Bande dessinée : Les Schtroumpfs sont-ils antisémites, sexistes et partie prenante d’une société totalitaire empreinte « de stalinisme et de nazisme » ?

Un nouvel album des Schtroumpfs, « Qui est ce Schtroumpf ? » paraîtra en mai, ont annoncé les éditions Le Lombard vendredi 17 mars. Cette série, icône intergénérationnelle de la littérature enfantine, a généré, par le passé, des théories faisant des créatures bleues des petits êtres sexistes ou antisémites, vivant dans une société empreinte « de stalinisme et de nazisme ».

Les Schtroumpfs reviennent avec un nouvel album, Qui est ce Schtroumpf ? à paraître en mai, ont annoncé les éditions Le Lombard vendredi 17 mars. Les petites créatures bleues de Peyo seront affublées à cette occasion de nouveaux visages. Cette série, enfantine et apparemment anodine, fait l’objet de nombreuses théories arguant que les Schtroumpfs seraient racistes, sexistes et partie prenante d’une société totalitaire.

La polémique explose avec la sortie en 2011 du Petit livre bleu d’Antoine Buéno, maître de conférences à Sciences Po Paris. Celui-ci y décrit le monde des Schtroumpfs comme un «archétype d’utopie totalitaire empreint de stalinisme et de nazisme ». Il appuie d’abord sa thèse sur l’organisation politique du village. Le Grand Schtroumpf est un chef omniscient et omnipotent. « On ne peut rien schtroumpfer sans l’avis du Grand Schtroumpf ! Lui seul peut schtroumpfer une décision », rappelle d’ailleurs dans la BD le Schtroumpf à lunettes à ses camarades.

Un régime stalinien ?

Pire encore, les petits êtres bleus sont maintenus dans l’ignorance par leur chef, qui protège jalousement les secrets magiques enfermés dans son grimoire et la connaissance de la langue des humains. Dans l’univers de Peyo, le Grand Schtroumpf est donc la seule interface avec ces derniers.

Tous les habitants du village sont habillés de la même manière, leurs maisons sont de taille égales et tous sont désignés par leur fonction et non par un prénom. Autant d’éléments évocateurs, selon Antoine Buéno, d’un régime stalinien.

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L’essayiste insiste également sur le personnage de Gargamel, un méchant ressemblant de manière frappante à la caricature du juif dans les films de propagande nazis. Le parallèle est d’autant plus évident, explique Antoine Buéno, que Gargamel est mû par la cupidité, un autre stéréotype antisémite et que son chat s’appelle Azraël, un quasi-paronyme d’Israël.

Antoine Buéno souligne aussi l’utilisation de clichés racistes. Ainsi, dans l’album Les Schtroumpfs noirs, les héros sont piqués par une mouche qui fait noircir leur peau et leur fait perdre la raison. En sombrant dans la folie, les individus contaminés deviennent même… cannibales. Un élément qui relève de l’imaginaire colonial, comme le rappelle l’historienne Sophie Dulucq dans un article intitulé L’Imaginaire du cannibalisme.

« Le syndrome de la Shtroumpfette »

Pour ce qui est de la représentation de genre, Antoine Buéno évoque la figure de la Schtroumpfette, présenté comme séductrice. En outre, elle est la seule à ne pas être désignée par son statut, son genre faisant donc office d’identité.

Ceci a conduit la critique américaine Katha Pollit à théoriser le « syndrome de la Schtroumpfette »« Les garçons sont la norme, les filles la variation ; les garçons sont centraux quand les filles sont à la périphérie ; les garçons sont des individus alors que les filles sont des stéréotypes », écrivait-elle dans le New York Times en 1991.

À sa sortie, Le petit livre bleu a généré une certaine hostilité. Antoine Buéno s’était défendu en affirmant qu’il était lui-même un « enfant des Schtroumpfs ». Pour lui, Peyo ne peut pas être accusé d’avoir consciemment politisé son œuvre. Les stéréotypes qu’il y a dénichés seraient plutôt liés à la nécessité pour l’auteur de s’adresser à un public le plus large possible et donc à s’appuyer sur des clichés largement partagés, y compris si ceux-ci sont racistes ou sexistes.

La Croix