Bande dessinée : Une pétition réclame la suspension de la publication de « Niala », un album accusé de racisme

Encore un coup de la Cinquième colonne ? Les éditions Glénat ont dû affronter une tornade, doublée — ô misère ! — d’une pétition, alors que s’avançait la publication de Niala. Cette bande dessinée érotique devait sortir le 10 mars. Mais, revirement, l’éditeur s’est retrouvé au milieu d’une vilaine polémique. Selon ses détracteurs, elle reprendrait « les principes des bandes dessinées racistes des années 50 ».

Niala, le prénom sonnait délicieusement, mais le titre a manifestement fait voir rouge. Une histoire de jungle, où cette héroïne, « pendant féminin de Tarzan, incarne l’esprit et y transmet avec patience et générosité sa maxime : le plaisir est le plus beau des remèdes, la solution à tous les différends, un délice qui éclaire les esprits et jamais ne doit générer la honte ».

Colons courageux et autres fondements

Mais les pétitionnaires et autres signataires n’ont pas vu la beauté où que ce soit. « Trouver cela en 2021 est inadmissible c’est une offense aux personnes racisées et aux femmes. Dans cette bande dessinée, Niala s’offre aux colons et est limitée à un objet sexuel. On en a marre de cette représentation qui nous crie que les colons sont courageux et méritent une récompense », indique l’auteur de la pétition, Sam Lybulan. 

Derrière ce nom, on ignore qui se cache : rien ne ressort sur internet quant à l’existence de la personne. Toujours est-il que, anonymat ou non, la pétition exige la suspension du livre réalisé par Jean-Christophe Deveney et Christian Rossi.

Interpellée sur Twitter, la maison a tenté d’apporter quelques arguments à ceux qu’on lui opposait par anticipation. Ainsi, était reproché aux auteurs d’avoir opté pour « l’humour et de tourner en dérision les anciens principes, mais le fait mal et met en évidence une œuvre raciste, qui appelle à la fétichisation et au sexisme ».

Niala, des clichés détournés

Pour l’éditeur, ce livre ne cherche « ni à fétichiser ni à rabaisser son héroïne. Ce sont au contraire les colonisateurs, les évangélisateurs et leur société dite “civilisée” qui sont tournés en ridicule. Il s’agit d’une parodie des BD colonialistes des années 50, qui en reprend les clichés ».

Et les stéréotypes qui sont reprochés sont « justement, volontairement mis dans la BD pour être démantelés et tournés en dérision. Le résumé qui a été communiqué à propos de ce livre se voulait second degré », Glénat BD. 

Cependant, elle reconnaît que ce dernier « à l’évidence […] était sans doute maladroit et laissait entendre que la BD était porteuse d’idées très opposées à son propos et aux opinions des auteurs. Nos équipes le corrigent ».

Bien que Le Figaro assure de la disparition du synopsis de la bande dessinée, ce dernier est toujours disponible au moment de la mise en ligne de cet article.

Depuis le début de la journée, une dizaine de comptes sur Facebook, et quelques dizaines d’autres sur Twitter, ont appelé à rejoindre la pétition qui compte maintenant plus de 1200 signatures. La première question venant à l’esprit — en vertu du saint adage incitant à ne pas juger un livre sur sa couverture, et peut-être moins encore sur sa 4e de couverture — est de définir combien de personnes bien intentionnées ont lu le livre, avant de le vouer aux gémonies.

Dérapage sans contrôle ?

Toutefois, on signale bel et bien une planche démontrant une relation sexuelle — de toute évidence une fellation, administrée par Niala à un jeune garçon. La seule cependant visible et présentée en guise d’extrait sur des sites de vente.

En septembre 2018, la maison avait été confrontée à une pareille salve, alors qu’elle publiait la BD Petit Paul, de Bastien Vives. Certes classé dans une collection, Porn Pop, qui se voulait « un pied de nez à l’ordre moral, la sexualité bien-pensante qui rassure… qui emmerde », d’après la préfacière, Céline Tran, le livre réunissait un joli nombre de pas de côtés, tout aussi difficiles à admettre.

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