Bastia : Procès du violeur de la Plaine orientale, l’ex-apprenti boulanger marocain crie au complot, “elles sont jalouses car je suis jeune et j’ai du travail”

Yassin Salem, âgé de 25 ans, est accusé de deux viols commis en juin et juillet 2017 entre San Nicolao et Valle di Campoloro contre une saisonnière anglaise et une touriste du Continent. Il est aussi poursuivi pour une agression sexuelle

Elle a maintenant 22 ans lorsqu’elle se présente à la barre pour raconter cette nuit du 7 juillet 2017 à l’occasion d’une fête sur une plage. Ses propos sont entrecoupés de larmes presque quatre ans après les faits. Sans l’assistance d’un avocat, de son petit gabarit, la jeune femme, originaire de Plaine orientale, décrit ce qu’elle a mis dans un coin de sa tête depuis toutes ces années : “Je me suis dit, si je n’en parle pas, ça n’existe pas.”

Elle livre alors son récit qui amène Yassin Salem dans le box des accusés pour agression sexuelle et exhibition sexuelle. L’homme âgé de 25 ans est aussi accusé de deux viols, qu’il aurait commis quelques jours avant de croiser la route de la jeune plaignante.

Dans la salle, les deux autres victimes, parties civiles, écoutent le témoignage. “Je me suis rendu à une beach party avec des amis, entame celle qui s’est aussi constituée partie civile. Nous avons voulu aller aux toilettes une première fois dans la soirée mais il y avait trop de monde. Nous sommes alors allés dehors. Il est sorti d’un buisson, le sexe à l’air. Ma cousine lui a crié qu’il était fou. Il est parti. Il y a ensuite un deuxième moment où nous sortons pour aller aux toilettes. Il est ressorti de ce même buisson en disant : qui est-ce qui me suce ? Je me suis retrouvée seule face à lui. Il s’est approché de moi et s’est frotté à ma cuisse.”

“Si tu me touches encore, je vais te crever les yeux”

La suite tient au courage de la victime : “Je me suis ressaisie et je lui ai dit : si tu me touches encore, je vais te crever les yeux. Il a fui. Vers 6 heures du matin, j’étais encore mal. Ma copine voit alors l’agresseur s’approcher de deux filles, qui étaient en sous-vêtements sur la plage. Nous avons couru vers lui et avons pu le prendre en photo. Il est ensuite parti en courant lorsqu’un agent de sécurité est arrivé.” 

Malgré son témoignage, quasiment aucune personne présente à la soirée ne donne du crédit ou n’aide celle qui a alors 18 ans. Son récit permet pourtant aux gendarmes d’interpeller Yassin Salem pour ces faits mais aussi pour les viols. Si le Marocain met sa main devant son visage au moment où il est photographié, le cliché mène directement à son identification. Des témoins parviennent également à faire le rapprochement avec le portrait-robot diffusé dans la presse depuis plusieurs jours, pour retrouver “le violeur de la Plaine orientale”.

L’agresseur aurait d’abord sévi dans la nuit du 23 au 24 juin 2017 à San Nicolao. Une saisonnière anglaise d’un hôtel de la microrégion rentre chez elle après une soirée. Un homme surgit derrière elle, pose un couteau à plat sous sa gorge et lui dit “don’t speak” avec un accent français. 

“Il la pousse et elle tombe à quatre pattes, relate Véronique Maugendre, la présidente de la cour, dans son rapport sur les faits. Il a ensuite baissé la combinaison bustier de la jeune femme avant de la pénétrer de manière brutale. Il lui tire aussi les cheveux en arrière, mais il est dérangé par un groupe de personnes qui passe par là. Il prend la fuite sans avoir éjaculé.”

Même mode opératoire quelques jours plus tard, le 2 juillet 2017. Cette fois, la victime est une touriste du Continent installée, vers 15 heures, sur une plage de Valle di Campoloro. Allongée sur sa serviette, dans un endroit calme et éloignée avec son petit chien, la vacancière voit une ombre s’approcher d’elle discrètement : “Elle a voulu se rhabiller pour s’éloigner. Mais il l’attrape au niveau des seins avant de la menacer de la tuer avec un couteau si elle crie. Il la pénètre de force et éjacule très rapidement. Il quitte ensuite les lieux en direction d’un bosquet.”

