Balance ton tatoueur : Un compte pour dénoncer les propos sexistes, racistes ou grossophobes dont sont victimes certains clients

« Un grand tatoueur ne tatoue ni grosses, ni moches poilues. » C’est un des témoignages qui se multiplient sur les réseaux sociaux, notamment sur la page Instagram @balancetontatoueur. L’objectif : recenser et dénoncer propos sexistes, grossophobes, racistes et agressions sexuelles. « Pour la fin de l’omerta, pour que la peur change de camp, pour que cette communauté soit plus safe. »

Depuis le lancement de ce compte par une tatoueuse parisienne, en décembre dernier, des milliers de personnes l’ont contactée pour raconter diverses violences, agressions ou situations désagréables survenues lors d’une séance de tatouage. « Je suis tatoueuse depuis cinq ans maintenant et cela fait des années que mes clients me racontent leurs séances avec d’autres tatoueurs, et certains me décrivaient des faits qui pour moi étaient de véritables agressions », raconte à « la Dépêche » la créatrice de ce mouvement qui préfère conserver son anonymat.

Dans une enquête, « Libération » a rencontré plusieurs tatoués, pour la quasi-totalité des femmes. Pour tatouer son ventre, « le mec m’a fait descendre mon jean jusqu’en bas des sous-vêtements », raconte Héloïse, 38 ans, dirigeante d’une entreprise de conseil. « Sur la dizaine de tatouages avant ses 25 ans, quatre ont été réalisés dans des situations relevant de harcèlement sexuel ou d’agression sexuelle », souligne « Libération ». Et elle est loin d’être la seule.

A la recherche d’un tatoueur « safe »

Pour éviter des remarques ou des agressions, beaucoup de femmes se tournent vers des tatoueuses. « Avec un homme, je ne serais vraiment pas à l’aise pour une pièce sur la cuisse, j’aurais peur que mon corps soit jugé », confie Melody, une Toulousaine de 28 ans, à « Libération ». Pour ne pas se sentir gênée, elle parcourt pour chaque séance les 250 kilomètres qui la séparent de sa tatoueuse à Montpellier.

Une mention « féministe » dans la biographie de l’artiste en rassure aussi certaines. La plupart des interrogées dénoncent un « canon omniprésent » : un corps jeune, blanc, mince et dénudé.

Face à ces témoignages, les associations confirment ne pas proposer de charte déontologique rappelant les bonnes pratiques. « Ces abus doivent exister, fatalement, mais personne ne nous a écrit à ce propos. Et est-ce notre rôle de faire une charte ? », demande à « Libération » Tin-tin, président du Syndicat national des Artistes tatoueurs (Snat).

Charte éthique

Pour contrer le sexisme et le racisme du secteur, certains salons décident alors de lancer leur propre charte éthique, « bienveillante » et intolérante aux discriminations. « Libération » rapporte qu’à Bordeaux, les contrats des tatoueurs résidents du salon Sibylles stipulent que « le·a prestataire s’engage à ne tenir aucun propos injurieux raciste, sexiste, grossophobe, psychophobe, validiste, transphobe », au risque de voir « ses prestations annulées immédiatement ».

Quant aux victimes d’agressions de la part de leur tatoueur, il peut être difficile de démontrer qu’il n’y a pas eu consentement. Pour cela, Me Jean-Bernard Bouchard, avocat au barreau de Paris conseille de systématiquement enregistrer la séance. « Si on ne diffuse pas l’enregistrement sur internet pour se venger, ce n’est pas illégal », conclut-il.

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