Bande dessinée : « En quête d’asile », l’histoire vraie du migrant Seidou Diallo, parti de Guinée pour se réfugier en France

L’histoire vraie d’un homme qui a combattu pour les droits de son peuple, a du fuir son pays et se retrouve aujourd’hui dans l’attente
Il s’appelle Seidou. Pour sauver sa peau, il a quitté son pays, la Guinée.

À 33 ans, Seidou n’avait jamais quitté son pays et n’envisageait pas de le faire. Après des études supérieures et avec un bon boulot d’agent commercial en poche, il vivait heureux, à l’aise financièrement. Mais après les élections présidentielles et les persécutions dont furent victimes les Peuls, il devient l’un des meneurs d’un mouvement de protestation violemment réprimé par le pouvoir. Il apprend qu’il est devenu un homme à abattre et décide donc de s’enfuir. Il pense partir pour à Bamako, attendre que les choses se tassent puis rentrer. Mais les choses ne se passent pas comme prévu… Niger, Libye, Sicile… le parcours est tristement classique.

Sur le sol européen, c’est une autre épopée qui débute, souvent passée sous silence, celle de la demande d’asile.

Juin 2018, Seidou Diallo attend dans le hall de la préfecture du Nord pour savoir si sa sortie des accords de Dublin* est validée. Alors que son avocate lui donne les dernières consignes et que la tension comme l’inquiétude montent, la nouvelle tombe : sa démarche est recevable. Désormais, il a vingt-et-un jours pour constituer son dossier de demande d’asile politique auprès de l’OFPRA**. Peut-être la fin d’un long calvaire pour le jeune Guinéen.

Xavier Bétaucourt aime s’intéresser aux causes perdues et aux plus faibles. Le travail en usine (Noir Métal), la naissance des supermarchés (Le Grand A) ou les méandres d’un tribunal (La Balance, le glaive et les fourmis), le journaliste-scénariste aime à mettre en lumière des faits quotidiens que la Société a tendance à oublier ou ne plus voir. En s’intéressant au parcours de Seidou, il amène les lectrices et les lecteurs à découvrir l’envers du décor des réfugiés, que la mode désigne sous le terme de migrants. Pour ce faire, ce n’est pas son complice Jean-Luc Loyer qui l’accompagne mais Virginie Vidal qui délaisse la littérature jeunesse pour retourner à ses premières amours, la bande dessinée.

Les auteurs reviennent sur le difficile voyage de leur héros et montrent les dangers et l’exploitation auxquels les candidats au départ sont confrontés. Des planches, volontairement charbonneuses grâce aux teintes grises et bleutées, jaillit souvent le rouge de la violence des passeurs, des contrôles, du regard des autres et du désespoir entre compagnons d’infortune. Malgré la mise en page appliquée avec, notamment, des flashbacks bien intégrés, l’ensemble paraît serré dans les plus de cent-vingt planches. Les enchaînements entre les nombreuses étapes et autant de séquences sont abruptes et la lecture en ressort saccadée. Et même si le soin apporté aux détails comme aux dialogues est réel, l’ensemble manque de liant et de vie.

Au final l’entreprise reste louable alors que la forme pêche quelque peu. Mais les maladresses ne doivent pas pour autant occulter la terrible réalité des migrants, surtout dans la période actuelle. Rien que pour cela, la démarche de Virginie Vidal et Xavier Bétaucourt mérite d’être lue.

NdC :
* Il s’agit des règles de détermination de l’État de la Communauté européenne responsable pour examiner la demande d’asile d’un migrant, fixées par le règlement 343/2003 du conseil de l’Union Européenne.
** Office français de protection des réfugiés et apatrides

BD Gest