Bande dessinée : “Ouagadougou pressé”, un aller-retour plein d’humour entre Paris et le Burkina Faso

Entre Château Rouge et la capitale du Burkina Faso, Roukiata Ouedraogo laisse ses souvenirs vagabonder, tissant des liens, critiquant les siens et donnant du mordant à une foule de gens et de petites scènes du quotidien.

Comédienne, chroniqueuse, artiste accomplie, Roukiata Ouedraogo a clairement réussi aujourd’hui, et c’est assez intéressant de se plonger avec elle dans un passé à la fois proche et lointain, celui d’un aller retour au pays se superposant à des souvenirs d’enfance. Cette superposition, cet enchâssement de petites ou moyennes scènes de la vie suit une double chronologie: au Burkina Faso, on part de la naissance de petit modèle jusqu’à une fête adolescente, tandis qu’à Paris on suit les préparatifs pour le voyage, de la coupe de cheveux à la valise.

Aussi, lorsque l’album s’arrête au départ de l’avion, on attend un hypothétique second tome, tant on a apprécié l’humour évidemment, mais surtout ce regard critique à la Montesquieu sur ses propres coutumes, ses traditions usées ou ses voisinages cocasses. Clairement, les rires cachent une dénonciation en bonne et due forme de certains aspects comme le patriarcat, le harcèlement, le racisme… Mais jamais sans le nommer directement, c’est de manière implicite que se dégage une certaine morale depuis ces tranches de vie jamais totalement finies, jamais complètement refermées.

Pour accompagner ce ton satirique, c’est le dessin d’Aude Massot qui a été mis à contribution. Ici, on baigne dans des pages colorées, que ce soit la poussière de Ouagadougou ou le ciel de Paris, rien n’est vraiment gris. De même pour les personnages, où le sourire n’est jamais loin des visages, une certaine chaleur se dégage de ces pages où des économies de bout de chandelle sont faites à chaque fois, où une bonté se dessine, même lorsque la médisance ou la cupidité sont montrées, et c’est un atout l’album entier : avoir composé un tout solide, un pont impeccable entre deux pays, deux cultures, finalement pas vraiment éloignées.

BD drôle et acerbe à la fois, c’est dans un esprit des Lumières que Roukiata livre une petite chronique de sa vie, sans embellir, sinon grâce au dessin d’Aude Massot, des petits tracas ou aléas du quotidien.

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