Bayonne (64) : Leurs filles courent un “risque d’excision élevé”, une famille nigériane menacée d’expulsion demande sa régularisation

Une famille nigériane logée à Bayonne fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Des associations demandent la fin de cette obligation, car les deux petites filles risquent l’excision dans leur pays

 

La famille Ajamikoko est menacée de retourner au Nigeria, où le risque d’excision pour les deux petites filles est élevé.

« Je ne veux pas y retourner », répète-t-elle inlassablement. Arrivée en France il y a trois ans avec son mari et ses trois enfants, Joy Ajamikoko ne veut surtout pas rentrer au Nigeria. La jeune femme de 22 ans a été excisée (ablation du clitoris) dans son pays quand elle était plus jeune. « Si j’y retourne, mes deux petites filles seront excisées comme moi, c’est la tradition là-bas. Dans mon village, si les parents s’y opposent, ils sont tués. Je ne veux pas que mes enfants connaissent la souffrance que j’ai traversée. C’était trop douloureux », craint-elle. Aujourd’hui, la famille est logée à Bayonne et soutenue par plusieurs associations.

Leur demande d’asile a été refusée par l’Office Français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 4 mai 2021. Cette décision de refus a été confirmée par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) le 4 février 2022. Les deux parents font l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) prononcée par la préfecture des Pyrénées-Atlantiques le 30 mars, d’une durée d’un an. Ils ont été assignés à résidence et doivent pointer au poste de la police aux frontières tous les lundis depuis le 18 juillet. L’association ASIMAT dénonce « une situation inacceptable » et demande la régularisation de cette famille « à titre exceptionnel », notamment en raison du risque d’excision pour les deux fillettes, Julia et Victoria, et du danger pour les parents s’ils retournent dans leur pays natal.

J’ai risqué ma vie pour mes enfants. Je veux qu’ils aient un avenir ici »

« Ils vivent dans l’angoisse »

L’association Bestearekin, en charge du logement de la famille, assure qu’il est « inadmissible que les deux petites filles retournent au Nigeria sachant qu’elles ont une chance sur deux d’être excisées ». « L’intérêt suprême de l’enfant doit prévaloir. Mais il y a une pression de la police aux frontières pour que les migrants repartent », regrette Stéphanie, bénévole dans l’association. « J’ai risqué ma vie pour mes enfants. Je veux qu’ils aient un avenir ici », demande Joy Ajamikoko.

Selon Hélène, de l’association ASIMAT, « la France cherche un accord avec le Nigeria pour les renvoyer au pays. En attendant, ils vivent dans l’angoisse ». Avec 20 millions de filles excisées, le Nigeria est le pays qui recense le plus de femmes avec des mutilations génitales.

Excision « écartée »

Contactée, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques rappelle « l’irrégularité de leur situation sur le territoire ». « L’OQTF a aussi fait l’objet d’un recours devant le tribunal administratif de Pau, qui a confirmé la légalité de la décision par un jugement rendu le 21 juin 2022. Ainsi, à trois reprises, la justice a considéré que M. Ibe et Mme Ajamikoko n’avaient pas leur place sur le territoire national […] A ce jour, la préfecture n’a reçu aucune demande d’admission exceptionnelle au séjour concernant cette famille », précise-t-elle.

Sud-Ouest