Bande dessinée : “Black Boys”, une aventure entre histoire et fiction sur les soldats noirs américains engagés dans la bataille des Ardennes

Philippe Jarbinet revient sur la position des Noirs dans l’armée américaine durant la Bataille des Ardennes pour éclairer l’actualité récente. Originaire de l’est de la Belgique, les histoires de la Bataille des Ardennes, Philippe Jarbinet en a entendu durant sa jeunesse. “Gamin, j’en ai vu des vétérans qui revenaient en pèlerinage et nous racontaient leurs faits d’armes. Dès 15 ou 16 ans, quand j’ai commencé à faire de la BD, mes premiers dessins et récits s’en inspiraient forcément. Par la suite, j’ai mis du temps à y revenir.

Mais depuis, avec la série Airborne 44, Jarbinet en a fait sa “marque de fabrique“, mettant en scène des personnages vrais, qui n’ont rien de héros. Des gars de la troupe qui n’ont pas nécessairement demandé à être là, “filmés” à hauteur d’homme. Et il les met en page dans de très belles couleurs directes qui donnent un rendu particulier aux paysages enneigés de cet hiver 44. La condition des soldats noirs souvent subalternes et dirigés par des officiers blancs n’est qu’un épisode qui éclaire encore à la situation actuelle.Philippe Jarbinet Auteur de Airborne 44

Mais son approche de la Seconde guerre mondiale et de la Bataille des Ardennes en particulier n’est pas qu’un travail de mémoire. “Elle renvoie en permanence à l’actualité. Ce que nous sommes aujourd’hui, les courants moraux, les progrès scientifiques ou techniques viennent de là“, commente Jarbinet.

Le 17 décembre 44

Ce nouvel épisode de Airborne 44 se focalise sur les Noirs dans l’armée américaine. Au travers de quelques faits d’armes historiques notamment. Le 17 décembre 44, au lendemain du lancement de l’offensive allemande en Ardenne, 11 soldats afro-américains sont capturés par quatre SS. Le bataillon d’artillerie a été décimé par un déluge de feu la nuit précédente. Dans leur repli, ils trouvent refuge dans une ferme du hameau de Wereth au nord de Saint-Vith. Ils seront dénoncés, emmenés par les SS, torturés et massacrés dans un chemin à quelques centaines de mètres des maisons.

Il faudra une initiative privée et locale pour ériger un monument aux “Onze de Wereth” à l’endroit du drame, en 1994. La reconnaissance officielle ne viendra que 10 ans plus tard. C’est aujourd’hui le seul monument en Europe rendant hommage aux soldats noirs américains.

Cela faisait un moment que le sort de ces soldats m’intéressait. Je l’avais déjà brièvement évoqué. Mais à voir le racisme ordinaire de Trump et de ses fans ces dernières années m’a motivé à le faire“, affirme Jarbinet. “Clairement, la question raciale américaine n’est pas réglée. La condition des soldats noirs souvent subalternes et dirigés par des officiers blancs n’est qu’un épisode qui éclaire encore à la situation actuelle.J’ai toujours voulu rester à hauteur d’homme. Les vétérans que j’ai vus revenir, c’était des hommes en larmes, pas des superhéros…Philippe Jarbinet Auteur de Airborne 44

Dans ce contexte historique des premières heures de la Bataille, Jarbinet prend pour personnage principal un Noir, fils d’un musicien venu à Paris dans les années 30. Comme à son habitude, on l’a dit, les personnages sont des gars ordinaires. On est loin des films de propagande des années 60 ou 70. “J’ai toujours voulu rester à hauteur d’homme, comme dans le très bon film de William Wellman, “Bastogne”, qui date de 1949. Les vétérans que j’ai vus revenir, c’était des hommes en larmes, pas des superhéros…”

Jarbinet oscille sans cesse entre la réalité historique et la fiction dans un équilibre subtil. “Je compare mon travail à l’eau d’une rivière, mon récit fictif, qui doit contourner les rochers, les faits historiques. Le récit se construit progressivement, en fonction de ce qui est possible ou non et je laisse une bonne place au hasard dans l’évolution des personnages.

L’Écho