Bande dessinée : “Commissaire Griot”, quand Ric Hochet seconde un policier Sénégalais

Suite à un échange international, Bourdon est envoyé au Sénégal tandis que le commissaire Dior prend sa place au Quai des Orfèvres. Un commissaire noir, ça bouleverse les habitudes et Dior est confronté à un racisme brutal. Entre-temps, Cupidon, un redoutable tueur en série, rôde dans les rues de Paris…

Tibet et André-Paul Duchâteau peuvent reposer en paix : Ric Hochet est entre de bonnes mains. Cette nouvelle aventure du journaliste au brushing impeccable et à la veste en pied de poule en apporte une nouvelle preuve. Parmi les personnages dont les reprises sont les plus réussies, Ric Hochet figure en tête de liste.

Ric Hochet, souvenez-vous, c’étaient ces enquêtes publiées dans le Journal Tintin avec une régularité de métronome. Un dessin efficace et impeccable, et un scénario de Light Suspense, souvent construit sur un Whodunit, qui s’appuyait sur un criminel suffisamment pittoresque pour rassurer le lecteur et la commission de censure de la Loi de 1949. Entretemps, les lignes ont bougé : les enquêtes de procédures passent à la TV tous les soirs et les crimes sordides sont devenus la norme.

Comment renouveler une série avec des personnages aussi stéréotypés qu’un journaliste-enquêteur-justicier qui « seconde » un commissaire Maigret bougon et bon enfant ? En jouant des clichés justement.

Fixant la série dans les années 1970, comme Blake et Mortimer restent rivés dans l’après-guerre, le scénariste Zidrou et le dessinateur Simon Van Liemt s’amusent de cette France post-colonialiste où l’on payait en anciens francs et l’on communiquait avec des téléphones filaires.

L’idée de faire « un échange de service » entre le commissaire Bourdon, limier du Quai des Orfèvres, et son homologue sénégalais Dior -comme le parfum- divisionnaire à Dakar, en s’amusant sur le contraste des pratiques d’enquête entre la France et l’Afrique, est absolument brillante : elle met en relief l’habitus raciste de la France de l’époque (SOS Racisme n’apparaît qu’une dizaine d’années plus tard) encore traumatisée par la perte de ses colonies.

Zidrou émaille son enquête de détails curieux voire loufoques : un meurtrier en série qui se fait nommer « Cupidon », un criminel qui accompagne ses meurtres en chantant des classiques de la chanson française et des punchlines très drôles à presque chaque page.

Quant à Simon Van Lint, tout en respectant l’univers de Tibet et Duchâteau, il nous a habitué à son style. Du coup, on prend plaisir à découvrir ce nouvel album avec la même fraîcheur avec laquelle les lecteurs feuilletaient l’hebdomadaire des 7 à 77 ans dans les années 1970. Un tour de force !

Actua BD