Bayeux (14) : Rencontre avec la pasteure, Christiane Lecarpentier-Nyangono, auteur du mémoire « Les Africains sont-ils bibliquement maudits ou le racisme puise-t-il ses origines dans la Bible ? »

Suite à l’assemblée générale de l’Église protestante Unie de Bayeux, rencontre avec la pasteure, Christiane Lecarpentier-Nyangono, 54 ans, qui officie sur Bayeux, Caen et Courseulles (Calvados). Native du Cameroun, elle a choisi la France pour poursuivre son chemin de la foi.

Actu : Comment est née votre vocation à devenir pasteure ?

Christiane Lecarpentier-Nyangono : C’était au Cameroun, j’étais avec ma mère et on a assisté à une prédication d’un homme et ce qu’il disait m’a séduit. J’ai eu cette envie et cette volonté de devenir pasteur à ce moment, pour dire aux gens des choses qui font du bien. J’aime les contacts humains et on s’accorde à dire que j’ai le contact facile, mais la place de la femme est difficile à trouver surtout au Cameroun. À l’époque, quand j’y étais, on ne voulait pas de femme. 19 ans plus tard, on en est toujours là. Heureusement, j’ai été soutenue par ma mère.

“Dans mon pays natal, mon église ne souhaitait pas qu’une femme devienne pasteur”, explique cette chrétienne de 54 ans. Après une première expérience en Charente-Maritime, elle découvre “une communauté calvadosienne très accueillante, dynamique et dotée d’une forte spiritualité”. Avec une paroisse répartie sur Caen, Lion-sur-Mer, Courseulles et Bayeux, elle doit parcourir de nombreux kilomètres pour répondre à ses obligations. Ouverte, elle rêve de mettre en place une pastorale œcuménique une à deux fois par an, avec les différentes confessions religieuses présentes dans la capitale bas-normande. […]

En France, c’est différent et ce depuis le XVIe siècle, les femmes ont joué un rôle important, car ce sont elles qui éduquaient les enfants, leur apprenaient à lire et à écrire. Dans les deux dernières guerres que nous avons connues, les hommes étant sur le front, les femmes ont pris tous les postes, y compris ceux de pasteur. Depuis les années 50, le ministère pastoral s’ouvre aux femmes, car ce n’est pas le sexe mais l’être qui compte.

Quel a été votre cursus ?

C.L-N : J’ai un master en sociologie et une licence en droit. En 2002, j’ai repris des études de théologie à Montpellier et j’ai soutenu en 2007, après 5 ans d’études, mon mémoire puisque après la licence, j’avais pris l’orientation d’un master professionnel de pasteur. Le sujet de ce mémoire était loin d’être facile puisqu’il portait sur la malédiction de Cham, et qui m’a obligée à me poser la question « les Africains sont-ils bibliquement maudits ou le racisme puise-t-il ses origines dans la Bible ? » Et puis après j’ai été évaluée en paroisse pendant deux ans. Je suis pasteur depuis 2007.

Comment décririez-vous votre religion ?

C.L-N : C’est la discrétion qui nous caractérise. Le protestantisme a une organisation de pyramide renversée où on donne tout à penser et pas grand-chose à voir. Catholiques et protestants ont la même Bible, le même « Notre Père », la même foi en un Christ ressuscité. La principale différence tient dans la conception de l’Église. Chez les protestants, la croix de Jésus est vide ce qui signifie que Jésus est ressuscité tandis que chez les catholiques Jésus est représenté sur la croix. Dans l’Église catholique, le prêtre préside une messe structurée alors que dans l’Église protestante, le pasteur prêche ce qu’il a à cœur de partager, seule l’Écriture compte. Nous avons l’audace d’une parole libre et nous formons nos enfants à l’esprit critique.

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