. Donc, on va chercher l’Enfant solaire à l’intérieur du Livre de la Connaissance (la pâte feuilletée de la galette), autrement dit la dimension solaire de notre être que nous avons le devoir de faire grandir.

Aujourd’hui, on peut voir dans la tradition de la galette, dans laquelle se cache la fève qui désignera le roi ou la reine du jour, une transposition de la reconnaissance d’un roi au sens des mages, autant que les réminiscences d’une tradition populaire de transgression.

Institut Illiade

Matthias Stom-Stomer, Adoration des mages 1600

MELCHIOR venait de Nubie, c’est le plus âgé des trois, il apporte de l’or, symbole royal.

BALTHAZAR apporte de la myrrhe, qui annonçait la souffrance rédemptrice. C’est une sorte de gomme produit d’un arbre en Arabie, le balsamier, utilisée dans la préparation cosmétique et en pharmacie. Elle était également utilisée dans les embaumements.

GASPARD le plus jeune apporte de l’encens qui était offert aux dieux et signifie la divinité. C’est une résine dégageant un parfum lorsqu’on la fait brûler.

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