Auxerre (89) : Le long périple du “jeune majeur isolé” guinéen Mamadou Moutady Diallo, apprenti-réceptionniste, qui veut “effacer les cauchemars du passé”

Quelques mois après le décès de sa mère, Mamadou Moutady Diallo a quitté la Guinée à 15 ans, pour un long périple qui s’est achevé à Auxerre. Aujourd’hui, il prépare un bac pro en restauration, au Cifa.

Son père décédé quand il avait 3 ans, le petit Mamadou Moutady (il tient à ses deux prénoms) est élevé par sa mère qu’il qualifie de “battante”. Il témoigne d’une enfance simple mais heureuse et d’une scolarité épanouie dans une école francophone.

Tout change au décès de sa mère, quand il a 15 ans. Par tradition, c’est l’oncle, un musulman très conservateur et opposé à l’école qui se charge alors de son éducation. Déplacé dans un village lointain, il est durement employé aux champs, maltraité. Au bout de quelques mois, il fuit en cachette et rejoint la capitale Conakry, avec l’unique volonté de retrouver les bancs de l’école, là ou ailleurs.

Privé d’école à 15 ans

À 15 ans, le jeune Guinéen Mamadou Moutady Diallo a quitté Conakry et vécu un périple traumatisant avant d’arriver à Auxerre. Aujourd’hui âgé de 20 ans, il est apprenti bachelier en restauration au Cifa.

Mamadou Moutady Diallo, en terminale professionnelle au Cifa d’Auxerre, se destine au métier de réceptionniste. Il passera son bac en fin d’année scolaire.

C’est le début d’un long périple, aidé par son cousin qui rêve de l’Europe. Départ discret en taxi pour le nord du Mali, puis traversée du désert sur fond de combats, passage (contre paiement) en Algérie puis au Maroc, jusqu’à Tanger. “Là-bas, des passeurs ont gonflé de nuit un bateau pneumatique, nous ont embarqués, avec une quinzaine d’Africains, nous ont menacés au couteau pour que l’on paye encore, narre-t-il. J’ai passé des heures dans le bateau, à souvent écoper, avec la peur de chavirer ou de couler, en m’évanouissant deux fois de fatigue, avant d’arriver à Algésiras. J’ai enfin compris que j’étais en Europe quand la Croix-Rouge espagnole s’est occupée de nous. La police m’a pris en charge en tant que mineur, nous avons été des centaines à passer de foyer en foyer jusqu’à Madrid. Handicapé par la barrière de la langue espagnole, j’ai voulu passer en France.”

“Effacer les cauchemars du passé”

À 16 ans, à la débrouille, il gagne Paris. “La seule ville française que je connaissais, par le foot.” Après plusieurs mois de galère, la faim, le froid, il est pris en charge par la police et la Croix-Rouge. “En janvier 2019, j’ai été transféré à Auxerre. Je me demandais surtout s’il y avait des possibilités de reprendre des études dans ce petit village français. J’ai été hébergé dans une famille d’accueil choisie par le conseil départemental.”

Il veut reprendre sa scolarité. “À la suite de tests de niveau effectués au lycée Fourier, on m’a déconseillé de reprendre des études générales, j’avais quitté trop longtemps les bancs scolaires. J’ai dû opter pour une formation en apprentissage. J’ai choisi la restauration, un peu par défaut, mais surtout pour perfectionner mon anglais, langue que j’affectionne. J’ai effectué un apprentissage chez Delphine Lefevre qui m’a tendu la main, au Maxime, et au Cifa ou j’ai obtenu un CAP restaurant en juin 2019. Je suis aujourd’hui en terminale, je vais passer le bac en fin d’année.”

Jeune majeur isolé, Mamadou Moutady a son appartement ; il finance une partie du loyer avec son salaire d’apprenti. “Je suis heureux en France, je me sens libre et j’ai envie de réussir dans le métier de réceptionniste”, indique-t-il. Mais il confie : “Je suis toujours suivi par un psy, pour effacer les cauchemars d’un passé qui revient souvent.”

L’Yonne