Avènement de l’euro numérique : Quels seraient les avantages et les risques ?

Le 2 octobre 2020 restera une date historique pour l’Europe. Ce jour-là, dans un rapport de sa présidente, Christine Lagarde, et du membre du directoire Fabio Panetta, la BCE a officiellement exprimé son intérêt pour l’euro numérique. Mais de quoi s’agit-il au juste ?

L’argent liquide est déjà en train de disparaître un peu partout. Progressivement, celui-ci est remplacé par des instruments tels que la carte de crédit, le virement bancaire et, en Italie, des plateformes de paiement comme Postepay ou Hype.

Alors, peut-on dire que l’euro numérique est déjà aujourd’hui une réalité ? La réponse est non.

Des billets transformés en bitcoins

Les instruments cités ci-dessus ne sont en réalité qu’un semblant de monnaie numérique, sans l’être réellement. En effet, ils s’appuient toujours sur des systèmes traditionnels qui dépendent in fine toujours des banques. Sans compte courant, les cartes de paiement, virements et instruments numériques d’aujourd’hui ne fonctionnent pas. L’argent liquide est dématérialisé, oui, mais il reste déposé quelque part dans une banque.

Au contraire, ce que la BCE propose, c’est de créer et d’utiliser du véritable argent sous forme numérique, qui serait réellement détenu par les gens et non plus déposé à la banque. Un peu comme si les billets de notre portefeuille se transformaient en bitcoins sur notre smartphone, ou sur notre ordinateur. C’est un changement historique.

Mais quels sont les avantages et les inconvénients que pourrait engendrer cette révolution ?

En ce qui concerne les avantages d’un véritable euro numérique, ils sont multiples et évidents pour les individus.

1. Coût. Il est logique de penser que le coût des transactions, aujourd’hui lié à l’utilisation des cartes et aux virements, sera fortement réduit. La BCE imagine aussi des scénarios où ce coût serait nul. Bref, les commissions des terminaux de paiement ? Aux oubliettes !

2. Stimulation financière. L’euro numérique faciliterait la mise en œuvre de politiques telles que l’hélicoptère monétaire, qui permet à l’État de distribuer immédiatement et automatiquement de l’argent à des personnes en difficulté. On recevra ses aides sans un clic.

3. Inclusion financière. N’ayant plus besoin de compte courant, n’importe qui (même les personnes dites “unbanked”, qui n’ont pas accès au système bancaire) pourra accéder aux instruments numériques et, par exemple, effectuer des paiements sur les sites de commerce en ligne ou recevoir directement des transferts internationaux.

4. Protection financière. Comme les banques n’auront plus de dépôts d’argent liquide, les individus ne seront plus exposés aux risques de faillite bancaire ni au blocage des fonds qui y sont déposés.

5. Impact environnemental. L’argent sous forme numérique et non plus physique réduira également l’empreinte écologique des systèmes monétaires et de paiement.

6. Santé. En temps de Covid, réduire la circulation de la monnaie sous forme physique pourrait également contribuer à limiter la diffusion du virus.

Mais les risques de l’euro numérique sont également multiples.

1. Vie privée. L’argent liquide sous forme physique est réellement anonyme.L’argent numérique, pour être vraiment l’équivalent du cash, devra, lui aussi, être anonyme. Yves Mersch, membre du directoire de la BCE, a d’ailleurs dit, au mois de mai, que “si l’euro numérique n’était pas anonyme, cela causerait des problèmes sociaux, politiques et légaux”. Le hic, c’est que les réglementations contre le blanchiment d’argent tolèrent mal les transactions anonymes.

2. Prêts. Avec un euro numérique, on peut s’attendre à une diminution des volumes d’argent déposés dans les banques. Avec pour conséquence une diminution des capacités de prêt de ces dernières.

3. Revenus. Cette diminution des dépôts entraînera aussi une réduction des transactions “traditionnelles” par carte ou virement. Avec pour résultat une baisse de revenus des banques et des systèmes de paiement.

4. Responsabilité. Les individus auront le contrôle total de leur argent numérique,déposé sur un dispositif qui leur appartient (par exemple, leur smartphone). Mais s’ils perdaient ou cassaient celui-ci, ils perdraient en même temps leur argent numérique. Un problème similaire pourrait survenir en cas de décès, lorsqu’une personne ne laisserait pas préalablement ses identifiants à ses héritiers. D’un autre côté, ce problème pourrait représenter une chance en or pour les banques

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