Bande dessinée : Tintin – Les Cigares du Pharaon – Edition originale de l’album mythique mise en couleurs !

Les dessins de la première version des Cigares du pharaon diffèrent totalement de l’édition courante : c’est un graphisme plus rond, influencé par l’Art déco, qui s’inscrit dans la même veine graphique que Tintin au pays des Soviets. Ce récit original est enfin proposé dans une palette de couleurs totalement inédite qui stimulera l’imagination du lecteur tout en respectant les traits et aplats noirs tracés et posés par Hergé.

Les coloristes se sont inspirés de l’esprit artistique qui a guidé la colorisation de films en noir en blanc. Ainsi se trouvent exprimés le chatoiement des villes traversées, la luxuriance de la jungle, les harmonies ocres des déserts ou les tonalités des fresques égyptiennes.

Cette adaptation est précédée d’une passionnante préface de l’hergéologue Philippe Goddin qui partage avec nous son regard d’expert et nous livre des observations exclusives. La couverture reproduit une case extraite de l’édition originale ajustée au format.”

Extraits de la préface de Philippe Goddin

Hergé ne sait pas en commençant Les Aventures de Tintin, reporter en Orient qu’il lui faudra un an et demi et 248 pages pour les mener à leur conclusion. Mais il a une piste en tête, un fil conducteur qu’il suivra en dépit de quelques circonvolutions. Il en résulte que Les Cigares du Pharaon et Le Lotus bleu constituent le premier diptyque de la saga (qui, comme on le sait, en comptera trois autres). Il serait aberrant de considérer la première partie de celui-ci comme « primitive et aléatoire » et sa seconde comme subitement « éclairée et maîtrisée ». Les choses sont plus subtiles que cela.

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L’opéraphobe démasqué

Depuis qu’il a imaginé le personnage de Bianca Castafiore en 1939, Hergé n’a pas manqué d’afficher un certain mépris pour le bel canto. Comment expliquer, dès lors, les airs d’opéra qui apparaissent en 1933 au beau milieu des Cigares du Pharaon ? Retrouvant en Inde l’égyptologue qu’il avait perdu de vue juste avant de pénétrer dans le tombeau de Kih-Oskh, Tintin l’entend chantonner en pleine jungle Sur la mer calmée, l’aria la plus célèbre de Madame Butterfly, l’opéra bien connu de Giacomo Puccini, créé en 1904 à la Scala de Milan.

Plus loin, c’est « Non, mes yeux ne te verront plus » qu’il interprète, toujours en caleçon à pois mais dans l’attitude qui sied au baryton qui interprète l’air De l’art, splendeur immortelle, extrait de l’opéra Benvenuto Cellini composé par Eugène Diaz en 1890. La seule explication possible est que ces airs trottaient encore dans la tête d’Hergé, qui venait à peine de quitter le cocon familial… où ils devaient tourner régulièrement sur le Gramophone de ses parents. Que faut-il en conclure? Que Georges Remi n’était pas si rétif qu’il s’est plu à le dire à l’art lyrique… et qu’il connaissait ses classiques.

Tintin