Les empreintes de l’accusé correspondent au profil génétique du violeur

Les enquêteurs de la gendarmerie font le rapprochement entre les deux faits en raison du mode opératoire, de la description identique de l’agresseur et surtout des empreintes génétiques similaires relevées sur les victimes. Les empreintes de Yassin Salem correspondent alors parfaitement au profil génétique du violeur de la Plaine orientale.

Devant la cour, en chemise sombre, pantalon beige, coupe dégradée, il maintient, dans un français approximatif, la position qu’il a tenue aux enquêteurs : “J’étais à la beach party. J’étais en train de faire mes besoins. J’ai entendu des bruits derrière moi. La fille m’insulte. J’ai dit que je n’ai rien fait. Je lui ai dit, si tu veux je m’excuse. Je jure que je ne l’ai pas touchée. Je ne sais pas ce qu’elle a vu. Mais je ne suis pas fou. Je ne vais pas enlever mon pantalon comme ça.”

Si celui qui est détenu depuis juillet 2017 va s’exprimer aujourd’hui sur les accusations de viols, la présidente donne tout de même ses arguments aux jurés. Elle évoque d’abord le viol sur la plage : “Il dit qu’il se promenait et a croisé une femme qui se faisait bronzer dans une tenue provocante en ‘mode string salope’. Elle avait mis sa jambe droite sur lui et l’avait embrassée. Une fois son sexe approché, elle avait dit ‘un petit non’, mais il l’avait pénétrée quand même avant d’éjaculer. Ils ont discuté ensemble. Et il est ensuite parti parce que ‘la dame était bizarre’. Il ne comprenait pas pourquoi une plainte avait été déposée.”

La justification est tout aussi surprenante pour le viol de la saisonnière anglaise : “Il dit qu’il a passé une partie de la soirée dans une boîte de nuit de Saint-Florent. En revenant, il avait vu deux femmes en compagnie d’un jeune homme. Il a touché la cuisse de la victime et a senti qu’il y avait quelque chose entre eux. Ils se sont isolés pour la pénétrer à quatre pattes sur le gazon. Il a ensuite discuté en anglais avec elle.”

“Il y a peu de chances qu’il reconnaisse les faits”

Devant les experts psychologues et psychiatre, l’homme arrivé en 2009 à San Giuliano, du Maroc, pour rejoindre ses parents, parle d’un complot. “Il dit que les personnes qui ont porté plainte sont jalouses parce qu’il est jeune et qu’il a du travail”, rapporte le psychiatre qui l’a examiné. Membre d’une fratrie de six enfants, Yassin Salem a fréquenté le collège de Cervione, avant de se tourner vers l’apprentissage en boulangerie.

Avant d’être interpellé, il occupe un poste de chauffeur livreur. Mais, au-delà de son parcours, c’est sa personnalité qui interroge. “Il y a peu de chances qu’il reconnaisse les faits, avance une psychologue. Il ne peut pas décevoir le père. Il a un discours convenu, imprécis, pas très intéressant. Une pensée assez pauvre et une immaturité. On a l’impression qu’il fait ce qu’il veut et qu’il se fiche des conséquences. Il porte aussi un regard sur les femmes déformé par son appartenance culturelle. S’il est coupable, il est dangereux. J’ai eu l’impression d’être devant quelqu’un qui jouait un rôle. Il y a une certaine vacuité intérieure qui favorise le passage à l’acte.”

Des traits de personnalité qui ne jouent pas en sa faveur, couplés à une procédure accablante. Les motivations qui ont amené son renvoi aux assises sont là pour le rappeler : “Il affirme avec ambiguïté que les deux victimes étaient consentantes. Elles ne se connaissaient pourtant pas et décrivent le même mode opératoire avec un couteau. Pour la soirée sur la plage, ses explications ne peuvent pas résister à l’analyse des témoignages. Enfin, les examens psychologiques confirment le traumatisme subi par les victimes.”

Lors de l’audience, Yassin Salem paraît presque déconnecté des enjeux de ce procès. Il encourt pourtant 20 ans de réclusion criminelle pour les viols, cinq ans de prison pour l’atteinte sexuelle et un an de prison pour l’exhibition sexuelle. Le procès se termine lundi.

Corse Matin

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